LES PHOBIES DE L\ DEGLUTITION
cas est sensible a la pression. EnGn, notons une tres grande constipation avec duret^ de la region du caecum. Get ensemble de signes est tres net, il s'agit d'une maladie bien connue que Gubler appelait autrefois la dyspepsie acide, Germain See la dyspepsie hyperchlorhydrique, que Ton appelle encore souvent aujourd*hui le premier degr^ de la maladie de Reichmann. II Skagit de spasmes du pylore, de fermentations acides et peut-6tre d'hyperchlorhydrie. Cette maladie trouble profond^ment la nutrition et pourrait, si elle 6tait grave, expliquer T^tat de decheance de I'organisme. Son explication est loin d^etre bien connue, aussi n'est-il pas sans int^r^t de noter qu'elle s'associe ici avec d'autres troubles nerveux et mentaux.
Ce malade mange tr^s peu et se nourrit tr^s difficilement ; ce n'est pas uniquement a cause des souSrances de Testomac : celles-ci ne surviennent, nous Tavons dit, que deux ou trois heures apr^s le repas et le malade pourrait les affronter, s'il le savait necessaire. La v^rit^, c'est qu'il ne pent pas avaler ; les aliments ne peuvent pas p^n^trer dans Testomac. Sommes-nous done en presence d*un spasme de Toesophage comme nous vous en avons montr6 bien des cas. M. Tuflfier a sond6 le malade avec soin, sans rencontrer nulle part de resistance ; d'ailleurs, le malade sait bien que les aliments ne s'arretent pas en descendant. C'est dans la gorge, dans la bouche, qu'il y a une gene pour avaler : cette g^ne consiste en ce que le malade sent qu'il 6touffe, ou qu'il a peur d'etouffer pendant le passage de I'aliment, il s'arr^te tout court au moment d'avaler, il sent qu'il tomberait sans connaissance, s'il continuait a avaler. La tete lui tourne, il a des saisissements, des tremblements, des terreurs de mourir, et il faut qu'il cesse de manger. Aussi avale-t-il les aliments liquides par toutes petites gorg^es, en respirant bien entre chaque petite cuilleree.
Yous pouvez rapprocher ce cas d'autres semblables : Tannic derniere vous avez vu un pauvre gargon qui portait sans cesse avec lui une petite bouteille d'eau, car il lui fallait humecter sa langue d'une goutle d'eau entre chaque bouchde, entre chaque parole, et m^me, disait-il entre chaque respiration pour ne pas etouffer\ II etait repugnant a voir manger, car il cherchait a
1 Nevroses el idees fixes, II, p. 385.
faire un rot entre chaque petite bouch^e, toujours pour assurer sa respiration.
Vous reraarquerez qu'il y a ici a propos de la deglutition et a propos de Toesophage, trois maladies, ou plutot trois symptomes qui sont tr6s voisins : i^ Les dysesth^sies, doulcurs bizarres ou sensations de boule, de marron, etc. ; 2® les spasnies qui siegent a diverses hauteurs de Toesophage ; 3° les phobies de deglutition dont nous vous citons des exemplcs. Les trois phenomenes amenent le m^me resultat : il ne faut pas les confondre avec les anorexics qui arrivent au mcme resultat par un autre mecanisme. Ces trois phenomenes dependent d*une fixity maladive de I'attention sur les sensations qui proviennent du pharynx ; on pent dire si vous voulez, qu*il y a un trouble dans la circulation ou dans le fonctionnement du centre cortical du pharynx. Ce langage n'ajoute pas grand'chose a nos connaissances precises.
Ce qui est plus interessant, c'est d'abord de remarquer Tassociation de cette phobic avec la maladie de Testomac. II serait tres commode de pouvoir dire que la phobic en resulte : le malade aurait soufTert de Testomuc, ensuite les toxines fabriqu^es dans Testomac auraient influence son cerveau, enfin, il aurait craint de manger. Malheureusement, il est absolument certain que la preoccupation du pharynx, la phobie de deglutition, a pr6ced6 de plus de six mois la maladie d'estomac. C'est la m6me dysesthesie, le mcme spasme qui a peu a peu envahi Testomac et le pylore comme le pharynx. II est interessant de remarquer aussi que cet homme ressemble, par toute sa vie anterieure, a tous nos malades obsed^s, c'est un inquiet, un agite, un scrupuleux. A une 6poque ou il avait beaucoup d'ennuis, une petite g6ne dans la gorge, un grattement qu'il eprouvait, a ete le point de depart de toute cette histoire.
Nous traitons un peu sa maladie d'cslomac par le regime, les alcalins, le carbonate de chaux plutot que le bicarbonate de sonde, pris deux heures aprcs le repas, et nous esp^rons qu'en soulTrant moins de Testomac, il pourra se rassurer et manger avec moins de precaution.
Observation 71. — Phobie de la d6f6cation. Yoici une phobie singuliere sur Inquellc il n'y a pas lieu d*in-
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sister, il vous suffit d*en constater la possibility. Cette femrae de 35 ens, Hil..., a toujours 6t6 une timide, une inquire, une grande aboulique. Elle a eu et elle a encore des tics divers : elle tord son cou a droite et a gauche; cela est, parait-il, n^cessaire pour lui permettre de dig^rer. Elle a eu des phobies d'alimentation, de deglutition, etc. Mais depuis quelque temps la phobic s'est localisde sur un autre point. Elle a eu, il y a sixmois, des coliques et des diarrh^es causees, dit-elle, par une emotion en rencontrant un aliens, c'est possible. Elle a soufiert en allant a la selle, elle s'est impressionn^e a la pensee de perdre ainsi trop vite ses aliments, enfinelle a associeson angoisseavec Facte de la defecation. Vous ne pouvez vous figurer les scenes bizarres que produit une phobic serablable. Elle souifre du besoin d'aller a la selle, elle le dit a tout venant, elle aspire a la d^livrance ; mais des qu*elle se leve pour aller aux cabinets, elle a des terreurs, des angoisses et elle se rasseoit. Toute la famille en pleurs la supplie de vouloir bien aller aux cabinets, le mari Vy porte dans ses bras, il reste aupres d*elle et Ton r6ussit quelquefois a obtenir au milieu des contorsions et des cris de terreur, le resultat souhait6. II sera peut-etre n^cessaire d'isoler cette malade de sa famille, qu'elle a pris Thabitude de tourmenter : une discipline un peu plus serieuse nous parait necessaire.
Observation 72. — Phobie g6nital6. — Incontinence (taurine, masturbation, impuissance, angoisse,
Vous connaissez les algies genito-urinaires qui sont si banales ; il est Evident qu'il suffit d'une legere transformation dans les sentiments ou les idees du malade pour qu*il y ait plutot une phobie de ces fonctions. Rien n*est plus frequent que les phobies g^nitales, elles jouent souvent un grand role pour le plus grand malheur des jeunes manages.
Voici un pauvre homme de 32 ans, Tnd..., qui a envie de se marier, et qui souge avec juste raison qu'il ferait bien de se guerir au prealable d'une singuliere maladie qui ne serait pas Ires agr^able en menage. Sa mfere avait des attaques d'hyst^rie, une de ses soeurs est une obsedee. 11 cut de Tincontinence d'urine nocturne jusqu*a Tage de i4 ans ; il abusa de la masturbation jusqu'a Tage de 25 ans. Remarquez la similitude des antecedents
dans ces phobies avec ceux que nous avons observe dans les algies urinaires, ce sont des troubles du m^me genre chez des malades qui ont toute leur vie une Evolution sp^clale.
Tnd... ressentit bientot une foule de troubles qui augmenterent surtout apr6s son retour du service militaire : a Je ne pouvais pas travailler parce que je ne pouvais pas faire attention, je n'avais plus de m^moirc du tout, je ne pouvais pas me rappeler ce que j*avais fait la veille ; il m*etait impossible, malgr^ mes efforts, de penser a une chose determin^e, ma tete pensait toujours vaguement a une foule de choses etrangeres. » D*apres quelques conseils, il se mit en tete, non sans quelque apparence de raison, que beaucoup de ces troubles 6taient en rapport avec la masturbation, il voulut essayer de se guerir, et il r^solut d'avoir avec les femmes des rapports normaux.
Ce fut une grave resolution a laquelle s^opposait sa timidity naturelle et un sentiment de pudeur tout a fait Strange. Remarquez, en efTet, que nos psychasth^niques, hommes et femmes, pr^sentent souvent une pudeur ^norme : sans doute ce n'est pas un grand mal, quoique, meme pour la vertu, il ne faille pas d'exc^s. Cette pudeur nous parait etre en rapport avec un d^faut d'^nergie, une crainte des relations sociales, une terreur de Tautre sexe, une ^pouvante a la pensee des consequences de Tacte et d'une famille possible. II y a la un signe d'impuissauce morale excessivement interessant. Cette impuissance morale va tres souvent avec rimpuissance physique, c'est ce qui est arrive a ce pauvre gar^on. 11 s'etait resolu a cdtte tentative pour se gu6rir de la masturbation et pour sauvcr sa sante. II n^avait pas Texcitation necessaire, au moment du coi't ; il se sentit gene, honteux, il voulut aller au dela, ses efforts amenerent comme derivation une angoisse qui le (it horriblement souffrir. 11 a recommence plusieurs fois cette tentative malheureuse, toujours avec le m^me r6sultat et avec une angoisse croissantc ; maintenant il lui suffit de penser aux rapports avec une femme pour avoir une crise d'angoisse. Ce qui retonne le plus, dit-il, c*est qu'il se trouvetres normal dans la masturbation et tout a fait froid et impuissant pr6s d'une femme. Voici encore un exemple curieux de cette difference sur laquelle nous insistions tant entre Facte solitaire et Facte social. Que voulez-vous mon gar^on, ce n'est pas absolument la meme chose dans les deux cas que vous comparez, Fun est beaucoup plus simple que Fautre.