‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 36 sur 116 · LES ALGIES · texte numérisé non relu

LES ALGIES

dans la figure, des raideurs, des tiraillements horribles ». Yous Yoyez que toute sa vie cette malade a <§te une algique : a mesure que nous avangons vers des formes plus sp6ciales de la psychasth^nie nous verrons plus de malades qui semblent adopter pour toute leur vie une forme speciale de la maladie, qui restent toujours des algiques, des phobiques, des douteurs, des serupuleux, etc.

En quoi consiste le trouble des organes qui cause de pareiiles douleurs ? Actuellement, il semble se presenter dans des conditions favorables a Texamen : la douleur est a la peau du visage, n'est-il pas facile de se rendre compte de ce qui pent y etre trouble.

Examinons done la peau du visage : TexamenMe plus minutieux ne nous montre rien d'anormal. La peau est saine, il faut seulement remarquer que le bout du nez et les deux cot^s de la racine du nez sont un peu rouges, que I'^piderme y est un pen sec et Tending. En outre, nous remarquons quelques boutons d*acnes sur le front : ce ne sont pas la d'ordinaire des choses bien doulou* reuses. La malade consent a se laisser toucher, tellement elle desire guerir ; la peau est souple, il n'y a aucun engorgement.

Profitons de Toccasion pour verifier I'^tat de la sensibility, nous Savons que des modifications de la sensibilite sont souvent tres pcnibles. Nouspromenons un cheveu sur la face suivant la m6thode de Bloch, Tattouchement de ce cheveu est partout senti ; Taesth^siometre donne une sensibility moyenne de a millimetres aux levres, de i5 millimetres aux joues et au front. Bien mieux nous pouvons faire une experience fort curieuse, c*est la mesure de la sensibilite a la douleur avec Talgesimetre. Get instrument, que nous avons fait construire depuis longtemps par M. Yerdin, consiste en une aiguille dont la pression sur la peau est determin^e par un ressort et pent se lire sur une graduation. Quand on approche Tinstrument de la peau on determine un simple contact, lequel se transforme en une sensation de petite piqure a la pression de lo grammes en moyenne et en douleur rapidement intolerable a la pression de 20 a 25 grammes. On comprend que des personnes peu sensibles ne se plaindront de la piqiire qu'a 3o, 4o grammes ou m^me a 100 grammes. Quels sont les chiiTres que cet instrument va marquer sur la figure de cette femme? Nous pouvons le prevoir par ce que nous savons de Tinflammation: cet instrument applique sur la peau enQamm^e d'un abces par exemple serait intolerable a 5 grammes. Puisque la peau de cette dame est, d'apres ce qu'elle pretend, afTreusement

sensible et puisqu*elle provoque de telles douleurs, ne doit-elle pas se comporter comme un 6piderme qui recouvre un abcfes ? A notre grande surprise il n*en est absolument rien ; cette femme proteste au d^but parce qu'elle a peur de la piqdre, quand nous Tavons bien rassur^e, quand nous lui avons bien montr^ Timportance de cette recherche pour son traitement, elle laisse appliquer I'aiguille et ne pousse un petit cri qu*au moment oil Tinstrument marque a3 ce qui est tout a fait raisonnable. Vous voyez done que Torgane algique non seulement ne presente aucun trouble objectif mais n'a m^me pas les troubles de sensibility que Ton pouvait pr6voir.

Oil si^ge done cette douleur si grave ? Le sujet nous le dit luim^me : « Ce qui me fait le plus souffrir, c'est ma poitrine, parce que j'y ^touffe, c'est mon coeur parce qu'il palpite, c'est ma tete parce qu'il me semble que je perds la raison. » La vraie douleur n'est done pas dans la face, elle est dans Tensemble du corps qui ^prouve les troubles g^n^raux de la suffocation ; cette pr^tendue douleur de la face est en r6alit^ une angoisse g6n6rale. Cequi le d^montre c'est que la douleur a toujours ete la meme quel que (tki le pr^tendu organe malade ; quand elle disait souffrir de Tut^rus ou du dos le ph6nom^ne essentiel ^tait toujours la m^me angoisse qu'a present quand la douleur siege au visage. Mais que vient faire ici Torgane ? II ajoute simplement une petite nuance a I'angoisse en y mSlantses sensations propres, la douleur que ressent la malade c'est de I'angoisse en pensant au ventre, ou bien c'est de Tangoisse en pensant au dos, ou bien de Tangoisse en pensant a la figure. De meme que le tic est une agitation motrice syst^matisee a laquelle se m^le la representation d'un membre determine et par consequent un mouvement d6ter* mine, de meme les algies pe sont que des angoisses syst^matis^es dans lesquelles a Tangoisse g^nerale se mele la representation d*une partie du corps qui semble etre une partie douloureuse.

Dans Tinterpretation de ces phenom^nes, il y a done deux problames : I** Texplication de I'angoisse generale; q^ la raison de cette systematisation particuliere. Ici nous avons affaire a une arthritique dont les parents ont eu de Tasthme, qui est sujette elle-meme a tons les troubles de circulation, aux congestions locales des arthritiques. Son estomac est fort paresseux et elle n'en tient aucun compte car elle le soumet a un regime d'alimentation exager^e et d*alimentation carn^e qu'il ne pent supporter.

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