‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 38 sur 116 · LES AL6IES DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

LES AL6IES DE L'ESTOMAC

Ily a un an, quelque temps apres un accouchement, elle a commence a avoir au milieu de la nuit des crises singulieres. Ces crises se sont r6p6t^es d'abord irr^guli^rement, elles surviennent maintenant toutes: les nuits. La malade s'endort tranquillement vers dix heures; puis vers une heure du matin, elle se reveille brusquement en poussant de grands cris, elle a la figure pale, les yeux hagards, elle fait des contorsions de tout le corps, mais n*a pas de convulsions v^ritables. Elle r^pete qu'elle souffre horriblement de Testomac, que ce sont des brillures epouvantables et que cette douleur va determiner sa mort prochaine : elle crie, elle pleure, elle demandc Textreme-onction. Cette agitation folle dure une heure ou deux, puis la malade se calme un peu et vers six heures du matin elle se rendort. Comme la comedie se reproduit toutes les nuits depuis six mois, lemari commence justement a s'inqui^ter.

On a examine les s^cr^tions gastriques, on a constats I'hypochlorhydrie typique, Tabsence complete d'HCl libre, une diminution considerable de THCl combing et une hypopepsie a peu pres complete. Ce sont la des troubles qu'on observe d'une mani^re banale chez beaucoup de neurasth^niques: suffisent-ils pour expliquer de semblables crises? On a parl^ d'^pilepsie : ce diagnostic n^est pas pour nous d^plaire, comme nous vous Tavons montr^, nous croyons qu*il y a lieu de rapprocher souvent ces ^tats psychasth^niques et I'^pilepsie, mais ici il n'y a vraiment rien qui rappelle bien exactement Tacces comitial. II serait plus naturel de parler d'hysterie s'il y avait quelquefois de Tinconscience dans la crise, si nous pouvions relever quelques amnesics, quelques stigmates surtout au niveau de la region hypogastrique, mais nous ne trouvons rien de ce genre ici.

Restent les algies psychasth^niques, et nous pensons qu'il s'agit simplement d'une crise d'angoisse determin^e par une algie de ce •genre. La malade est une aboulique et une inquiete, elle a depuis dix ans des preoccupations sur son estomac. Dans la journee, elle domine ses preoccupations et ne se laisse pas aller a Tangoisse, c'est pourquoi le repas de midi n'amfene pas de crises semblables. La nuit, pendant le sommeil, elle pr^sente une resistance moindre; il est probable que la fin de la digestion s'accompagne de fermentations acides determinant des briUlures, ces brCklures confusement senties am^nent des reves qui doivent rouler sur le cancer de Testomac ou sur Tappendicite. Elle reconnait

d'ailleurs en souriant que nous avons devin^ juste , que de tels r^ves mettent en jeu de grandes Amotions et lui causent des an* goisses.

C*est en vain qu'elle a us6 de tous les traitements de restomac, nous croyons qu'ils ne sont pas inutilesetdans des cas semblables nous nous sommes bien trouv^s de traitements bas^s sur des principes diflerents, Tip^ca, Tacide phosphorique au d6but de la digestion, les alcalins a la fin, le carbonate de chaux, Thydrate de magn^sie. Mais icinous sommes d'avis de tout supprimer, d'abord parce qu*elle a us6 de tout cela, ensuite parce que Femploi de medicaments enlretient r^motion hypocondriaque. II vaut mieux, a notre avis, se borner a un regime s^v^re, a quelques pratiques hydroth^rapiques, lui conseiller quelque exercice physique et m6me quelque travail mental ; il faut surtout insister sur Taffirmation s^rieuse qu'elle n'a rien a Testomac et qu*elle doit faire effort pour s'en convaincre. C'est ce que nous pouvons indiquer de plus sage. Comme la malade d6sire etre hypnotis^e et quelle a confiance en ce traitement, nous essayons de modifier ces convictions pendant un l^ger 6tat d'engourdissement que Ton pent provoquer chez elle.

11 est rare de r^ussir aussi bien, cette jeune femme a bien voulu se laisser convaincre par notre autorit^; elle continue a avoir mal a I'estomac, cela est vrai; mais elle n*a plus de crises la nuit, ce qui est toujours un gros progr^s.

Observation Sa. — Algie de restomao.

Deux mots seulementsur cette malade, Coe..., femme de agans, que vous devez simplement rapprocher de lapr^c^dente. II s'agit en effet exactement du meme ph^nom^ne, seulement il se passe dans la journ^e et par consequent il est un peu moins dramatique. Trois heures apr^s le repas « douleur atroce deTestomac, la mort devant les yeux..., on ne souffre pas plus pour mourir, je ne pourrai plus manger, je ne puis d^ja plus boire de vin. On ne me donne pas les soins que Ton doit a une mourante ». Qu'y a-t-il au fond de tout cela ? Du pyrosis, quelques aigreurs tout simplement avec grande reaction angoissante a cause de la faiblesse nerveuse sur laquelle se greffe ce ph6nomene.

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