Mevroses et idees fixes, 1898, II, p. 4ii
fait diffi^rents et s^parer cette akathisie de celle que Ton peut observer chez les hyst^riques ainsi que de Tastasie-abasle.
i*^ Le malade sait parfaiiement s'asseoir et rester assis; au d6but Facte est tout a fait correct, ['alteration ne survient qu*au bout d'un certain temps ; a*^ meme quand I'acte est alt^r^ il suffit de parler au malade, de Tinterroger vivement pour qu^il cesse ses grimaces et reste bien assis ; 3^ il ne tombe pas de sa chaise, il est assis tr^s correctement, seulement il fait des efforts pour se lever, il se soul^ve sur ses bras. Ce n'est pas un oubli de la station assise comme dans I'astasie c'est un desir, une impulsion a se lever ou a remuer d'une maniere quelconque, il y a la beaucoup plus d'impulsions que de paralysie syst^matique ; 4** ce qui determine cette impulsion a se lever ce n'est pas une incapacity de rester assis, c'est une souGfrapce, une angoisse qui se d^veloppe quand il est assis.
Aux caractferes precedents, qui separent cette akathisie d'une simple paralysie systematique, il faut ajouter d'autres faits qui rendent la maladie de Rul... beaucoup plus complexe et qui vont peut-etre nous mettre sur la voie d'une interpretation. Les troubles que nous venous d*observer sont enormement exageres dans la station assise, mais ils ne sont pas tout a fait absents dans d'autres attitudes.
Le trouble se manifeste egalement dans la station debout : si nous le prions de rester immobile debout, il va au bout de quelques instants presenter les memes symptomes, il n'est done calme que dans la marche. Bien mieux, la marche elle-meme n'est pas toujours indemne d'angoisse. En effet, s'il est charge d'une commission, s'il doit se rendre a un endroit determine, la marche devient immediatement penible, il a des contorsions, de la sueur, il lui semble qu'il n'arrivera jamais; il ne peut pas plus continuer sa route qu'il ne pouvait rester assis. Ce qu'il lui faut, en somme, c'est la marche indeterminee, vague, en errant ca et la, sans but et surtout sans travail determine. Vous voyez que les choses sont bien plus complexes.
Reprenons I'histoire du malade. Le p^re et la mere etaient tons les deux de grands alcooliques ; ils ont reussi a faire une fille epileptique morte a la Salpetriere dans un acc^s, un gar^on sourd de naissance mais qui n'est pas completement muet, probablement parce que la surdite n'a pas ete complete dans le premier age, et enfin le pauvre diable que voici.
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Celui-ci a eu des convulsions infanilles, a la suite desquelles il a conserve des contractures dans le pied gauche. Ce pied hot Ta toujours horriblement gene et a fait naitre de telles souffrances dans la marche qu'a Tage de 33 ans il a fallu Famputer (amputation de Chopart). En outre de ces mis^res, il a toujours et6 un d^traque d*un genre que nous connaissons bien ; il voulait travailler, il avait en th^orie la meilleure volonte du monde, mais il 6taitgen^, ^nerve par des scrupules et des inquietudes; il voulait toujours que ce soit tres bien fait, trop bien fait. II voulait que ce soit fini tout de suite, et en meme temps il avait peur de n'avoir plus d*ouvrage apr^s celui-Ia. Plus il s^efFor^ait de faire attention, plus il s'impatientait, plus il avait des scrupules et des angoisses, plus il devenait incapable de tout travail reel. II gachait ainsi des pieces, il perdait ses places. II en r6sultait que Tinqui^tude morale allait toujours en grandissant : il n'etait content nuUe part, « s'embetait partout », il ne pouvait plus arriver a avoir aucune emotion juste, a faire aucune action a propos, il y avait comme un d^s^quilibre entre son activity et la r6alit^ presente, et, a la place de Tactivit^ reelle se d^veloppait de plus en plus une agitation incoh^rente qui coustituait une sorte de ph^nom^ne de derivation. D^s qu41 voulait faire un acte volontaire, d^s qu'il voulait faire attention, il avait des agitations de tons c6t^s et surtout dans le cdt^ gauche : le cot^ de son pied malade et douloureux.
La mis^re survint, un s6jour de neuf mois dans un asile de malheureux, Toperation faite a son pied, tout cela ne contribua pas peu k supprimer le pen de volonte active qui lui restait. Ce dont il est particuli^rement incapable, c'est de faire son metier : Taboulie professionnelle est toujours la caract^ristique de ces abaissements du niveau mental. Or, son metier de bijoutier le tient assis devant une petite table, c'est cette situation d'etre assis qui est devenue Tembleme, le symbole du metier et qui comme lui est devenu particulierement p^nible. Quand il veut rester assis c^est comme s'il voulait travailler, la volonte n^arrive pas a son terme, elle diffuse, elle derive en angoisse respiratoire, en agitation motrice vagues, et en tics comme celui de se raidir du cot^ gauche.
Pour vous faire comprendre dans quel groupe de phenom^nes nous sommes disposes a ranger cette akathisie bizarre, nous rapprocherons de ce malade cette jeune femme de 3oans, Ev..., qui
en apparence ne lui ressemble aucunement. Elle reste calme sur sa chaise et n'a aucune angoisse devant vous. Mais voyez son histoire ; elle ne connait pas son pere et ne pent rien nous dire sur les antecedents h^r^ditaires ; elle etait nerveuse, Emotive, inquiete dans sa jeunesse. Les accidents serieux n'ont commence qu'a Tage de 20 ans quand elle a dd chercher a gagner sa vie. Intelligente, instruiie, elle a cherche a etre institutrice, au debut le metier la seduisait et elle se montrait tr^s capable. Mais au bout de quelques mois, elle eprouva un violent degoi^t de ce metier. Elle ressentait des etouffements, des palpitations, des angoissesy d^s qu'il fallait enseigner, Tintelligence se troublait, elle n'avait plus aucune memoire et ne voyait plus les choses comme elles etaient; des doutes et desscrupules Tassaillaient. Bien plus, la sante physique s*alterait, elle ne pouvait plus dormir, ni digerer, ni meme manger. II fallut changer de situation, elle entra pour enseigner dans un convent : au debut tout est magnifique, au bout d*un temps plus court encore m^mes sympt6mes, angoisses, amnesics, doutes, mutisme, insomnie, dyspepsie, etc. Elle renonce a Tinstruction et apprend le commerce, m^me aventure au bout de quelques semaines. Puis elle essaye la machine a ecrire, le menage, la couture, etc., en huit ou neuf ans elle a essaye quinze metiers et est entree au moins dans trente places. Sa tante qui la dirige finit par reconnaitre que son instabilite est maladive et nous Famine.
Vous voyez maintenant Tanalogie avec notre homme, il s'agit dans les deux cas d'une aboulie professionnelle avec angoisses, tics, en un mot avec phenomenes de derivation. Chez la jeune femme Taboulie ne se manifeste qu*apres quelques semaines de travail et Fangoisse plus vague ne s'associe pas avec un objet precis, il y a simplement phobic du metier. Chez le pauvre homme, Tangoisse commence tout de suite, s'associe avec la chaise, instrument du travail et il y a phobic de la chaise. On observera plus souvent la phobic de Tinstrument professionnel; nous vous avons montre la phobic du rasoir chez un gar^on coiffeur, la phobic des ciseaux chez une ouvriere, la phobic de Tappareil telegraphique chez un employe des postes. Dans des cas curieux la phobic sera tout a fait systematisee, temoin ce jeune docteur que nous avons connu qui avait la phobic des chaises rembourrees et qui ne pouvait s'asseoir que sur des chaises cannees.
Dans d'autres cas Taboulie ne donne pas uniquement nais-
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sance a des phenom^nes ^motionnels, a des angoisses. Nous avoDs vu bien des employes de bureau presenter dans ces circoDstances des impulsions a la marche dont il ne faut pas faire les fugues ; d'autres avoir des crampes des 6crivains, quand leur metier les for^ait a ^crire ; d'autres avoir des tics des yeux quand leur metier les for^ait a lire, un predicateur avoir des tics de la bouche parce que son metier ^tait de parler. Tons ces troubles, tics, crampes des 6crivains, impulsion a la marche, ruminations mentales, comme les angoisses n*^taient que des phenomenes secondaires en rapport avec Taboulie professionnelle si frequente chez les psychasth^niques.
Pouvons-nous faire quelque chose pour ce pauvrc homme. En g^n^ral, le traitement de ces malades n'est pas facile et une education lentc de leur volont^ et de leur attention pent seule, dans les cas favorables, relever leur niveau mental et leur rendre quelque volonte active. Mais ici les choses sont plus simples : ce pauvre homme est debilit<^ pat* la misfere. II est probable que quelques semaines de repos sans la preoccupation de gagner son pain vont lui rendre au moins momentan^ment quelque Anergic et que Toubli de son metier lui permettra de se reposer sur une chaise.
DEUllfiME SECTION LBS AGITATIONS BMOTIONNBLLB8 DIFFUSBS
Cette meme agitation diffuse que nous venons de voir sous sa forme motrice se pr^sente plus souvent encore sous une autre forme. L'agitation est alors viscerale et determine des troubles gastriques, intestinaux, des troubles vaso-moteurs et surtout des troubles cardiaques et respiratolres. Toutes ces modifications viscerales jointes aux sentiments deTabaissement mental d^terminent le sentiment de Tangoisse qui se presente ici sans syst^ma*tisation, d'une mani^re diffuse.
Observation /lo. — Angoisse diffuse. — Aboulie, congestion par la chalear, angoisse respiraioire, caraclere inferieur de Vemolion de V angoisse, panophobie.
Si vous vous rappelez les cas precedents, ceux-ci, croyons-nous, vont devenir plus simples a interpreter. Le malade est un homme de 24 ans, Loq...,qui, depuis six mois, a des angoissescontinuelles. II se plaint de mal respirer, de ressentir des 6touffements, des palpitations de coeur, des congestions ou des paleurs a la face et il dit souffrir cruellement. Yoyons dans quelles conditions les accidents sont survenus et en quoi ils consistent precis^ment.
Les antecedents sont toujours les m^mes, pere alcoolique, m^re nevropathe, enfant sans Anergic, sans volonte, sans attention ayant besoin d'etre dirig^ par tout le monde, tres timor6. Cependant il arrivait tant bien que mal a faire un petit metier d'employe. Get ei6 apres un bon dejeuner il est sorti au grand soleil, il a senti le sang lui monter a la t6te et il a 6prouve un peu de vertige. D^ailleurs il n'est pas tombe, il est rentr^ tout seul, tres rapidement et il n'a plus ressenti a la suite d'autres malaises; admettons pour lui faire plaisir quMl ait ^prouve un tout petit debut d'insolation. On avait parle autour de lui de congestions causees par le solcil, il a cru avoir une congestion c^rebrale et a etc terrifie. On Ta soigne plutot trop bien et il etait evident le
LES AGITATIONS fiMOTIONNELLES DIFFUSES 85
soir meme qu'il n'avait rien, il n'en est pas moins vrai que depuis ce moment sa vie a 6t6 boulevers^e. C'est depuis ce jour qu'il 6prouve a chaque instant ces ph^nomenes d'angoisse.
En quoi consistent ces ph^nom^nes ? En troubles respiratoires, cardiaques et vaso-moteurs ; ce sont, dit-on, les phenomenes essentiels de Femotion. On en conclut que Tangoisse est le maximum de I'^motion et que c*est une maladie causae par I'^motivit6 excessive. Sans doute, ce sont dcs Amotions ou du moins des ph6nom^mes qui font partie de Temotion. Mais est-ce le maximum de T^motion ? Faut-il avoir une ^motivite trfes delicate pour en arriver-la ? Ce n*est pas notre avis. L'^motion est puissante quand elle e3t en accord avec la situation ou Ton se trouve place. Elle est d*autant plus remarquable que cet accord est plus delicat. C'est ainsi qu'il y a des Amotions justes caus^es par les sentiments artistiques, religieux, par les affections de toutes especes, par les dangers r^els. Mais quand une Amotion ne renferme que des phenomenes tres simples et tr^s grossiers, qu'elle reste invariablement toujours la meme, qu'elle n'a aucune relation avec les circonstances environnantes, nous disons que c*est une Amotion tres grossi^re et tres ^l^mentaire. C'est absolument le cas ici: une respiration saccadic, de la constriction a la gorge, quelques battements de coeur ne rendent pas une Amotion precise; or, c'est ce qui se passe chez lui toute la journ^e quels que soient les ^v^nements. L'angoisse est done une forme tres basse d'^motion causae par une excitation vague desprincipauxvisceres.
A quel propos se produit ces angoisses ? II nous dit qu*elles se produisent quand il sort] au soleil, ce qui semble rappeler Tincident primitif, quand il doit marcher sur des places non abrit6es. Mais elle se produit aussi quand il veut se moucher, parce qu'il a peur que son nez ne soit bouche, quand il doit manger, parce qu*il a peur d'avaler de travers, etc. En r6alit6, ce ne sont pas des phobies sp^ciales, syst^matis^es. C'est une sorte d'angoisse vague, diffuse, que M. Freud, et plus tard MM. Pitres et Regis ont bien d^crite sous le nom de maladie de Tangoisse.
La cause principale, ce sont tons les efforts qu*il a a faire, quels qu'ils soient : sortir, travailler, parler, voila ce qui amene des angoisses qu*il interprete ensuite a sa facon. En m6me temps que Tangoisse, il y a un second phenomene dont on ne parle pas suffisamment ; c'est la suppression a pen pres complete de tons les
actes. Get homme est completement aboulique depuis son Amotion. Et toutes les fois qu*i] essaye de surmonter sa paresse, il a une crise d'angoisse. C'est pourquoi nous vous proposons de consid^rer ces angoisses diffuses de la meme maniere que Tagitation motrice du malade precedent. La derivation ne se fait pas tout a fait de la meme maniere, elle est visc^rale plut6t que musculaire, mais c'est encore un ph^nomene de derivation en relation etroite avec Fabaissement de la tension nerveuse d^terrain^e par la premiere Amotion.
Observation &!. — Angoisse diAlse. — J^moliviUy Amotion apres r accouchement, abaissement du niveau mental, angoisse perpetaelle, agitation, indifference r4eUe, panophobie, action du bromure,
Cette malade, Cs..., ag^e de 38 ans, est un type remarquable de la nevrose d'angoisse sous forme diffuse. La maladie que nous avons deja suivie depuis longtemps nous a caus6 bien des embarras. C'est un genre de malades a bien connaitre, car il nous semble constituer un intermediaire int^ressant entre les abouliques et les obs^d^s.
Nous ne pouvons parler des antecedents hereditaires qui sont mal connus, remarquons seulement que Cs... est isra6lite, et vous savez notre opinion sur la predisposition de cette race. Dans sa jeunesse, elle etait deja facilement impressionnable, c'est-adire que souvent, des phenom^nes demotion simple venaient la gener dans Taccomplissement d'une action. Elle fut, par exemple, tres timide. Au moment d'accomplir les actes sociaux qui sont, comme nous le savons, les plus difliciles, elle avait des etouffements, des battements de coeur et ne parvenait pas a dire ou a faire ce qu'elle voulait. Cependant, ces troubles etaient consideres comme peu graves, et elle resta simplement impressionnable jusqu'a Tage de 3o ans. A 3i ans, elle venait d'avoir son troisieme enfant ; elle se remettait d'un accouchement penible qui avait eu lieu deux jours auparavant, quand la garde commit une sottise invraisemblable. Elle se mit a pousser des cris en regardant Tenfant et a dire tout haut : a Mais, madame, il me semble qu'il ne respire pas, est-ce quMl n'est pas mort ? )> Inutile de dire que Tenfant dormait tranquillement, et qu'il se mit a Hurler quand la mere le saisit violemment. C'est celle-ci qui Tut bouleversee, elle
sentit un changement dans tout son etre qu'elle ne peut pas expliquer.
Tous ces malades diseat a ce propos qu'ils ont senti un coup dans la t^te, surtoui a la region posterieure. Rappelez-vous que nous retrouvons la m6me phrase exactement, chez des malades qui ont commence des fugues hyst^riques ou qui entrent en etat second. II y a certainement la un grand bouleversement cerebral a propos duquel il est vraiment ^tonnant de constater notre profonde ignorance. II est probable que la sensation est en rapport avec une modification de la pression du liquide c^phalo-rachidien, car tous les maux de tete en dependent probablement. Mais cette modification est secondaire, probablement a un trouble circulatoire. Celui-ci lui-m^nie ne survient pas sans raison ct depend d'une excitation nerveuse. Nous en revenons done a la fin, a une modification subite de la dynamique cellulaire sur laquelle nous avouons notre ignorance complete. Le seul fait que nous sachions aujourd'hui^ c*est le r^sultat psychologique que nous traduisons par ces mots maintenant compris de vous : II y a un subit abaissement de la tension psychologique, un abaissement du niveau mental. Dans certains cas que nous reverrons, Tabaissement se manifeste par la d^sagregation mentale, Tamn^sie retrograde et continue, etc. Chez les psychasth6niques Tabaissement sc manifeste par ce gros fait, c*est que les ph^nomenes superieurs de Tesprit, les fonctions du r^el disparaissent et que subsistent seuls des ph^nomenes plus el^mentaires qui sont ici les ph^nomenes simples, les angoisses.
Cette femme resta pendant des mois dans un ^tat ^pouvantable sans cesse angoiss^e, gemissante et incapable de s'occuper d'autre chose. Elle gu6rit cependant peu a peu, surtout par le r^tablissement de la sante quelques mois apres Taccouchement. Un an apres, pour quelques douleurs qu'elle ressent, elle va consuiter son medecin, et celui-ci lui demandc innocemment de faire analyser son urine. « Pourquoi done, demande-t-elle, deja effray^e. — Je voudrais savoir s*il n'y a pas un peu d^albumine. » Ce mot qui lui rappelait vaguement la maladie d*une voisine produisit le meme effet n6faste que la phrase de la bonne : douleurs de tete, trouble g^n^ral, angoisses. Elle put a peine rentrer chez elle, et depuis voici toute la maladie qui a recommence.
Voyons T^tat danslequel elle se trouve. La maladie semble proc^der par petits acces. Elle n'estpas continue, la maladeestsouvent
88 LES AGrTATIO!(S ET LES A5GOISSES DIFFUSES
fort calme, elle ne dort pas trop mal la nuit, quoiqu'elle vous dise le cootraire, elle mange suffisammeot, et qaoiqu^elle ait les troubles digestifs des neurasthtoiqaes, elle digere a peu pres. De temps en temps, voas la trouverez faisaot avec sa garde une petite partie de dames oa de domioos avec Taspect le plus inuocent du monde. Mais par intervalles, la sc^ne change: unedizaine de fois par jour, a des occasions sur lesquelles nous reviendrons, Tous voyez cette femme tres agitee, elle ne pent plus rester en place, elle gesticule et frappe les menbles. En meme temps, elle a la figure rouge et semble respirer avec peine, elle est haletante, le coeur bat violemmeot. Mais surtout a ces svmptomes physiques s*ajoutent des sonSrances internes. La malade g^mit constamment : « Ah ! que j*ai mal a la tete, en arriere, aux tempes, que j^ai mal a mon cou, a la gorge, a mon estomac, a mon coeur, a mon ventre. Je suis perdue, je ne guerirai jamais, je vais mourir, venez a mon secours, etc. » Ces jer^miades et ces hurlements ne sont calm^s par rien au monde. lis sont aigus a ameuter une maison, et ils se prolongent tres bien deux ou trois heures. Puis la malade se calme graduellement, ne se preoccupe pas de ce qui s^est passe, ni de la fatigue des assistants. Elle reste bien tranquille quoiqu^elle se souvienne de tout et dans une demi* heure elle va recommencer. Voici la \ie qu*elle mene et qu'elle fait mener aux siens depuis plusieurs annees.
Ces crises que nous connaissons deja sont appelees des crises d*angoisse ; nous avons deja vu leur nature ; notez quHci I'excitation viscerale se combine avec Texcitation musculaire et que ce sont des crises d'agitation autant que d^angoisse. Nous vous faisons remarquer qu*il y a aussi, au moins en germe, de Tagitation intellectuelle. Elle parle incessamment, radote toujours les memes idees, imagine une foule de choses terribles. Elle voit son enterrement et ses enfants en deuil, etc.
A quel propos se produisent ces crises ? Si on en croit le malade, c'est parce que les assistants n*ont pas assez ^gard a son temperament emotif, et lui disent des mots qui la revolutionnent. II ne faut pas qu'on parle devant elle de maladie. Le mot «r neurasthenique » amenerait une crise terrible ; bien entendu, il ne faut pas qu*on parle d'urine. ni d^analyse quelconque. Dernierement elle pretend avoir ete malade parce qu*en se promenant elle a vu une dame tirer de sa poche une bouteille de pharmacie. II semble done que les crises soient determinees par association
d'id^es et en particulier par association d'id^es avec la pens^e des maladies. EUe semble 6tre surtout nosophobe.
Mais, a noire avis, ce n'est pas absolument juste. C*est elle qui explique les choses comme cela et qui attribue ces crises a des paroles prononc^es devant elle. En r^alit^, elle a souvent ses crises d^angoisse sans qu'on ait rien dit, parce que sa garde lui d^plait ou pour n'importe quel pr^texte. Ce qui nous frappe le plus, c*est que c'est elle-ni6me qui, au commencement de ses crises, va provoquer ces conversations soi-disant ^motionnantes. Nous avons defendu qu*on lui parl^t de maladies : quand elle va avoir une crise et qu'elle commence a s'agiter, ce qu*on remarque ires bien, c'est elle qui va interroger les personnes, leur demande des nouvelles de leur sant^ et les force a parler de neurasth6nie. En un mot, ces conversations ne sont qu'une interpretation que la malade donne de la crise et celle-ci qui existe deja quand les conversations ont lieu.
Quelles sont done les conditions r^elles d*apparition de ces crises d^angoisses ?
i^ Tons les efforts volontaires. Demandez-lui de prendre une petite decision, demandez-lui surtout de faire une chose qui lui 6oit un peu desagr^able, et vous provoquerez certainement une crise qu'elle interpretera en disant que vous avez eu tort de lui parler de maladies. On a remarqu^ dans sa famille que sous pr^texte d'^viter les crises elle ne fait absolument plus rien depuis qu'elle est malade, tandis qu'elle etait auparavant tres active.
2® Tons les efforts d'attention. Elle a des crises si elle veut 6crire une lettre ou en lire une, si elle fait un effort pour vous ^couter, pour vous comprendre, surtout si elle fait un effort pour croire ce que vous lui dites.
S'* A Toccasion de toutes les petites Amotions, m^mes tres etrangeres a la peur des maladies. Ainsi elle rencontre dans la rue une personne deses amies, cette petite Amotion plutdt agreable amene une crise d*angoisse. Elle a peur d*une voiture, cela amene 6galement une crise d'angoisse. Dernierement elle a eu une crise violente et tres longue parce que a la suite d*une lettre envoy^e parle mari se trouvait une page de « batons » faite par son dernier enfant qui a quatre ans. Elle a encore accus^ la garde de lui avoir parl6 de neurasthenic, mais il est bien evident que In cause veritable a ^t^ le debut de T^motion d^termin^e par la vue de cette Venture enfantine.
En un mot, la crise d'angoisse se produit a roccasion des actes, des attentions et des Amotions pr^sentes. Non seulement elle se produit a cette occasion, mais elle remplace les ph^nomenes qui devraient normalement se developper a ce moment. L'angoisse remplace Tacte qui n'est pas fait : la malade est devenue indignement paresseuse. Elle remplace I'attention, Cs... ne comprend plus rien, mais ce qui est plus curieux, elle remplace r^motion elle-meme.
Ici, Messieurs, nous vous prions de nous accorder quelque attention, car il y a, a notreavis, un malentendu quand on parlede ces malades. Cs... est pour tout le monde le type d'une personne horriblement ^motionnable. Cette appreciation g^n^rale et superficielle est-elle psychologiquement et cliniquement juste ? En rencontrant son amie dans la rue, une personne sensible et Emotive aurait une Amotion sp^ciale faite de surprise et de joie; en voyant la premiere ^criture de son enfant, une mere a un sentiment d*attendrissement, d'amour et de fiert^. Cs... remarque elle-meme que dans ces deux cas elle n*a pas pu avoir ni surprise, ni joie, ni amour, puisqu'elle a eu a la place de tout cela son angoisse ordinaire, c'est-a-dire son Amotion yulgaire et banale faite d'agitation, d'^toufTements et de cris sur sa mort prochaine. Detail intime : cette femme 6tait autrefois g^nitalement tres excitable, elle a revu son mari r^cemment qui a essay^ d'avoir des rapports avec elle. Ceux-ci n'ont pu ^tre normaux, car ils ont ^t^ interrompus par une crise d'angoisse. Cs... nousavoue a ce propos qu'il en est toujours ainsi depuis qu'elle est malade et que Tdmotion sp^ciale ne se produit plus jamais chez elle, car Tautre s'y substitue. II en resulte done une chose bizarre : c'est que nous avons aussi bien le droit de dire qu^elle est apathique, inemotionnable, au lieu de la consid^rer commeune Emotive, putsqu'elle nWrive plus a aucune des emotions normalcs.
La conciliation se trouve dans cette id^e que les Amotions des rapports sexuels, du plaisir de la rencontre, de Tamour maternel, etc., sont des emotions precises, en rapport avec la r^alite presente, et qu'elles se rapprochent des ph^nomenes sup^rieurs d'attention, de croyance etdevolonte. Ces ph^nom^nes sup^rieurs sont disparus et a leur place se d^veloppent ces ph^nom^nes inferieurs que nous pouvons appeler des derivations et qui prennent ici la forme d'angoisse.
Une remarque assez importante a propos du traitement, c*est
que le bromure semble avoir chez elle une action tr^s nette. II diminue coDsiderablement ces ph^nomenes de derivation, mais a la condition d'etre pris a haute dose, 6, 7 et 8 grammes, comme dans Fepilepsie. Nous avions constate que Tagitation augmentait enorm^ment quand nous reduisions le bromure a 2 grammes par exemple. Nous nous sommes demands s'il n'y avait pas la un phenom^ne d'autosuggestion, car la malade parait tenir au medicament. Dans des potions dissimul^es, avec du sirop d'^corce d'orange amere, nous avons fait varier a son insu la dose de bromure et nous avons constats une difference tr^s nette suivant que la dose ^tait ^lev^e ou insuffisante.
Cette malade curieuse est rest6e longtemps, dix-huit mois, dans le service. Nous avions r^ussi a am^liorer son 6tat, d^un cot^ avec le bromure, qui diminuait les reactions angoissantes, de Tautre avec les toniques, les injections de serum de Charon, qui, nous Tesp^rions, pouvaient remonter sa tension nerveuse. Nous nous sommes bien trouv^s de la forcer graduellement ade petits exercices d'attention qu'elle devait faire en reculant la crise le plus possible. La malade nous a quittes non sans peine, car elle ne tol^rait pas de changement de situation et s'angoissait a la pens^e de rentrer chez elle. Nous avons continue a avoir de ses nouvelles : Tamelioration a et^ graduelle, mais cinq ans apres le d6but elle n*estpas encore completement gu^rie. C'est encore une aboulique qui n*a point repris son metier ni ses occupations ant^rieures. Elle a encore tres souvent ses crises de g^missements a propos de n'importe quelle petite Amotion. C'est la, corame vous le voyez, une forme tres grave et tr6s curieuse des ^tats psychastheniques.
Observation 43. — Angoisse diffuse. — Mere aulorilaire, timidite, besoin de direction, besoin d'etre aimi, emotion^ aboulie, agitation mentale, agitation motrice, comparaison avec les crises d' hysteric, agitation emotionnelle.
Cette femme, Ku..., ag^e de 87 ans, pr^sente un etat tout a fait comparable a -celui de la prc^c^dente, aussi su(fit-il de les rapprocher et nous n'insisterons que sur quelques details particulierset instructifs. Nous avons peu de renseignements sur les antecedents hereditaires : les parents semblent de braves paysans peu
instruits, le p^re ne buvait pas, la m6re pretend avoir et^ autrefois pendant sept mois dans un ^tat analogue a celui oil est sa fille en ce moment. En outre la mere avait un caract^re singulier, tr^s exigeant et tres autoritaire. Nous sommes arrives a une opinion qui va vous paraitre bizarre, mais qui se justifiera, nous Tesp^rons, par d*autres observations, c'est que le caract^re autoritaire n'est qu'une forme du caractere aboulique. Les autoritaires ne tol^rent pas le changement autour d'eux, ils ont besoin que tout le monde autour d'eux adopte leurs idees, leurs manies, et ils sont malheureux de la moindre diversity parce qu'ils n'ont pas la force d'agir, ni de croire, au milieu de la diversity. C*est ainsi que nous expliquons un fait qui au d^but ne laissait pas de nous embarrasser ralteroance dans les m^mes families de personnes autoritaires et de vrais abouliques : le trouble psychologique est le mSme dans les deux cas.
La malade a toujours eu depuis son enfance un caractere special 8ur lequel nous voulons appeler votre attention, d'abord parce qu^il est une forme curieuse de Taboiilie fondamentale, ensuite parce qu'il permet de comprendre le developpement de la maladie actuelle.
Ku... a toujours eu ce que Ton pourrait appeler la manie de la sympathie. Expliquons-nous , ellc a toujours eu un besoin exag6rd de sentir la sympathie autour d*elle, il lui fallait se sentir aim^e par toutes les personnes qui I'approchaient. Au moindre soupgon qu'une personne pouvait ne pas avoir une grande affection pour elle, elle ^tait au desespoir et ne retrouvait le calme qu'au moment ou a force d*excuses ou d'amabilites ellc avait ramen^ cette personne a de meilleurs sentiments a son ^gard. II fallait que tons ses parents, tons ses voisins, aient toujours en la voyant un visage souriant, des manitres affables et lui tcmoignent une grande affection. Au milieu de ces temoignages d*affection qu'elle exigeait par tous les moyens, elle s*epanouissait, elle ^tait heureuse, elle pouvait parler et agir. Un visage m^content ou simplement froid et indifferent d^terminait un veritable supplice, lui enlevait toutes ses forces, toute sa decision; elle restait comme sider^e devant cette marque d'indifference et ne pouvait plus ni parler ni agir. Pour obtenir cette sympathie universelle, il n'^tait pas de sacrifices qu'elle ne fit elle-m6me : toujours aimable et caressante, elle avait la terreur de blesser quelqu*un, elle poussait Thonnetete jusqu'a la folie et elle
sacrifiait son int^r^t plut6t que de s'exposer a s'alidner quelqu'un.
Certaines categories de personnes avec lesquelles il est difficile d'entretenir toujoursdes relations parfaites, les domestiques etles concierges, avaient le privilege de latourmenter beaucoup. Ku... se r6signait difficilement k garder une domestique chez elle et aurait pr^f^rd s'en passer. Quand elle en avait une, elle la comblait de provenance et n'osait rien lui commander de peur de la froisser. Le mari devait se charger de faire a la bonne les reclamations ou les reproches ; (c elle n'aurait pas pu continuer a vivre dans Tappartement avec la bonne si elle lui avait fait elle-meme un reproche, cette bonne n*aurait qu*a lui en vouloir ». Elle faisait une cour assidue li son concierge, « car, disait-elle, j*aurais pr.efere dOmdnager tout de suite, quoi qu'il dAt m'en colter, plutot que de sentir que mon concierge pouvait ni'en vouloir ». Elle se prOoccupait de ses voisins : « je n^aurais plus pu me mettre a la fenetre si un de mes voisins edt €t6 (kch6 contre moi ». Un jour elle regut quelques reproches du gardien d'un petit square pr^s de son habitation, parce que son petit chien avait marche sur les plates-bandes : elle en fut au dOsespoir et tbrga son mari a dem6nager pour ne plus habiter le m6me quartier et ne plus Otre exposOe a rencontrer ce gardien. Ne soyez pas surpris de nous entendre insister ainsi sur ce caractere, il joue dans la vie un plus grand role qu'on ne croit et les aliOnistes devraient bicn le connattre, car il est la source de bien des maladies mentales, de bien des phobies, sans compter peut-^tre le delire de persecution.
Ce caractere se rapproche du besoin de direction que nous vous avons souvent dOcrit, mais il n'est pas tout a fait identique. Ce besoin de sympathie se rattache a la crainte de la lutte qui prOoccupe constamment ces individus faiblesde decision. Ces individus au niveau psychologique has, peu en rapport avec le rOel, ont de la peine, disions-nous souvent, a s'adapteraux circonstancesextOrteures. Mais, parmi ces circonstances du milieu ext6rieur, celles qu*ils redoutent le plus ce sont celles qui dependent des hommes. S'adapter au milieu social, c'est Fceuvre la plus difficile et pour eux la plus fatigante. Aussi ce que souhaitent nos abouliques c'est un milieu social oil il n'y ait jamais « d'affaires », un milieu social invariable oil tons les hommes, toutes les pensOes, tous les sentiments gravitent autour d'eux, s!accordent avec eux, favorisent leur propre ddveloppement si difficile et ne leur prOsentent jamais d'obstacles. Tantdt ils cherchent a obtenir ce milieu en se mon*
Oil LES AGITATIONS ET LES ANGOISSES DIFFUSES
trant autoritaires et m^chants, en supprimant de leurs relations tout ce qui pourrait resister, tantot ils cherchent a obteuir ce m^me milieu par la douceur, rhonnetet6 extreme, Thumilit^.
Gr&ce a toutes ces precautions, Ku. . . vivait a peu pr^s tranquille quand survint il y a dix-huit mois Tincident qui a bouleverse sa vie et dont vous n'auriez pas pu comprendre la singuliere importance sans nos remarques prec6dentes sur le caractfere de la malade. Un jeune homme, un ^tudiant qui habitait de Tautre c6te de la rue dtroite, fut arrets sous inculpation d*outrages a lapudeur parce qu'il aurait fait de ses fenetres une pantomime peu convenable. Ce garcon se d^fendit de son mieux et appela ses voisins en t^moignage de I'innocence de ses gestes. II fit surtout appel a Ku..., « une brave dame, disait-il, toujours a sa fenetre en face de lui, et qui aurait vu mieux que personne s'il y avait dans son attitude quelque chose d*inconvenant ». Le commissaire de police envoya un agent interroger Ku.... Par malheur, le mari 6tait absent quand Tagent entra et la pauvre femme fut suffoqu^e de cette interpellation. EUe balbutia une r^ponse quelconque, elle dit qu'elle n'nvait rien remarqu^ de reprehensible, ce qui d'ailleurs etait vrai ; on se contenta de sa r^ponse et cette minuscule affaire n'alla pas plus loin.
Ku..., emotionn^e, tremblante, pendant cette visite d'un agent de police chez elle, se sentit toutechangeeetneput pasreprendre son equilibre apris son depart: a quelque chose, dit-elie, s'etait derange dans sa tete » ; elle entra tout de suite dans ce que nous appellerons une premiere p^riode de sa maladie et qui va durer trois mois. Voici son etat pendant cette premiere p6riode: elle se sent relativement calme, trop calme m^me, car elle ne s'int^resse plus a rien, « elle n'aime plus son enfant, ni son mari » et, detail que nous vous faisonsremarquer chemin faisant, elle n^aplusded^sirs gdnitaux comme auparavant, elle est devenue etonnamment froide. Elle reste compl^tement immobile sur sa chaise, ne travaille plus, « n*a plus le courage de s*occuper du manage..., elle ne pent plus non plus se decider a manger ou a boire ; d'abord parce qu'elle n'a plus ni faim, ni soif, ensuite parce que c*est toute une affaire de se mettre a manger ». Bien mieux, et nous insistons sur ce detail qui va devenir important dans d'autres cas, elle est aussi incapable de dormir, « elle ne peut plus se decider a se coucher et dans son lit elle ne sait pas si elle veut dormir, elle ne sait plus s'y prendre pour dormir ». En un mot la voici dans
L*AN60ISE DIFFUSE 95
rinertie la plus complete, tout a fait en dehors du r^el, son aboulie a consid^rablement augment^ et on peut dire dans notre Iangage convenu qu*il y a eu chez elle un abaissement ^norme du niveau mental.
En meme temps se pr^sente chez cette malade un ph^nomene tres remarquable, qui contraste d'une fa^on curieuse avec cette inertie, c'est une ^norme agitation mentale ; « ma tete travaillait comme jamais elle n^avait fait auparavant, les pens^es roulaient les unes sur les autres sans jamais s'arreter, on dirait que quelque chose bouillait dans ma t^te ». Ces pens^es n'^taientpas toujours du m6me ordre et il n'y avait pas encore chez elle, comme nous le verrons si souvent chez d*autres sujets, des ruminations a forme bien syst6matis<^e, mais cependant les meditations roulaient sur quelques sujets de preference. C'etait d'abord une interrogation sur ce grave probl^me : « faut-il oui ou non r^v^ler au mari la visite de Tagent et la part qu'elle a prise bien malgr^ elle dans le proems? Si le mari sait qu'elle a defendu ce jeune homme, ne va-t-il pas croire qu'elle est alli^e avec lui, qu*elle est sa complice et ne cessera-t-il pas de Taimer ? Si elle ne le lui dit pas, est-ce qu'elle ne trahit pas sa confiance? 11 ne voudra plus s'occuper d'elle , il ne voudra plus la diriger ; d*ailleurs est-ce qu'il ne commence pas d6ja a Tabandonner? II reste trop longtemps au bureau, il reste trop peu de temps aux repas, ce n'est pas comme cela qu'on est avec une femnie aim^e. Ce jeune homme etait un viveur sans doute, mais au moins il donnait plus de temps a ses mattresses, il valait peutetre mieux que son mari. Est-ce qu*elle aimait r^ellement ce jeune homme? L'6motion que lui causait dans la rue la vue d'un chapeau rond et d'un pardessus marron ressemblant a son costume etait-elle de la crainte ou de I'amour ? » A cote de ces interrogations, elle developpait dans son imagination le proces probable et ses consequences: « Elle serait appelee comme temoin, il lui faudrait defendre en public son voisin, son complice ou son amant : lequel etait-il en realite ? Elle finissait par nc plus le savoir. Elle imaginait les consequences de ce proc6s dans le quartier. Que diraient les comm^res quand elles sauraient la part que Ku... avait prise a cette triste affaire? Pourrait-elle rester dans le quartier au milieu de Thostilite generale, il faudrait encore demenager, et oh aller ? Le mari qui ne voulait pas s'eloigner de son bureau, comment le decider a partir loin, tr^s loin,
en Am^rique par exemple, voila qui serait bien difficile, etc... » On voitqueces ruminations ne sont que vaguement syst^matis^es, elles passent d'un sujet a Tautre avec facilite, il ny a encore qu'une ^norme agitation mentale. Cette agitation mentale ne porte pas sur des resolutions r6elles, mais sur des constructions parfaitement iniaginaires, c'est-a-dire sur des ph^nomenes psychologiquement inf^rieurs, elle se d^veloppe parallelement a I'inertie et a la perte des fonctions du r^el, c'est pourquoi nous Tappelons un phenom^ne de derivation.
On pourratt se demander : est-ce Tagitation mentale qui produit Taboulie, ou est-ce Taboulie qui produit Tagitation mentale? Quoique la premiere r^ponse nous paraisse plus juste, nous dirons qu'il est inutile d'insister ici sur ce probl^me, car les deux ph^nomfenes dependent tons les deux Tun de I'autre, its sont tons deux des manifestations de Tabaissement de la tension mentale qui am^ne a la fois la disparition des phdnom^nes supdrieurs et Texag^ration des inf(6rieurs.
Quoi qu'il en soit, apres trois mois de ces ruminations silencieuses, la sc^ne change et nous entrons dans la deuxi^me p6riode. Ku... ne pent plus retenir son esprit agit^, et elle dprouve le besoin de dire tout haut ce qui la tourmente. La voici qui raconte I'histoire a son mari, a sa concierge, a ses voisines, a tout le monde. Elle se laisse aller a crier qu'elle est tr6s malheureuse ; elle pleure, elle hurle et se roule sur son lit en d'interminables contorsions : c'est la p^riode de Tagitation motrice. Cette agitation n'est pas continuelle, mais se pr^sente par crises durant plusieurs heuresou m6me durant des nuits entieres. Les grandes contorsions ^taient parfois remplacees par des tremblements et des claquements de dents ou par des cris et des bavardages plus ou moins incoh^rents : elle r^p^tait surtout qu'elle fatiguait tout le monde, qu'on Tabandonnait, qu'elle ne gu^rirait jamais, etc. Deux medecins qui Texaminerent a ce moment diagnostiqu^rent des crises d'hysterie. Nous devons nous arreter un pen sur ce diagnostic ; il est important parce qu'il est tres souvent r^p^t^ a propos d*agitations de ce genre. On attribue presque toujours ces crises a Thyst^rie, et il en r^sulte que Ton consid^re bien les psychasth^niques comme susceptibles de presenter des crises d'angoisse, mais que Ton ne dccrit pas chez eux ces crises purement motrices ind6pendantes des Amotions proprement dites et de Tangoisse. Nous pensons que ces crises de Ku... ne sont pas
des crises d^hysterie : jamais elle n'a eu de perte de conscience ou de perte de m^moire, c*est-a-dire qu'il n'y a jamais eu la division, i*alternance de conscience, qui caract^rise les attaques comme lessomnambulismes hysteriques, jamais le d^lire n'a ^t^ compiet, jamais il n'y a eu de veritables hallucinations. Ces agitations a moitie voiontaires, a moitie involontaires, avec sentiment de ne pouvoir s'arr^ter rentrent dans la categoric des ph^nomenes dits irr^sistibles des obs^des. Elles remplacent tres nettement ici les agitations mentales qui s^etaient prolong^es silencieusement pendant trois mois. A notre avis, elles doivent avoir la meme interpretation et doivent etre consid^rees comme des phenom^nes de derivation en rapport avec Taboulie ou mieux avec le d^faut de tension psychologique qui supprimait les phenomenes d'attention et de volont^.
Ces crises furent soignees de bien des mani^res ; elles diminuerent sous Tinfluence des piqiires de morphine, c'est la un fait sur lequel nous reviendrons. Elles furent diminuees egalement par Tinfluence d'un ami qui essaya d'hypnotiser la malade. II ne r^ussit en aucune maniere a determiner le sommeil hypnotique (ce qui confirme notre opinion sur Tabsence d'hyst^rie dans ce cas), mais il calma la malade en s*occupant d'elle, en la consolant et ces sujets ont surtout besoin de direction. Quand cet ami se fatigua de ces stances incompletes et sans sommeil, les crises recommencerent de plus belle. Ces crises furent aussi diminuees par un s^jour de quelque temps a la campagne avec des parents qui s^efTorcerent de distrairc la malade, le changement et la distraction faisant remonter le niveau mental. Mais, a son retour chez elle, les crises grandirent de nouveau, et cette fois avec une forme un peu differente qui constitue ce que nous pouvons appeler la troisieme p^riode dc la maladie.
Les crises sont bien plus doulourcuses, dit la malade, parce qu'elles sont devenues internes : cela signifie dans son langage qu'il y a beaucoup moins de mouvements convulsifs des membres, beaucoup moins de cris et de gesticulations, mais que ces mouvements exterieurs sont remplaces par des phenomenes visceraox. La malade a des spasmes dans Testomac et dans le ventre, qui sont particulierement curieux parce qu'ils sont visibles. On observe en effet, une tr^s singiiliere tremulation du ventre; la respiration nc semble pas se faire par un seul mouvement net du diaphragme, mais par une seric de petites secousses ; c'est comme
un tremblement perp^tuel du diaphragme et nous regrettons bien de n'avoir pu prendre le graphique respiratoire de cette malade. A cot^ de ces spasmes respiratoires, T^pigastre, Tabdomen, Testomac et probablement aussi Tintestin ont des secousses, des spasmes que Ton sent a travers de la peau. Tons ces spasmes troublent completemeut la digestion ; tantdt ils amenent des vomissementSy tantot des crises de diarrh^es, et la malade a sans t cesse des naus^es qui n*aboutissent pas toujours a un vomissement reel ; la langue est saburrale, Talimentation difficile, et la malade maigrit plus que pendant les p^riodes pr6c^dentes.
Le coeur semble etre peu trouble, il bat a 76 par minute et a une tension qui nous a paru etre dans plusieurs mesures i^yiB, i5,i6, en moyenne i5. L'angoisse est surtout ici respiratoire et intestinale. Naturellement ces ph^nom^nes visc^raux s'accompagnent d'un sentiment ^norme d*angoisse : (c J'ai une angoisse terrible et je n'ai rien qui puisse me Texpliquer, c'est comme si on me ramenait mon mari mort, je suis toujours comme sous rinfluence d'un grand malheur. » Ces angoisses surviennent tres frequemment dix ou quinze fois dans une journee, par crises plus ou moins longues, a propos de tons les incidents possibles. On pent dire que la malade a peur de tout, des chapeaux, des costumes d'hommes parce qu'ils font penser au personnage du debut, des infirmieres parce qu'elles font penser auxcancanages des voisines, du mari parce qu'elle a peur de n*^tre plus aimee par lui, etc., etc. A Ten croire, c'est toujours la faute des personncs environnantes qui determine une Amotion. On pourrait appliquer ici les theories emotionnelles et dire que les crises d'angoisse se produiscnt parce qu'elle est ^motionnee, mais nous venons de voir deux p^riodes diOerentes dans lesquelles il n'y avait pas d'angoisse et dans lesquelles les crises se produisaient tout de meme. Nous avons admis que les crises dtaient alors des derivations de Tactivit^ nerveuse qui se produisaient au moment d'accomplir un acte, de comprendre quelque chose ou de ressentir une emotion avec plus de precision. II doit en etre de meme pour les troisi^mes sortes de crises, la derivation est simplement visc^rale au lieu d'etre musculaire comme dans la seconde periode, ou mentale comme la premiere.
Nous avons insiste longuement sur cette observation tres instructive qui nous montre r^unies chez le meme sujet les trois formes de derivation et d'agitation diffuses. II est aussi curieuxde
remarquer que la maladie a commence par etre mentale avant d'arriver a Tangoisse ; il est vrai qu^il ne s'aglssait que d'agitatioii mentale, carles id^esobsedantes proprement dites suivent, comme nous le verrons, I'angoisse et ne la precedent pas. II faut aussi remarquer le caractere anterieur de la malade, son aboulie, son besoin de sympathie universelle, quisont, bien plus que de T^motivit^, le point de depart de la maladie.
Nous avons du isoler cette malade, ce que nous ne faisons que rarement pour les psychastheniques, car elle n'etait plus tolerable dans sa famille : Thydroth^rapie, le bromure, des injections de s^rum suivant la formule de Cheron et un traitement de Tattention ont eu quelques heureux effets. Mais nous devons avouer que le r^sultat, apres cinq mois de traitement, est loin d'etre complet, elle reste encore une Emotive et une agit6e; il est bien probable qu'au premier incident, elle va nous revenir avec une phobie plus ou moins systematisee. On pourra dire alors, avec juste raison, que cette phobie prend naissance sur un caractere ^motif, mais nous qui avons assiste aux premiers debuts, nous savons que ce caractere 6motif et angoiss6 n'est pas primitif et nous avons vu comment il est sorti de Taboulie primitive.
Observation 43. — Angoisses diffuses. — Fatigues, choc imotionnel, angoisses, spasmes de Vestomac, sueurs, sentiment de mort.
Les details donnas dans Tobservation pr^c6dente nous permettent d'etre plus brefs dans celle-ci, puisqu'il s'agit de ph^nomenes du meme genre. Cette femme de 3o ans, Jo..., sans antecedents h^reditaires bien nets, a ete epuis^e par cinq grossesses successives presque sans intervalles ; un choc emotionnel est venu completer la depression nerveuse. Un petit gargon qu'on lui avait confix est parti avec d'autres pour aller aux bains froids ; pendant son absence, Jo... a cru entendre dire dans la cour que Tun de ces enfants s'etait noy^, elle est rest^e pendant deux heures a I'attendre avec la plus grande terreur. Le retour de I'enfant bien tranquille n'a pas r^ussi a la calmer : au lieu de se pr^occuper de la mort de Tenfant elle s'est a mise a se pr^occuper de sa propre mort, car elle se trouve, dit-elle, dans un etat anormal qui justifie toutes les apprehensions.
Eile pretend eprouver a chaque instant tin grand saisissement « qui lui tient tout le corps et surtout serre sa poitrine comme dans un ^tau. II y a quelque chose dans son estomac qui lui fait peur ; c'est comme s'il y avait quelque chose qui remue dans Testomac, une pelote de vers qui serait plac^e a gauche sous les fausses cotes. Ces spasmes sont accompagn^s de grandes sueurs aux mains et aux pieds, qui se prolongent pendant plusieurs heures. En meme temps elle 6prouve des sentiments vagues comme si elle avait oubli6 quelque chose, elle ne sait pas quoi, ou bien une apprehension de quelque chose, ce qui Famene a croire qu'elle a le pressentiment de sa mort. De tels saisissements recommencent dix fois par jour a propos de la moindre occasion ; pour ^viter de les provoquer, dit-elle, elle ne veut plus rien faire, elle reste comme elle le dit elle-meme a a r6ver sans dormir ».
Dans tons ces cas, il est int^ressant de rappeler que Texamen objectifne nous apprend pas grand'chose : quelquefois, mais rarement on constate de visu les spasmes abdominaux comme chez Ku..., mais le plus souvent on ne les voit pas. On ne trouve pas de traces de contractures ; on n'observe pas d*anesthdsie ; les pratiques hypnotiques et la suggestion ne donnent pas de r^sultats Intdressants.
Observations 44 et 45. — Angoisse hyst6rique et angoisse psychasthSnique. — Antecedents, Amotion, troubles respiratoiresy anesthesiesy timidMs, peur de la rougeur, peur des convulsions de la figure, angoisses diffuses.
Nous voudrions vous presenter simultanement ces deux malades, afin de comparer chez eux les modifications d'un meme symptome, dont Tetude est aujourd'hui tout a fait a Tordre du jour.
Ce pauvre homme, ag^ de 23 ans, Bt..., se plaint d^^prouver constamment un sentiment de resserrement a la poitrine et a Testomac, avec gene dc la respiration et du c<Bur avec un sentiment d'^motion p^nible analogue a la peur. C'est ce qu'on appelle de Tangoisse. Chez lui Tangoisse est a peu pres continuelle a un degr^ faible ; elle s'aggrave apres le repas et aussi a I'occasion de la plus petite emotion. Si on adopteles expressions propos^es par
Freud, expressions qui se borDent|d'ailleurs aemettre au premier rang le symptdme, c'est un cas de la nei^rose d'angoisse, (Angstneurosc).
Cette dame, ag6e de 33 ans, UI..., se plaint d'avoir des vertiges, surtout quand elle entre devant nous. « Quelque chose, ditelle, la serre a la gorge, elle est sur le point de crier, elle a un gros poids sur la poitrine, elle ^toulTe, elle a la poitrine serree, et elle sent une emotion de peur tres forte, c'est comme si elle craignait d'avoir un acces d'^pilepsie, de devenir folle, d'avoir des convulsions dans la figure si elle leve les yeux, etc. » Avec d'autres expressions et plus de bavardages, c'est le m6me tableau : g^ne de la respiration, palpitation, Amotion, c'est encore I'angoisse, et si Ton veut, c'est encore la n^vrose d'angoisse.
Eh bien, est-ce la m6me angoisse chez les deux malades, est-ce une seule et unique maladiePCe diagnostic clinique n'est pas sans int^ret pour la discussion de cette nouvelle maladie la n^vrose d'angoisse.
Voyons d'abord ce garcon : c'est le fils d'une femme tres nerveuse ; il a lui-meme toujours et^ tres nerveux, il a eu des cauchemars etant jeune, puis de veritables acces de somnambulisme la nuit, mais pas d'id^es fixes a forme de scrupule. 11 y a un an, il lui est arrive une singuli^re aventure, plutot d^sagr^able. II a eu la corv6e de d^pendre un pendu : un de ses voisins s'etait suicide, il a A^ detacher le cadavre. Ce n'^tait pas gai, et il a eu une forte Amotion. Cependant il s'est assez bien calm^. Six mois apres, retour curieux de Temotion. En rcntrant dans un jardin, le soir, il vit un tablier pendu aux branches d'un arbre et cette vue ^veilla I'image du pendu, sa silhouette. II ressentit aussitot, et plus fort que la premiere fois, une constriction a la poitrine, une gene a I'estomac et au ventre, et depuis, ce sentiment a persists.
Actuellement, la g6ne est surtout physique; il sent une douleur a r^pigastre, le moral est peu atteint, il se rend compte que s'il fallait d^pendre encore un desespere cela lui serait infiniment plus desagreable que la premiere fois, mais il ne r6ve pas consciemment au pendu, il n'a pas du tout I'idee de se pendre et en dehors de cette souffrance localis^e il n'a pas de troubles mentaux.
L'examen actuel du malade est int^ressant. On constate non pas I'anesth^sie complete mais uue veritable atialgesie sur tout le
cot^ gauche. La region de restomac surtout est plus completement anesth^sique et ne sent pas plus le contact que la douleur ; enfin, ce qui est plus net encore, il y a de la contracture permanente des muscles droits de Tabdomen, des muscles intercostaux inferieurs et probablement un peu du diaphragrae, comme nous I'avons vu si souvent dans ces cas. II v a done des troubles objectifs et la pathogenic de Taccident se comprend assez bien. Get individu ndvropathe qui a deja eu des somnambulismes a iU frapp^ par une premiere Amotion quand il a d^croche son pendu; il a eu de Taffaiblissement mental, de la disposition a la desagregation ou si vous pr^f(6rez a la separation des centres corticaux. Une nouvelle Amotion survenant par la-dessus a donn^ naissance a des troubles permanents. L'emotion persistant incomplete d'une manifere subconsciente entretient la contracture, et c'est cette gene mat^rielle de la respiration qui cause Tangoisse. Ici, I'angoisse a son point de depart dans une gene reelle de la respiration causae par des accidents hysteriquesou par un etat subconscient en dehors de Tesprit du malade. C'est la forme hysteticjue de rangoisse.
Voyez maintenant cette femme de 33 ans ; il est probable que le pfere buvait, une soeur est tres emotive. EUe a commence a etre troubl^e depuis Tage de douze ans et en a 33 maintenant. La maladie dure depuis ao ans et non pas depuis six mois comme chez le jeune homme. Elle a commence par des timidit^s, des rongeurs, des peurs de rougir. Elle a eu des d^sespoirs en entrant dans une place par la peur de ne pas reussir.
Ces soi-disant vertiges ne la prennent que dans des circonstances particulieres : quand elle entre dans un omnibus, quand elle est en presence de personnes qui la regardent, quand elle pense a sa propre figure. II Taut que ces circonstances amenent dans son esprit des reflexions. Est-ce qu'elle a la figure d'une folle? Est-ce qu'elle a des convulsions dans la figure ? Est-ce que les gens qui la regardent comprennent sa maladie. II suflit qu'elle se disc que les personnes presentes sout des m6decins pour se calmer. En un mot il y a de la rumination.
Si on fait un examen physique comme chez le jeune homme, on ne constate pas d'anesthesie, pas de troubles ^pigastriques et surtout pas de contractures, a moins bien entendu qu'elle ne soit juste en train des'^motionner. Dans ce cas, il faut commencer par la calmer. En un mot ici il n'y a pas de troubles organiques permanents, les troubles organiques viennent a la suite d'un travail
mental, c^r6bral, et m6me d*un travail qui est conscient. C'est la rumination du scrupuleux qui amene Tangoisse. Nous croyons m6me que le premier trouble est c^r6bral : c'est parce que le malade n'est plus maitre de sa tete, de ses idees, qu'il s'6motionne et s'affole. C'est la torme psjrchastkeniqae de I'angoise, c'elst Ta/igoisse des scrupuleux.
Vous voyez done que ces deux malades ne sont pas semblables et j'en profite pour vous dire qu*il ne faut pas trop vite eriger un symptome en maladie. On aurait tort de leur attribuer la m^me: maladie parce qu'ils ont tons deux de Tangoisse. Le pronostic d'abord est different. Le jeune homme gu^rira plus vite que la femme ou, s*il reste malade, il aura de tout autres accidents.
Letraitement aussi est different. Le massage de Tabdomen, la gymnastique respiratoire qui gu^rira le premier n*aura aucune influence sur la seconde qui a besoin d'une education sp^ciale. Vous voyez que ce diagnostic de Tangoisse presente un assez grand inter^t clinique.
Observation 46. — Angoisses diffuses. — Troubles respiratoires, agitation, peur de Visolemeni, effet de la distraction.
Vous savez que Ton est dispose a inventer toujours des formes nouvelles de n^vroses, qui ne sont souvent que des vari^t^s accidentelles des grandes especes pathologiques.
II y a cependant une varidt^ morbide sur laquelle diff^rents auteurs attirent Tattention depuis quelque temps et qu*il est int^ressant de distinguer, bien que Ton puisse la rapprocher de formes connues : c'est la maladie qui n'est constitute que par des crises d'emotion excessives, c'est Vetat d'anxiete dont parlait autrefois Morel, les decharges imoti^fes de Weir-Mitchell, les etats d'angoisse de Mac Farlane, \espanopkobies de Beard et plus r^cemment la nevrose d'angoisse de Freud. « Uattente anxieuse^ dit ce dernier auteur, est le symptome essentiel de lan^vrose d'angoisse. On pent dire qu'il y a, dans cet etat, une certaine quantity d'angoisse flottant a I'etat libre, qui est toujours prete ase manifester, la forme sous laquelle elle se manifeste pouvant d'ailleurs varier, ^tant sous la dependance de circonstances diverses ». Ces crises d'emotions vagues sont interessantes a connaitre ; elles pourront elrfe, comme Tout fait observer MM. Pitres et Regis dans leur
memoire sur la S^meiologie des id^es fixes, le point de depart des Amotions syst^matis^es et des idees fixes.
Les descriptions de ces auteurs sur la nevrose d*angoisse et Tattente anxieuse nous sont revenues a Tesprit en lisant les confidences que cette malade, ^'y--- ; femme de 34 ans, nous aecrites sur son nial. « Je n'ai pas d'autres souffrances que cette angoisse intolerable, ce que j'eprouve, c'est la menace d'un mal. Parfois la crise n'arrive pas, mais je soufTre de la menace : Tangoisse, la crainte, revient a mesureque lYpoque de la crise s*approche. » Cette angoisse qu*elle decrit avcc complaisance consiste en une sensation de resserrement a la poitrine, d'une ceinture de fer autour des reins et du coeur, dans la sensation des battements precipites du coeur, de la suffocation. La poitrine lui fait Teffet d*une bouteille que Ton secoue, des nausees, elle a une salivation excessive, des sensations de vertige, des bourdonnements dans les oreilles, etc., etc.
Tous ces ph^nomenes sont en rapport avec une attente anxieuse, elle pretend attendre ainsi une crise dont elle aurait tres peur. Cette* crise qui arrive, en effet, ne semble pas etre en elle-m^me fort, grave : quelques mouvements convulsifs, des cris rauques, en un mot une petite crise d'agitation, sans perte de conscience, qui en elle-meme n'est pas tres importante. L'angoisse qui la precede, qui pent se prolonger des jours et des nuits sans que la crise arrive, est beaucoup plus grave.
On peut done dire que le phenomene essentiel de cette malade, ce sont des etats d'angoisse, des (^tats d*dmotion intense avec sentiment de peur et attente anxieuse de quelque chose qu*elle precise plus ou moins bien en disant qu'elle attend la crise de nerfs.
Yoici dans quelles conditions cet dtat s'est d^veloppe. Les parents semblent avoir et^ assczbien portants, quoiquelepere soit nerveux et qu*un frere du pere soit mort fou. D^ja dans Tenfance Gy... aurait eu une premifere crise analogue a celle-ci avec perte de connaissance, salivation excessive parce que des ouvriers sur un toit de la pension lui auraicnt fait peur. A trois ou quatre reprises, ces accidents se seraient reproduits dans sa jeunesse mais d'une maniere incomplete. Nous voyons done se manifester une emotivite excessive.
Rien de tout cela n'etait grave. Elle se marie avec un individu bizarre, sorte d'hypocondriaque insociable, qui Tenleve a sa
familie, et la fait vivre au fond d*une campagne tres isol^e. Elle prend peur dans cette maisoii, surtout quand son mari la laisse seule. Elle imagine les dangers les plus ^pouvantables et tons les soirs 6prouvede violentes terreurs. Ces terreurs perdent pen a pen leur caractere precis ; elles deviennent des emotions aussi intenses que vagues qui finissent par constituer ces angoisses avec attente anxieuse.
Autrefois, dans sa campagne, elle attendait des dangers r^els, des voleurs, Tincendie, etc. Maintenant qu'elle est rentr^e a Paris, dans une maison bien calme, elle se borne a attendre sa crise mais Tangoisse est restee la m^me. Remarquez le rapport ^troit qui lie ces nevroses d'angoisse avec les idees fixes proprement dites. C'est une idee fixe de solitude, de dangers, de peurs qui a 6te, non pas en se pr^cisant, mais en se g^n^ralisant de plus en plus et qui est devenue, si on peut ainsi dire, une idee fixe indetermin6e.
La malade dans sa lettre nous dit elle-meme le remade qui lui convient. « Detournee de mon mal par une distraction quelconque, promenades, musique, surtout quand il y a du monde autour de moi, je vais tout de suite beaucoup mieux. » C'est evidemmentla le remede ; il faut chercher a lui occuper Tesprit a autre chose qu'a cette attente.
Malheureusement elle appartient a cette categoric de personnes qui ne sauront jamais s'occuper toutes seules. II lui est impossible de rester seule, dit-elle. Si quelqu'un la dirige, elle n'aura plus rien du tout, si elle ne trouve pas le directeur de conscience qu'elle rove, elle parcourra toute la s^rie des n6vroses et des idees fixes. Ce sont de ces femmes comme nous Tavons souvent montre qui prendront un amant, un maitre le plus brutal, pour etre avec quelqu*un. C/est encore un cas de la maladie de I'isolement.
Observation 47. — Angoisse difliise. — Maslurbalion, troubles respiratoires, Iremblements du bras el tics du cou.
Voici une malade, Hb..., agee de 4o ans, qui nous apporte une interessante demonstration des idees que nous vous avons indiquees sur les derivations ^motionnelles. Cette demoiselle de 4o ans, Hb..., vivait seule avec son pere d'une maniere tres simple et tres
retiree. « car elle avait la peur du monde ». Elle a eu la douleur de perdre son pfere il y a trois ans et a dd rester absolument seule, ce qui a d^termin6 tous les troubles actuels.
Sa tristesse, sa solitude, son sentiment de Taiblesse etde d^faillance Tont amende a prendre de mauvaises habitudes dont elle est profond^ment honteuse. Elle qui avait v^cu jusqu'a 38 ans dans une ignorance presque complete de ces choses, elle ne put r^sister a un singulier besoin qui ia poussait a rechercher une excitation. Au commencement tout alia bien, elle arrivait assez facilement a Texcitation sexuelle et cette excitation lui faisait le plus grand bien. Elle se trouvait a la suite moins triste, moins
F,«. 4. Respiration de Hb... — Ces graphlqiies »ont pris avcc le pneumographe de Verdin; lea lignes horicontales et verticales servent de reptTes ; la fleche horicontale indique dans qnel sens le graphique doit Mre lu, la fl6che verticale indic^ae dans quel sens s'inscrit I'inspiration. T, respiration ihoraclque; A, respiration abdominale; S, le temps en secondet.
d^laiss^e etplus courageuse. Malheureusement, ce besoin d*excitation anormale alia en augmentant, elle dut recommencer plus souvent et en m6me temps elle arriva plus difficilement au r^sultat. Elle devenait g^n^e et honteuse de cet acte et cependant le recommen^ait incessamment sans arriver a la satisfaction.
C*est dans ces conditions que cette excitation avort^e a d6termin^ de singulie^rs phenomencs, d'aborddes troubles respiratoires assez considerables. Ainsi que vous pouvez le voir par ce graphique (figure 4), la respiration abdominale est presque supprim6e et ne consiste plus qu*en un tremblementirregulier, la respiration thoracique est devenue rapide, tremblante et irr^guHere. Ce sont des troubles respiratoires de Tangoisse avec cette diflFerence c*est qu*ils sont beaucoup plus durables et qu'ils se prolongent quelquefois une journ^e entiere apres la cause excitante. En meme temps s'est developpe un veritable tic des muscles du cou ; le
sterno-cleido-masto'idien a des secousses a peu pr^s cent fois par minute et determine des petits mouvements continuels de la tete qui se tourne brusquement vers la droite, puis revienl en avant. Le graphique de la figure 5 a ^te obtenu en pla^ant un myographe sur le sterno-cleido-mastoidien de maniere a inscrire ses secousses; il vous montre bien la relation de ces secousses musculaires avec les spasmes respiratoires, puisque dans cette figure la respiration a ^t6 inscrite en meme temps que le trac6 du myographe. On remarquera que pendant cette experience la respiration thoracique est plus rapide et plus profonde que pendant Texperience pr^cedente. L'os hyoide est ^galement anime de petits mouvements brusques qui le font monter et descendre
Fio. 5. — Respiration de lib... — T, respiration thoracique : M, secousses du sterno'cl^idomastotdien, la ritesse du cjlindre est la m^me que daus le graphique precedent.
comme dans des efforts perp^tuels de deglutition. Enfin on note un tremblement du bras droit, mais il est moins durable et ne se prolongequ'une heure ou deux apr^s les masturbations.
Peu a peu ces angoisses et ces tics se sont exag^r^s ; ils ne commencent plus uniquement apres les masturbations sans succes, mais apres toutes les Amotions et surtout apres les Amotions avortees. Un cri, la vue d'un accident dans la rue font r^apparaitre tons ces spasmes. Nous insistons sur Tordre d*apparition des phenomenes chez cette malade, ordre qui nous parait int^ressant : i** la mort du pere, emotion deprimante, tristesse, solitude, depression mentale ; i^ le besoin d'excitation et Thabitude de la masturbation qui pendant quelque temps semble montrer avoir des efTets plutot favorables ; 3^ la depression mentale continuant, Texcitation g^nitale ne pent plus etre complete et nous voyons apparaitre les troubles respiratoires et les tics du cou que nous considerons comme des phenomenes de derivation ;
4*^ ced ph^Domenes se gen^ralisent et se produisent a propos d'autres Amotions.
Le fait principal ne nous parait done pas etre T^motivit^ ni Tangoisse puisque celle-ci ne se d^veloppe qu*assez tardi* vement. Le fait primitif est repuisement mental avec les troubles de la volont^ : c*est lui qu'il faudrait pouvoir modifier. Ici il y a un conseil qui s'impose : cette vieille fille ne pent pas continuer a vivre dans la solitude complete en cherchant a se consoler par la masturbation ; il faut, puisqu'elle le peut, qu'elle rentre dans sa famille, qu'elle se repose et suive un regime tonique en renongant completement a ces pratiques inutiles. II est bien probable que les angoisses et les tics disparaitront.
Observation 48. — Angoisses difliises. — Aboulie, iimidile, a bo u lie sociale.
Comme dernier exempledes angoisses diffuses, nous voudrions vous signaler la maladie de la timidite que Ton peut consid^rer comme un intermddiaire entre les angoisses vagues et les phobies precises.
La timidit6 semble surtout caract^ris^e par des ph^nomenes d'^motion et d'angoisse qui se produisent nonpr^cis^ment en rapport avec un objet unique comme les phobies mais cepcndant en presence d^une condition d6termin^e : la presence de nos semblables. L'angoisse ne se produit pas lorsque lesujet est seul, elle se produit quand il est en presence d*autres personneshumaines; ce n'est que tout r^cemment qu'on remarqua le caractere maladif de certaines timidites. M. Hartenberg a ^crit sur ce point un livre interessant. Tout en remarquant qu*il est juste de faire comme cet auteur une grande part aux troubles ^motifs, nous croyons qu'il y a a relever d'autres faits encore dans la timidite et c'est sur ceux-la que nous insistons.
Cette dame, Vr..., agee de 3o ans, qui vient demander un traitement de la timidity est un bon exemple pour montrer que la timidity est une maladie. Elle appartient a une famille oil Ton compte un tr^s grand nombre d*ali6n^s et de n^vropathes : un frere et une soeur du pere sont morts fous, une tante maternelle est au moins bizarre. Vr... a eu elle-meme de Tincontinence d'urine jusqu'a Tage de i3 ans, elle a encore fr^quemment des
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p^riodes de pollakyurie. C'est une abouThfte ^Aiim^scrupuleuse, autrefois il lui semblait qu'elle ne pouvait pas faire les actes a cause de leurs consequences religieuses. Ces pr^tendues cons^* quences religieuses ^taient fort vagues et le fait qui reste important est qu'a chaque instant elle se sentait incapable d'accomplir tel ou tel acte. Depuis qu^elle est marine, elle fait quelques efforts pour agir et elle semble r^ussir a accomplir a peu pr^s les actions lorsqu'elle est seule, mais des qu'il y a quelques personnes qui la regardent elle ne pent plus ni marcher, ni parler, elle ne pent plus jouer du piano et cette incapacite s'accompagne d'une tres violente Amotion.
L'^motion fait ^videmment partie de la timidity mais Taboulie joue aussi un grand role. Pourquoi dire dans ce cas que c*est la peur de voir les hommes qui arrete Taction ? Ne nous a-t-elle pas dit que ses actions avaient toujours ^t^ arr^t^es par quelque chose et qu'elle restait autrefois des heures immobiles devant son piano sans pouvoir se decider a jouer une note, m^me quand elle ^tait seule. Elle ajoutait, comme interpretation, que cet acte lui paraissait antireligieux, mais c'est la une explication apres coup; la verite c*est que son engourdissement cerebral la laissait dans les reves et ne lui donnait pas une tension sutfisante pour Tactivite reelle. Maintenant elle joue du piano quand elle est seule, c'est un progres; mais elle reste incapable d'en jouer quand il y a du public. Pourquoi dire que cette incapacity identique a la pr^cedente a maintenant une cause toute diff6rente? A notre avis Tacte n'est pas accompli quand il s'agit de le faire devant quelques personnes parce qu'il est alors plus difficile, comme nous Tavons montr6 souvent et il est toujours emp^che par le m^me etat d'aboulie. Quant a Temotivite qui est reelle, c'est un phenomene de derivation qui se surajoute. L'angoisse survient quand elle fait des efforts pour faire Tacte devenu impossible. Tons les timides vous diront qu'ils ont un moyen pour ne pas etre emotionne par le public, c'est de rester parfaitement tranquille sans essayer de rien faire.; c'est quand ils essayent de se lever, de parler, de marcher, de jouer du piano, que leur effort impuissant se depense en phenom^nes visc^raux.
Permettez-nous de vous lire un fragment de lettre d'une dame timide qui nous parait bien se rendre compte de ce detail. « J'avais une timidite qui faisait mon desespoir, laquelle d'ailleurs n'a fait que s'accroitre et a empoisonne toute ma vie. Outre les per-
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sonnes qui m'intimidaient par elles-m^mes sans que je puisse dire pourquoi, il suffisait que je fusse troubl^e une fois avec celles qui ue me g^naient pas habituellement pour que je ne puisse plus me retro.uver en face d^elles sans malaise. Si je les voyais de loin, la seule pensee d*avoir a marcher devant elles me donnait des battements de cceur inoui's et me mettait tout le corps en transpiration. J'avais r^ussi dans mes etudes et je savais beaucoup de choses en th6orie, j'aimais a me laisser aller a Timagination etau raisonnement, mais je me voyais inhabile au travail des qu'on me mettait aux prises avec la r^alit^ parce que dans la reality il y a des hommes et que je ne pouvais pas esp^rer un eraploi ou je serais toute seule sans avoir des rapports avec personne. Cette gene que j'^prouvais devant la plupart des personnes allait jusqu*a me paralyser completement. Une simple addition, je ne pouvais pas la faire et j'etais obligee d'etre fiiusse pour marquer cette impuis* sance, de chetcher des pr^textes, de me dire malade, de casser mon crayon, d'aller chercher un canif et je m'eflForgais de faire mon addition seule, a la derobee, en m'efforcant de penser que c'^tait un devoir de classe, en m'eflbrgant d'oublier qu'elle pouvait servir a quelques personnes. »
Nous sommes disposes a croire qu'ici comme toujours les phenom^nes ^motionnels jouent un r6le bien plus secondaire qu*on se r^tait figure ; Tessentiel c'est la diminution de cette tension nerveuse et psychologique ; qui nous est n^cessaire pour accomplir les actes reels et surtout pour accomplirles actes complexes comme les actes sociaux.
Observation ^9* — Crises d'agitation et d'angoisse k propos de la fin de Paction et k propos du rdveil. — Dermographie, crises d'agilation moirice, emotion, la cessation de Inaction, crises pendant toute la nuit, le r4veil angoissant, troubles de la respiration,
Cette malade Dn..., agee de 3o ans, ne laisse pas que de nous embarrasser beaucoup ; les phenomenes qu'elle presente ne sont pas bien graves, mais ils se pr^sentent dans des conditions singulieres et le diagnostic, quoique probable, ne pent guere ^tre fait avec une grande precision.
Voyez d*abord un petit ph^nomene bien connu mais qui est tou-
LES AGITATIONS fiMOTIONNELLES DIFFUSES
HI
jours curieux. Regardez sa poitrine (figure 6). Vous voyez qu'elle porte 6crit sur sa peau avec uhe nettele admirable le mot Salp^triere; tous les details des lettres sont bien visibles. lis ressortent en relief blanc sur fond rouge. Pour produire ce beau dessin il a suffi de passer tout a Theure une pointe sur sa peau. Quelques
Fig. 6. — Dermographique blaac crayeux sur fond rouge chez Dn.
instants apres la peau a rougi, une elevation s*est faite a tous les points touches, cette elevation a blanchi de maniere a former le dessin que vous voyez ; c^est le phenom^ne de la dermographie dont vous avez ^tudi6 un exemple dernierement. Pour T^tude plus complete de ce phenomene bien bizarre je vous renverrai a un travail recent de M. Barthelemy (de Saint-Lazare) : « Etude sur le dermographisme ou dermoneurose toxi-vasomotrice ».
L'auteur apres un resum^ historique int^ressant sur les marques
il2 LES AGITATIONS ET LES ANGOISSES DIFFUSES
du diable a bien d^crit le ph^nomene, son apparition, sa dur^e, ses relations avec les ph6riom^nes nerveux et avcc les intoxications. C'est un ph^nomene en somme voisin de Turticaire qui reclame la meme therapeutique, les memes precautions pour ^viter les intoxications alimentaires, mais qui est encore plus ea rapport avec r^motivit^ et la nevropathie. Ici, eneflFet, nous avons affaire a un ^tat n6vropathique qui est ^galement curieux.
Depuis son enfance, cette dame est sujette a de petites crises de nerfs dont nous ne d^terminons pas encore la nature. Ces crises, qui ont commence a Tage de cinq ou six ans, ont un peu augments dans ces derniers temps, depuis son mariage. Malgr6 cette augmentation, ces crises sont extremement peu dechosesetvous allez peut-etre en voir un exemple devant vous. La malade se renverse un peu sur sa chaise, se plaint d'etre mal a son aise etdit: « Je vais avoir ma crise. » Elle cesse de parler, fait quelques grimaces, quelques petites contorsions des membres sans secousses cloniques bien nettes et dit tranquillement: cc C'est fini. » Elle n*a pas perdu conscience, elle s'est seulement sentie g^n^e pour parler, tiraill^e, un peu contorsionn^e. Quand la crise est un peu plus grave, il n'y a pas grand'chose de plus, mais a la fin elle crache de Teau quelquefois teint^e de sang. Elle perd quelquefois quelques gouttes d'urine, elle ne tombe pas : rien de plus.
Deja cette description est un peu embarrassante, c'est bien peu pour une crise d'hyst^rie. Vous savez queThysterie est tapageuse; il faut se defier de ces petites histoires plus calmes, vraiment cela faitpenser a T^pilepsie. II est vrai qu*il n'y a rien de d^cisif: le sang qu'elle crache ne vient certainement pas de la langue qui n'a jamais H6 mordue. II n'y a pas a proprement parler d'^mission d'urine et il n'y a pas de perte de conscience, ce serait un petit mal tout a fait special sorte d'equivalent de Tacc^s remplace par quelques tics comme cela est d'ailleurs bien connu. Mais nous n'aflirmons rien parce qu'il nous reste a voir les conditions d^terminantes de ses petites crises qui sont 6galement bizarres.
D'abord, ces crises surviennent k propos de la moindre Amotion, et c'est pourquoi nous disions qu*elle allait en avoir devant vous. C'est la un caractere banal qui s'accorderait plus avec Thypothese de Thyst^rie qu'avec celle de Tepilepsie, mais ce ne sont la que les moins fr^quentes des crises. Les crises se produisent bien plus frequemment la nuit ou le matin au moment du reveil. Elle ne pent pas se reveiller sans une crise, sauf une ex-
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ceptlon qu'elle remarque et qui est singull^rc, c'est quand elle •est reveill^e par un reve ou un cauchemar. Mais ce n*est pas seulement la fin du sommeil qui a cette propriety : quand elle est rest^e assise quelque temps et qu'elle veut se lever, U y a une attaque. Elle redoute les omnibus a ce propos car elle ne pent en descendre sans crise. Bien mieux, si elle marche longtemps, elle se porte tres bien tant qu'elle continue a marcher ; mais si elle s'arr^te, encore une crise. Si elle travaille longtemps a la couture, au moment ou elle s'arrete, survient une crise.
En un mot, les crises se produisent au moment ou s'arr^te une action prolongee principalement il y a le sommeil. C'est la un fait bien curieux pour la th^orie de la volont^. Le plus souvent des troubles nerveux de ce genre apparaissent au debut de Taction qui est comme vous le savez bien la partie la plus difficile de Tacte. On sait depuis longtemps que la cessation d'une action prolongee est, pour les volontes faibles, aussi difficile que le d^but d*une action nouvelle : ce petit acces qui survient toujours quand il s'agit d*arreler une action apporte une preuve nouvelle de la v6rit6 de celle remarque. Nous allons voir Teffet du bromure qui nous parait tout indique pour modifier un ^tat qui nous semble se rapprocher de Tepilepsie.
Nous vous repr^sentons cette meme malade, que vous n'avez pas vue depuis deux ans. Apres avoir et^ un pen amelioree, elle nous a abandonn^e et n*est plus venue nous voir. Cela ne lui a guere r^ussi, car son 6tat, aujourd'hui, semble plutot plus grave.
Cette pauvre femme est en ce moment tourment^e par des attaques dont la nature est bien singuli^re. Ce qui les caracterise, e'est qu'elles ne se produisent plus du tout ou tres rarement dans la journee, qu'elles surviennent uniquement pendant la nuit, et qu*elles semblent etre en relation tres etroite avec le sommeil.
Voici comment les choses se passent toutes les nuits. Dn... »e couchetres fatigu^eetavec le besoin de dormir; elle met quelque temps a s'assoupir et pendant cette premiere p^riode, elle est tres calme. Au bout de dixa quinze minutes, le sommeil vient profond, complet : a ce moment, elle se reveille en sursaut avec un sentiment de peur et une sensation d'^touQement. Instinctivement, elle se cramponne aux bords de son lit et tache de se calmer, mais elle ne peuty parvenir; elle sentr^touffementaugmenter, le coeur battre violemment; elle 6prouve des contractions dans tons les