LES PHOBIES DES SITUATIONS
tendances automatiques. La fatigue causae par ces abus, et peut- 6tre aussi les reflexions qu'il vient de vous indiquer lui donn^rent de bonne heure, des I'age de i8 ans, de grandes inquietudes sur sa sante : il avait a chaque instant la crainte de mourir. Cettecrainte fr^quente chez les psychastheniques est en rapport avee les sentiments de faiblesse, d'insuflisance, d'incompl^tude qui sont a Dotre avis Tun des phenomenes les plus importants du d^but. C'est une interpretation simple d'un sentiment vrai, celui d^abaissement de la tension nerveuse. L'abaissement du niveau mental supprime deja par lui-meme les fonctions du r^el, et la volonte. Quand cet abaissement est senti par les sujets, ceux-ci osent encore moins agir, car il y a des derivations emotionnelles qui viennent augmenter leur aboulie.
Notre malade devenait done de plus en plus incapable d'agir et surtout d'agir seul : il fallait qu'il fikt constamment dirig^, aide et defendu. Ainsi, il ne pouvait rester seul dans une chambre, il se sentait abandonne et vite il sortait a la recherche d*un defenseur : il a toujours fallu que quelqu'un couchat dans sa chambre. Cette protection perpetuelle, il Texigeait d'une maniere extremement violente, se montrant colore et m^chant si on ne semblait pas s'occuper assez de lui. La pauvre femme qu'il a epous^e et qui depuis trente ans se charge avec devouement de sa direction, nous dit qu'il montre vis-a-vis d'elle une energie etrange pour I'accaparer, pour exiger ses soins continuels. a C'est d'autant plus etrange, ajoute-t-elle, que c'est en realite un homme qui manque totalement d'energie. » Sa remarque'nous interesse, elle souleve le probleme des autoritaires. Quand ceux-ci se montrent ainsi violents et energiques, c'est qu'ils ont I'energie du noy^ qui se raccroche a une branche ; plus ces malades se sentent impuissants a vivre, plus ils depensent leurs derni^res forces pour exiger la protection sans laquelle ils ne subsisteraient pas; c'est au fond une derni^re manifestation de I'instinct vital.
Vers Tage de 25 ans commen^a ce qu'il appelle lui-m^me « I'affaire des espaces ». II traversait seul, notez-le bien, la place de la Concorde, quand il 6prouva un sentiment bizarre qui ressemblait a une crainte ; il avait une respiration rapide et se sentait comme suffoque, son coeur battait violemment et ses jambes etaient molles comme a demi paralys^es ; il ne pouvait plus avancer ni reculer, il lui fallut un grand efiort pour parvenir tout en sueur a Tautre bout de la place. Des ce premier incident, il prit
en grippe la place de la Concorde et d^cida qu'il ne s'y risquerait plus tout seul. Mais quelque temps apres, la m^me sensation d'angoisse se reproduisit sur le pont des Invalides, puis dans une rue qui etait cependant 6troite, mais qui semblait longue et qui descendait un peu fortement.
C'est a ce moment qu'il alia consulter Legrand du Saulle: celui-ci le pr^senta comme un type d'agoraphobie et le traita par les douches et le bromure a la dose de 4 et 5 grammes par jour. II parait que Legrand du Saulle avait pris une grande influence sur lui, qu*il le malmenait et le secouait fortement. Le malade ^tait toujours beaucoup mieux pendant une dizaine de jours apres sa visite a Thopital.
Cependant la maladie ne s'est pas guerie, elle a continue a se d^velopper lentement. L'angoisse qu'il eprouve, quand il lui Taut s'aventurer seul sur une place un peu ^tendue, est telle qu'il est devenu incapable de la surmonter et qu'il ne parvient plus a traverser la place. II y a une dizaine d'ann^es on I'avait charge de reconduire chez elle une jeune fille. Tant qu'il Tut avec elle, tout alia bien; mais quand elle I'eut quitt^, il ne sut plus comment rentrer. Au bout de cinq heures^voyant que lanuit.s'avangait, que la pluie torabait et qu'il ne rentrait pas, sa ferame inqui^te partit a sa recherche; elle le trouva tout bleme et grelottant au bord de la place des Invalides qu'il avait ^t^ incapable de franchir.
Depuis cette experience facheuse on nelelaisse plus sortir seul : c'est d'ailleurs tout ce qu'il d^sirait, aussi ses crises restent-elles avort^es. Quand il approche d'une place, il se secoue, il respire p^niblement, il a des tics et il r6pete cette phrase absurde : K Maman, ratan, bibi, bitaquo, je vais mourir. » II Taut que sa femme le tienne fortement par le bras, il se calme alors et traverse la place sans trop d'incidents. II faut maintenant qu*elle I'accompagne partout, meme quand il va aux cabinets. Quand elle parvient a I'encourager et surtout a le faire travailler un peu, il est beaucoup mieux; la pauvre femme a trouv6 elle-m^me le meilleur traitement.
Observation 86. — Agoraphobie. — Retraiie complete, angoisse morale, chute du niveau mental, sentiments d'etrangete, d'aulomatisme, emotions et aboulie.
Voici un cas tr^s remarquable d^agoraphobie sous une forme
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un peu speciale; nous ravotis longuement etudie et nous desirous y insister devant vous, pour vou3 montrer un aspect particulier de I'angoisse extremement instructif.
Cette jeune femme de 33 ans, Dob..., fille d'une mere qui avait d^ja Tobsession de la jalousie, est malade depuis son enfance et toujours de la meme maniere. Ce qu'elle a toujours cu, si on considere les choses superficiellement, c'est une terreur de la rue. Ce ne sontpas pr^cisement les grandes places qui Teffrayent le plus, ce sont les rues frequent^es oil il passe beaucoup de monde et qui sont loin d'une maison araie ou elle puisse se refugier, mais le resultat est cependant le meme. Peu a peu elle en est venue a ne plus oser sortir, elle a di^ renoncer a une carriereoii elle reussissait, elle a dii s'isoler peu a peu de toutes ses relations. Meme pendant les vacances a la campagne, quand sa famille sort pour se promener, elle n'ose pas Taccompagner et reste tristement a la maison. Elle en arrive a un morne d^sespoir : <x Oui je suis lasse de lutter, et contre quoi, contre un je ne sais quoi, contre un reve, contre quelque chose qui est plus terrible que la plus terrible des realites... decidement je n'ai plus une parcelle de volonte ; ainsiqu'une^pave battue par les dots ma miserable tete est ballottee par les idees morbides qu'elle enfante elle-meme et qui TafFolent litteralement. »
Cherchons done a comprendre ce qui se passe quand elle est ainsi dans la rue, ce qui depuis vingt ans a completement perdu Texistence d'une personne d'ailleurs intelligentc et bien dou^e. Quand elle est sortie, qu'elle se sent dans la rue, seule, exposee aux regards, il se passe quelque chose dans sa tete : « Un mal tout special, qui me dess^che le cerveau,comme si le vide s'y faisait, le mal est surtout en arri^re. » Elle designe le point Lambda, a la reunion de Toccipital et des parietaux. Cette douleur ne serait rien si elle ne s'accompagnait d'autres phenomenes physiologiques et psychologiques. Les premiers nous sont bien connus et ils sont d'ailleurs peu importants, c'est r^touffement, le gonflement de I'estomac, la sensation de coliques abdominales.
Cesfaitsn'occupcnt pas ici la place qu'ilsontchez d'autres agoraphobes iTangoisse est icitres peu physique, elle est surtout morale. II y a d'abord une modification de la perception. « Je pergois tout d'un coup les choses a travers un voile qui les change completement; les choses me paraissent extraordinaires, ^tranges. » Ce sentiment d'etranget6 s'applique aussi a elle-meme, le son de sa
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propre voix luidonne une sensation Strange. « Ma voix prend tout a coup une sonorlte etrange qui me fait mal. » Quand elle se regarde elle-meme, ses mouvements lul paraissent extraordinaires ; sa figure, vue a travers une glace, lui parait Strange. Enfin ses pensees, elles aussi, deviennent tout a fait extraordinaires : la malade sent comme si elle ^tait dedoubl^e, comme si ses pens^es se repetaient deux ou plusieurs fois dans la tete, elle a le sentiment de ne plus comprendre a la fa^on ordinaire. C'esten vain qu*elle se rep^e mot a mot les raisonnements logiques qui la rassuraient tout a rheure, ils ont perdu leur sens, elle ne les comprend plus. Le souvenir des choses pass^es est tres diminue, tout ce qu'elle avait r^solu est ^vanoui de sa pensee et ce qui est plus important, elle n'arrive pas a fixer de nouveaux souvenirs. « J^ai essays, comme vous me Taviez demands, de faire bien attention a cequi se passait pendant cette crise pour vous led^crire, je ne puis pas : les impressions s'efi'acent a mesure et quand c^est fini, je n'ai qu*un souvenir tres vague d*une chose tres p^nible. » Un sentiment dominant est celui de Tautomatisme : « II me semble qu'une force irresistible me pousse, agit a ma place; j'assiste a ce qu'elle fait en me demandant quelle betise elle va faire, il me semble qu*elle va faire des choses horribles et que je n'y pourrai rien. »
Ces divers sentiments d*^tranget^ ext^rieure et int^rleure, de dedoublement, de perte du moi, d'automatisme, se reunissent, se concr^tent dans une idee generale, qui en est en somme la synthase assez grossi^rement form^e. Cette id6e, c'est qu'elle est un etre drole, a part des autres, que personne n'est comme cela, qu^elle va faire des choses etranges, dangereuses pour elle-meme ou pour les autres, qu'elle va se jeter de Tescalier ou embrasserles messieurs qu'elle rencontre, causerduscandale,desattroupements, qu'elle va en un mot se conduire comme une foUe. « J'en arrive et c'est bien naturel a I'idee de la folie ; perdre la tete est toujours pour moi dans ces moments une epee de Damocles. » II en resulte qu'elle emploie le peu de forces qui lui restea se preserver de ces folies possibles ; elle court pr^cipitamment jusque chez elle, ou bien elle se refugie dans la premiere boutique venue en disant qu'elle est malade.
Sans cesse meme quand elle n'a pas I'acc^s , elle prend des precautions contre ses excentricites possibles. Yoici a ce propos un recit curieux : « II y a quelques ann^es^ raconte-l-
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elle, j*ai dd assister au mariage cl'une de mes soeurs, j*^tais en proie a une crainte atroce, qu'il ne se prodaisit uq acces durant le trajet de la maison a la mairie et a Teglise. J'etendis un moachoir sur ma joue, me plalgnant sans cesse a mon compagnon de fulgurants maux de dents que je n'6prouvais pas ; je me deGais de mol, et pr^voyais le cas oil, n'y tenant plus, je quitterais precipilamment le cortege. » Ce qui domlne en somme dans cette crise d'agoraphobie, c^est done beaucoup moins Tangoisse physique qu'une angoisse morale consistant moins dans Tidee que dans un sentiment de folie.
II s*agit done, direz-vous, d'une obsession de folie? Oui, si vous voulez, mais a la condition que vous ne consid^riez pas Tidee de folie comme Tid^e primitive et essentielle. II ne s'agit pas la d'une malade qui, ayant vu un fou, serait obs^d6e par cette image comme pourrait faire une hyst^rique. L'id^e n'est ici qu*une interpretation secondaire, c*est une fagon pour la malade de r^sumer ce qu*elle eprouve et si Tidee de folie est obsedante, c'est parce que les troubles sont permanents. Ces troubles eux-memes sont avant tout certains sentiments d^^tranget^, de depersonnalisation, d^automatisme que nous connaissons tres bien pour les avoir vus longuement prolonges chez d'autres malades. lis 6taient, disionsnous, des sentiments d*incompletude accompagnant la chute du niveau mental, Tabaissement de la tension nerveuse et psychologique.
Ce qu'ily a ici de particulier, c'est que ces sentiments surviennent par acc^s courts, dans des circonstances determin^es. Voyez comment la malade raconte ses tout premiers acces. cc Vers Tage de 8 ou lO ans, on m*envoie faire une commission dans un magasin tout proche, je comptais n'y trouver que la marchande. En entrant j'y vois deux personnes causant ensemble. Subitement, brusquement, sans que rien fit pressentir la chose, je sens ma tMe qui se trouble, comme par une sorte de vertige ; je sens que tout devient drole, il me semble que je vais crier malgre moi, me jeter sur ces personnes, que je suis comme dans un reve. Cela dure quelques secondes, puis cela s'est dissipe : voila le vrai debut. » Ce n^est que plus tard que vont vcnir les obsessions de folie qui ne sont ^videmment chez elle que des interpretations. En entendant le r^cit de cette premiere crise, la description de cette chute rapide de la tension nerveuse, ne durant que quelques secondes Yous n'avez pu vous emp6cher de penser a T^pilepsie qui pre-
sente, nous vous Tavons monlre, des ph^nomenes cxactementsemblables ; vous voyez comnie le rapprochement que nous avons signale continue a Hre juste. 11 est vrai que phis tard, quand la crise se prolonge, la comparaison n'cst plus aussi nette. Evi. dcmment la psychasthenie n'est pas la meme maladle que Pepilepsie, mais elle est certainement quelque chose d'assez voisin, au moins dans certains details de son mecanisme psychologique.
Le probleme int^ressant consiste a comprendre exactement ce qui determine cette crise. II y a deux mecanismes qui nous paraissent s'entremeler ici. D'abord le mecanisme de la derivation visc^rale, dont nous avons souvent parle dans Tangoisse vulgaire, physiologique. I/acte de sortir dans la rue est pour cette jeune fille un acte difficile: elle n'arrive pas a le realiser, il y a alors le ph^nomene de la derivation qui se fait sur le coeur, sur la poitrine, sur rintestin. Mais, il y a en outre un phenomfene moral tout special qui ne nous parait pas identique au premier : c'est un trouble psychologique. I/^motion produit, comme nous Tavons vu souvent, la d^sagregation mentale de Thysterique, elle amene ici un abaissement considerable et brusque de la force cerebrale. C'est parce qu'il y a cet abaissement que Taboulie est augment^e, que Tacte ne pent pas ^tre execute et qu'il y a des derivations.
Quant a Temotion elle-m^me, elle est produite par ce fait que cette jeune fille a toujours et^ une aboulique et une timide, inquiete de tout, se figurant toujours qu'elle s'est mal expliqu^e, ayant d^s Tenfance une grande peine a faire une action des que quelqu'un la regardait. Peu a peu son attention s*est dirigee vers ces ph^nomenes de timidity, elle a rendu de plus en plus diRicile les actions a faire en public; il en est result^ qu'en presence d'une pareille action Dob... eprouve un choc, qu'elle se trouve en presence d'un probleme ^norme pour elle et I'^motion qui se produit alors augmente encore Tepuisement ordinaire.
En un mot voici comment nous sommes disposes a comprendre ces crises tres mysterieuses ; il s'agit d'unc personne qui a, d'une maniere permanente, une certaine aboulie et un certain abaissement du niveau mental. L'emotion, et surtout une certaine emotion, augmente momentanement, d'une maniere enorme, ces deux phenomenes et lui font <^prouver a un tres haut degr^ le sentiment de cet abaissement. De la resultent des idees de folie qui sont tout a fait secondaircs.
L'etat physiologique sur lequelsegreffcntde pareils troubles est
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toujours le meme, nous notons I'atonie de Testomac et de Tintestin, la fatigue g^n^rale, etc. Nous n'lDsistons que sur un detail : Tanalyse de ses urines a ^tc faite deux fois par la m6thode de M. Joulie, voici les r6sultats obtenus :
3' ARALTSB caiFFRB NOUiAL
ioa6
Density k 16^ ioa8,5
AciditeloUleen SO*H. . . . 0.455
Acide phosphorique en P0"\. a,i34 Rapport k Texcedent de density
de Tacidite 1,59
De I'acide phosphorique. ... 7,48
11 en r^sulte que ses urines pr^sentent une oligurie tres prononcee avec grand exces de densite, une hypoacidity tres accentu^e avec hypophosphatie notable. Yous savez quelles difficult^s on rencontre dans Temploi de ces mt^thodes et dans Tinterpretation de ces r^sultats consideres aujourd^hui comme discutables : aussi Dous notons simplement ces chifTres comme documents sans insister. Pour appliquer la m^thode de M. Joulie, il serait bon d'employer ici Pacide phosphorique. Malheureusement Testomac de cette malade ne peut le supporter, ce medicament amene de tels troubles digestifs que nous avons 616 obliges d'y renoncer. II en est de meme pour le bromure qui est tres mal supporteetne produit pas de r^sultat notable. Le seul traitement qui ait jusqu'ici donne de bons r^sultats, c^est le traitement moral. Cette malade presente des oscillations de son niveau mental sous de tr^s l^geres influences; il sufHt d'un rien pour Tabaisser, mais un encouragement, une emotion heureuse le remontent egalement. L*hypnotisme et la suggestion incomplete, comme ils sont toujours chez les psychasth6niques, lui ont donn6 plusieurs journ6es de liberte, lui ont permis de faire seule d'assez longues promenades. II serait tres ridicule, pouvons-nous lui dire, de se laisser aller au desespoir : la suggestion, T^ducation de la volonte pourrontdiminuer d'une fa^on considerable cette faiblesse qui a bouleverse Texistence de cette pauvre jeune fille.
Observation 87. — Agoraphobie. — Sentiments dUncompletude, ahoalie, timidite, peur da mariage.
Nous venous de voir un cas ou Fagoraphobie se rattache a
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l*aboulie et a la timidite, aussi pourrons-Dous signaler rapidement un cas qui nous semble tres semblable. Cette femme de 4i ans, Hnu..., est agoraphobe depuis Tagede 23ans. Elle a, depuis cette epoque, une faiblesse en traversant les places : son estomac lui fait mal, elle ^touRe. Maisce qui TaSecte surtout, c'est qu^elle n^est plus maitresse d'elle-meme : il lui semble qu*elle va faire une foule de betises, car elle ne peut plus s*arreter, a elle pourrait bien se conduire com me une folle qui va se jeter a la Seine ou qui y jette quelqu*un ». Comme la malade pr^cedente elle a moins peur dans les rues ^cart^es ou il passe peu de monde, elle pourrait traverser les places la nuit sans didicult^.
C'est que ce qu'elle a craint toute sa vie c*est de faire des sottises devant des temoins. Elle 6tait extremement timide et cherchait toujours a se cacher. Le d6but veritable de sa maladie,a 23 ans, se rattache a ce sentiment. On a voulu la marier enesp^rant que le mariage la rendrait plus ^nergique et plus bardie. Au contraire, elle a ^t^ epouvantee de cette pens^e, a je me sentais plus honteuse que jamais a la pens^e que Ton avait songd a me marier ». Rile fut si troublee que Ton dut renoncer au mariage: d'ordinaire les malades de ce genre se r^tablissent quand on sfipprime Facte difficile quails sont incapables d'accomplir et nous avons deja vu plusieurs psychastheniques, affblees par les fian- ^ailles et gu6ries quand on se dccidait a les rompre. Ici, malheureusement, il n'en fut pas ainsi, elle resta encore plus honteuse du mariage manqu^ que des fiauQailles et pendant quelque temps ne voulut plus se montrer a personne. Peu a peu elle devint moins effray^e avec quelques intimes, mais la g^ne continua et augmenta devant les strangers. Aujourd'hui elle ne pense plus aux fiancailles qui la rendaient si genee ; mais la peur reste stereotypic et Tempeche de s'aventurer en public, ce qui lui donne cet aspect d'agoraphobc.
Observation 88. — Agoraphobie. — Angoisscs dans la rue, besoin d'un soulien, antecedents, depart de ses enfants, isolementy crainte de la solitude.
Vous avez Thabitude d'etudier des maladies en rapport avec certaines professions, la paralysie des peintrcs par excmple. II en est a peu pres de m^me au point de vue moral et il existe des
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maladies toujours les memes en rapport avec certaines situations sociales. En voici un exemple caract^ristique.
Cette dame, Lep..., ag6e de 49 ans, se plaint au premier abord de troubles de la marche, elle marche mal, en hesitant, elle a peur de tomber ; elle insiste surtout sur le besoin qu*elle a d'avoir les yeux ouverts, de regarder ses pieds pendant qu'elle marche. Ces details pourraient nous engager dans une voie inexacte. Elle ajoute qu'elle marche mieux dans les petites rues que dans les grandes, qu*elle est obligee de suivre les murailles, enGn, detail typique, qu'elle a besoin d'etre accompagn^e et que la simple presence d'un enfant aupres d'elle suSit pour rendre a sa marche toute son assurance. Maintenant, nous comprenons mieux le syndrome : c'est une agoraphobic, une de ces peurs angoissantes qui surviennent automatiquement, qui troublent la marche et d*autres fonctions.
Nous avons d^ja vu souvent des agoraphobes, c'est Tetiologie de celle-ci qui nous parait presenter quelque int^ret. Ordinairement il s*agit d'une peur causee par un evenement terrifiant ou bien du souvenir d'un vertige cons6cutif a une maladie grave*; notre dernier cas de cette maladie 6talt de ce genre. Ici nous ne trouvons rien de semblable. II s'agit d'une personne qui a toujours i5t6 nerveuse et impressionnable. Fille d'un pere normal, mais d*une mere tres nevropathe, r^glee a 12 ans, elle eut une jeunesse a peu pres normale. Elle s'est mariee et a eu 6 enfants. Elle fut surtout nerveuse pendant les dernleres grossesses eta leur suite; des ennuis vagues, une tristesse et des craintes chimeriques a propos des enfants, une faiblcsse considerable de volonte, en un mot toutes sortes de troubles psychastheniques pr^parerent les desordres mentaux.
II y a un an : elle perdlt son marl etelle resta seule avec un dernier fils ; les autres etant deja places loin d'elle. Enfin, il y a six mois, elle maria ce fils qu^elle aimait particuli^rement. Apr^s le mariage de cet enfant elle resta completement seule et se mit a ^prouver des sentiments bizarres.
Elle d^teste sa belle-fille, Ta en horreur et constate qu'elle a pris un caractere insupportable. Elle n*est bien nulle part et voudrait sans cesse changer d'appartcment. Elle etouRe, elle a des debuts dc crises de nerfs ; lantot elle meurt de faim, tantot