MIGRAINE OPHTALMIQUE CHEZ UNE SGRUPULEUSE
graine ophtalmique accompagn^, comme disait Charcot, puisqu'il y a deja des troubles du langage. II n^est pas inutile de vous rappeler que cette variety de migraine a un rapport tr^s direct avec r^pilepsie et qu'elle c^de assez bien a Taction du bromure. Yous voyez done la coincidence de ce trouble analogue a I'^pilepsie avec un 6tat g^n^ral de scrupuleux. C^est cette coincidence que nous voulions vous faire remarquer.
M. Keraval a rapporte dans les Archwes de neurologie*, la tres curieuse observation d^une malade atteinte de migraine ophtalmique avec scotome scintillant a gauche. En meme temps que le trouble visuel, elle ressent une excitation intellectuelle bizarre, une profusion d'id^es avec afflux obs^dant et genant de toutes les conceptions qui s*y rattachent ; elle se sent forc^e d*examiner chacune de ces id^es, de les soupeser et de r^pondre par « oui » ou par « non »sur tons leurscaracteres. Detail bizarre de Tobservation que nous ne sommes pas capables aujourd'hui d^interpr^ter, quand Themianopsie est inverse et plus accentu^e a droite, il n*y a rien de mental. Dans notre observation, il n'y a pas un rapport aussi ^troit entre les migraines ophtalmiques et les crises d'obsessions, on pent dire que c'est une maladie a crises distinctes tandis qu'elles sont r^unies dans Tobservation de M. Keraval.
I. Keraval, Id^es fixes, Archives de Neurologic, 1899, II, p. 83o.
Dans nos premieres lemons nous avons etudi6 les premiers sympt5mes de T^tat psychasthenique, la diminution de toutes les fonctions nerveuses et le trouble que cet engourdissement apporle soit dans les operations organiques, soit dans les sentiments que ressentent les malades. Dans nos dernieres dtudes nous avons examine la relation int^ressante qui se pr^sente entre ces abaissements de la tension nerveuse et quelques symptomes de T^pilepsie. Nous revenons maintenant a T^tude des psychastheniques proprement dits et nous allons vous presenter des malades qui pr^sentent des accidents plus graves et mieux caracterises. Les plus simples de ces accidents qui se surajoutent aux engourdissements precedents sont des agitations i^agues, diffuses^ celles-ci se presentent sous deux formes, la forme motrice et la forme i^iscerale on emotionnelle.
PREMIERE SECTION LBS AGITATIONS MOTRICBS
Observation 38. — Agitation motrice. — Neurasthenie, hypocondrie, aboulie, emolfvitey provocation artificielle de V^motioiij agitation, substitution de Vagitation a Vacle,
Ce premier malade presente des symptomes qui semblent en contradiction avec un des enseignements que nous venous de vous donner a propos des psychastheniques. La difficulte que son cas souleve n'est pas insignifiante puisqu^elle va se reproduire exactement pareille a propos de beaucoup d'autres sujets. II Taut done nous y arreter un peu.
Cejeune homme de 28aDs,Ar..., dont le p^re 6tait alcoolique, est un pauvre neurasth^nique au sens habituel de ce mot; sur ce point il n*y a aucun doute : fatigues, troubles de la digestion, insomnies, maux de tete, il soufire de tout cela depuis des anodes. C'est un aboulique, qui a besoin de faire des efforts contiouelsy qui s'ennuie partout et qui est toujours m^content : il g^missait perp^tuellement a propos des innombrables maladies qu'il croyait avoir. Mais a ces anciens sympt6mes s*en est ajout^r^cemment un nouveau pour lequel il revient a Thopital.
II y a trois semaines, un drame s*est pass6 dans la maison qu'il habite: un individu a tu^ sa femme et s'est ensuite fait justice par le suicide. Un malheureux hasard a voulu que notre malade entrat pen de temps apres dans cet appartement et qu'il trouvat le premier les deux cadavres. Sur le moment, il dprouva pen d'emolion, il resta indifferent suivant son habitude et alia prevenir le concierge avec le plus grand calme. II passa la journ^e sans aucune inquietude et le soir dormit sans rever au spectacle qu'il avait Yu. En cela, il secomporte, non comme un homme tr^s ^nergique qui surmonte F^motion, mais comme un de nos psychast^niqi^es difiiciles a ^mouvoir d'une faQon complete ainsi que nous Tavons vu souvent. Mais voici que le lendemain il lit dans le Petit Journal un fait divers qui raconte a grand renfort de descriptions le drame auquel il a presque assists. Le journaliste qui en avait probablement beaucoup moins vu que lui, d^crit avec habilete la chambreensanglant^e; dans un crescendo savamment manage, il arrive aux cadavres, montre leurs blessures, leurs figures angoiss^es, etc. Le malheureux a cette lecture fut saisi d'horreur ; c'etait done cela qu*il avait vu la veille, il ne s'^tait pas rendu compte que cela 6tait si horrible, etle \oi\k qui ^prouve une violente Amotion.
Cette petite histoire d'une Amotion nous semble d^ja curieuse au point de vue psychologique : devant le spectacle vrai, r^el, devant les deux cadavres quelques instants apres leur mort, Af... estreste tout a fait indifferent et le voici qui s'^motionne auplus haut degre en voyant le m^me fait, le lendemain, raconte par un r^dacteur du Petit Journal. Ce qu^il y a de curieux ce n'est pas uniquement le retard de Temotion, nous verrons dans d'autres cas des malades qui ont besoin d'une p^riode latente pour arriver a r^motion; ils ont T^motion retardante comme la memoire retardante. Mais ce n*est pas le cas ; il est probable que ce n'est pas
le temps qui a fait naitre chez lui Femotion, mais bien la description faite par le journaliste. Rien ne prouve mieux k notre avis la puissance de Tart; il y a des gens qui ne savent pas voir, qui ne savent pas sentir et Toeuvre de i'art est tout justement d'arriver a les faire sentir ce qu*ils n'auraient pas compris tout seuls ; en cc sens le r^dacteur du Petit Journal a, ce jour-la, a son insu, fait oeuvre d'artiste. Ce fait nous montreaussi que par Tart on arrive a emotionner des psychasth^niques qui resteraient par eux-memes indiff^rents devant le spectacle reel. Nous aurons a en tirer parti au point de vue th^rapeutique, car il faut souvent arriver a Emotionner ces malades pour relever leur niveau mental et les retirer de leur reverie. Permetleznous encore une remarque sur ce petit fait qui nous parait amusant. Les psychastheniques comprennent toujours mieux les representations littc^raires ou artistiques que la reality : nous avons vu de ces femmes que rien n'^motionne dans la vie r^elle et qui pleurent au theatre. C'est une des raisons pour laquelle le psychasthenique devient litterateur, devient bas bleu.Vousremarquerez cette passion de la lecture, de la poesie, du theatre, chez ces abouliques parce qu'ils trouvent dans cette vie factice et simplifi^e une cause d'emotion que la vie r6elle, trop compliquEe et inaccessible pour eux, ne leur fournit pas. Quoiqu'il ensoit,voici notre pauvre garcon tres boulevers6. Cette Emotion a chez lui un singulier resultat : au debut elle rEussit a le tirer de ses preoccupations hypocondriaques et elle eut pendant quelques jours un bon effet. Mais bientot il devient trouble d*une autre maniere, il a de Tagitation, surtout motrice, il gesticule, l^ve les bras au ciel, va, vieut, court. C*est Tune des formes de Temotion, mais ce qu*il y a de particulier, c'est qu'elle n'a pas disparu : depuis trois semaines, c'est un agitE qui ne peut guere tenir en place, qui eprouve constamment le besoin de gesticuler, de marcher, de crier. Voyez comme il a de la peine a rester sur sa chaise; il s'est deja levc dix fois depuis que nous parlous ; cette agitation se poursuit pendant les repas et meme pendant la nuit ; il arrive a peine a dormir un peu et il s'Epuise.
Nous vous avons prevenu que c'Etait la un fait nouveau dans nos etudes ; jusqu'a present nos malades pEchaient par dEfaut plutot que par exces ; ils etaient des abouliques et des inertes. Celui-ci est au contraire un individu qui remue trop, un agitE : que signifie ce nouveau phenomene? Observez d'abord qu'il n'est
pas en contradiction avec les precedents : cette agitation motrice n'a pas supprim^ I'aboulie, elle Taccompagne. Je vous ai dit qu'il travaillait fort pen avant Tevenement, il travaille encore moins depuis. II n'a plus le courage de rien faire, il a renonc6 meme aux petites occupations qu'il conservait. Si on juge la volonte d'apres les actes executes, il en a encore moins qu'auparavant.
Cette agitation est si peu en contradiction avec Taboulie qu'elle est en rapport intime avec elle et qu'elle survient surtout a Toccasion des actes qui ne s'accomplissent pas. Si on laisse le malade bien tranquille dans son lit, sans rien lui demander, il ne dort pas sans doute, il r^vasse, mais il est a peu pres immobile. Lui fait-on remarquer qu'il est Theure de se lever, essaye-t-il d'obeir, il se met a se tordre, a se rouler, a dechirer ses draps, il s*agite ind^finiment. S^il est tranquille sur sa chaise, il suflit 'qu*il pense a aller au travail, pour que Tagitation recommence, en un mot Tagitation se pr^sente a la place de Tacte qu*il accomplirait s'il avait une tension nerveuse suflisante. Elle semble etre un phenomene de remplacemcnt ou de substitution. C'est pourquoi nous vous proposons d'appeler ces faits des ph^nomenes de deris^ation psycliologique. Les choses se passent comme si, la tension nerveuse ^tant insuffisante pour produire un phenomene d'un ordre ^leve, Teffort provoqu^ par Texcilation se depensait en ph^nom^nes d*un ordre inferieur qui sont ici des mouvements incoordonnes, irreguliers et inutiles ^
Pour vous expliquer mieux ce point de vue nous vous rappellerons un certain nombre de cas que vous avez souvent sous les yeux et qu'il est inutile de pr^ciser. Nous voyons souvent de jeunes enfants qu'on nous envoie de Tecole pour interpreter leur etat bizarre. « C'est Tattention, dit Tinstituteur, qui les rend malades. Quand ils sont sans rien faire, ils restent tranquilles et quand on veut leur faire faire attention, ils remuent sur leurs bancs, sautent, gesticulent, ont des fous rires et crachent de tons cotes. )) Leur diagnostic nous a souvent embarrasses, ce ne sont pas des chor6iques, leur agitation peut cesser completemenl ; ce ne sont pas pr^cisement des tiqueurs, leurs mouvements ne sont pas syst^matiques et ils sont infiniment varies. Nous vous proposons de les cousiderer comme des psychastheniques presentant de Tagita-
I. Voir la discussion psjchologiquc de ces interpretations et de ces liypoth&ses dans le premier volume de cet ouvragc, p. 554.
tion motrice diffuse. Ce sont des enfants incapables de parvenir a ce degr^ de tension nerveuse qui est Tattention sur une chose r6elle. Les excitations qu'on leur donne se ddpensent en ph^nomenes de derivation qui sont precis^meut ces mouvements incoordonnes. Augmentez leur force d'attention ou devolont^ et ces contorsions disparaitront.
II en est de meme chez notre malade, c'est le traitement general de son ^tat neurasthenique^ F^ducation de sa volont^ qui arr^tera cette agitation.
Observation 89. — Akathisie. — Impossibilite de resler assis, angoisse, comparaison avec Vabasie hysleriquCy agitation, antecddents hereditaires, aboulie, manie de la perfection , inquietude, • instabilitey aboulie professionnelle et agitations forcees *.
La consultation de la Salpetriere est vraiment bien remarquable ; on ne d^crit pas dans quelque endrolt an symptdme nerveux bizarre et en apparence nouveau sans que nous ne puissions imm^diatement vous en presenter un exemple. Au mois de novembre dernier, M. Haskovec, de Prague, faisait connaitre a la Societe de neurologic deux cas d'une maladie nerveuse bizarre qu'il baptisait du nom de Vakathisie on impossibilite de s'asseoir. Voici un hommequi realise tres bien le syndrome de M. Haskovec et qui nous permet de discuter Tinterpr^tation de cet auteur. Get
homme de 4^ ans, Rul , vient d'etre assis sur sa chaise. Dans
quelques minutes, quelquefois cinq minutes, quelquefois plus, quelquefois moins, vous allez le voir manifester une gene et une soufirance extraordinaires. II se contorsionne, il se raidit surtout du c6te gauche, etend et ecarte les jambes, appuie la tete sur r^paule gauche, 11 tient sa chaise a deux mains et fait semblant de s'y cramponner (figures i et 2).
En r^alite il s'appuie sur ses deux mains pour se soulev^r et emp6cher le siege d'appuyer sur la chaise. En meme temps, la sueur lui vient au front et aux mains et dans quelques cas on voit de grosses gouttes qui coulent ; la respiration est anxieuse, le coeur
I. Cette observation a d^ji M public dans la Nouvelle Iconographie de la SolpSlriere, juillct 190a.
L'AKATHISIE
palpite, la face, comme on peut le voir par cette photographic (figure 3), exprime la douleur, la terreur et I'angoisse. Enfin, n'y pouvant plus tenir il se leve brusquement et imm^diatement
il change d^attitude, il respire librement et sa figure exprime le soulagement et le calme.
Vous voyez cette petite scene se reproduire sous vos yeux, mais
vous remarquerez que ici devant vous le malade se sent un peu moins angoiss^ et qu'il reste plus longtemps sur sa chaise, a peu pres une dizaine de minutes, parce qu'il est distrait par votre presence. Chez lui, les choses sont bien plus penibles : il ne pent
Fig. 3.
rester assis que quetques instants et il faut sans cesse qu^ilseleve, qu'il aille et vienne dans sa chambre.
Le trouble s'aggrave encore s'il est assis devant un etabli et s'il doit travailler. Il etait bijoutier de son metier et ne peut plus entrer nulle part, car on refuse cet ouvrier qui ne peut rester assis et qui se contorsionne desesperement des qu'il a un travail devant lui.
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C'est bien la rensemble des symptomes decriis par M. Haskovec : des secousses, de ragitation, des troubles de la respiration, de Tangoisse, qui surviennent des que le malade est assis et qui cessent d^s qu'il se leve, d'ou riinpossibilite pratique de la station assise. On pent, si Ton veut, adopter pour ce syndrome le nom dakathisie que propose M. Haskovec (Revue neurologique, 3o novembre 1901, p. 1107), inais il faut s'entendre pour Tinterpr^tation du symptome que nous ne concevons peut-6tre pas tout a fait de la m6me maniere.
M. Haskovec, au moins dans un de ces cas, parle d^hysterie, il rapproche son akathisie de Tastasie-abasie des hyst^riques. « De meme, dit-il, que Tharnionie de Tinnervation actionnant la marche normale pent etre alter^e par des causes diOerentes, de m6me i'harmonie de Tinnervation entrainant Tacte normal de rester assis peut etre alt^r^e par les jnemes causes. » Theoriquement cela est parfaitement juste, Tacte de rester assis est un systeme de mouvement, d'images motrices exactement comme Tacte de rester debout ou de marcher. De meme qu'il peut y avoir amnesic ou paralysie fonctionnelle d'un centre correspondant a la nfarche, de m^me il peut y avoir amnesic ou paralysie fonctionnelle de I'acte de s'asscoir et de rester assis. Aussi peut-on certainement observer chez les hyst^riques cette paralysie systc^matisee de Tacte de s'asseoir et de rester assis. Nous avons observe bien des hysteriques incapables de tenir le tronc d^ns une position correcte et qui tombaient d'un cote ou de Tautrc quand on voulait lesfaire rester assis. On trouvera un fait de ce genre surajoute il est vrai a d'autres symptomes dans notre description d'un cas de paralysie des muscles du tronc \ A de certains moments la paralysie ctait incomplete et la malade pouvait se retourner dans son lit et plier le tronc lateralement, mais elle restait tout a fait incapable de se maintenir dans la position assise. Ce serait la le veritable symptome de Takathisie hyst^rique a mettre en parallele avec Tastasie hysterique. Mais ce symptome est-il identique a ceux que Ton observe chez les malades de M. Haskovec, en particulier chez le second qui nous parait tout a fait identique a notre malade et chez le sujet que nous vous presentons. Un certain nombre de caracteres importants nous semblent 6tre tout a