I. ySvroses el idees fires, II, p
SCO LES PIIOIHES
elle ne peut rien manger. Son ventre est gonfl^ et sa gorge est serree : tout cet etat ^motifque nous ne connaissons que trop se d^veloppe peu a peu. Le desespoir d'etre seule, le reve d'avoir quelqu'un pres de soi ne fi^t-ce qu'un petit chien, la pensee perp^tuelle que des actes deviennent faciles avec quelqu'un prfes de soi, et impossibles lorsqu'on est seule sp<^cialiserent progressivement cette angoisse dilTusc et voici notre agoraphobie qui se constitue.
Remarqueronsnous que cette dame est a I'^poque de la menopause ? Cela est juste, mais ce n'est pasTessentiel. La maladie est surtout un resultat de Tisolement chez une psychasthenique et Tagoraphobie est une expression du besoin de direction. La situation morale et sociale de cette personne ont joue le plus grand nMe et, si nous Tosions, nous appellerions sa maladie la maladie des veuves et des belles-meres.
Observation 89. — Agoraphobie. — Boulimie, besoin de direction,
Vous venez de voir un cas d'agoraphobie qui n'est qu'une forme de la maladie de Tisolement, en voici un autre du meme genre qu'il suffit de rapprocher du precedent. Cette jeune femme de 22 ans, Lkb..., a toujours ete une peureuse qui s'^motionnait de tout, elle a eu souvent des petits evanouissements a propos de legcres emotions, mais elle etait cependant assez raisonnable tant qu*elle habitait avec ses parents. Kile vient de se marier il y a un an et elle a quitt^ le pays de sa famille pour venir habiter a Paris avec son mari. Elle trouvc, a tort ou a raison, que son mari est sombre, qu'il ne lui parle pas assez, qu'il ne s'occupe pas assez d'elle, « il vaudrait mieux, dit-elle ingenument, qu'il se fasse craindre un peu plus, je me porterais moins mal ». On ne peut pas mieux dire.
Aussi a Paris elle s^est sentie isolec sans direction, tandis qu^elle avait rhabitude d'etre constamment dirigee par ses parents. Ce qui est rurieux, c'est la forme qu'a pris ce besoin de direction et ce sentiment d'isolement. Dans sa maison, elle ne craint rien et rcste tres calme ; mais, en dehors, une fois sortie, elle se sent perdue. Le sentiment d'isolement ne se manifeste forlement que dans la rue et il estd'autant plus fort que la place est plus grande. Un grand emplacement lui donne Timage en quelquc sorte materielle de
L'AGOR.VPHOBIE 201
Tisolement : les psychastheniques aiment beaucoup les symboles, quelques-uns d'entre eux ont une veritable manie de tout symbolyser et beaucoup de leurs obsessions ne sont que des symboles. Dans ce cas, comme dans le pr^c^dent, Tagoraphobie se developpe a la manicre d^une manie du symbole et le fond de la maladie est une souRVance causee par le manque de direction.
II est probable que cette maladie developp^e de cette maniere pourra se guerir facilement. Que le mari essaie de diriger un pen plus Tesprit de sa femme, de se faire craindre un peu comme elle le desire, qu'il lui donrie Timpression que, meme quand elle est seule, elle est sous la direction morale de quelqu'un, que ses actions, ses marches dans la rue sont r^glees d*avauce par quelqu*un et il est probable que ces angoisses dans la rue disparaitront.
Nous vous signalons chez la meme malade un autre trouble curieux, c'est la boulimie. Elle pretend avoir continuellement une faim devorante et elle absorbe de gros morceaux de pain a chaque moment « pour se donner du courage ». II nous semble que cette sensation de faim est en rapport 6troit avec le sentiment de la faiblesse, avec le sentiment d'incompletude. Quand la malade est bien calme chez elle, qu^on la laisse r^ver sans lui demander aucun effort, elle oublie cet app^tit singulier et ne reclame rien en dehors des repas. Mais, nous avons verifie le fait pendant son sejour a Thopital, il sufTit de la lirer de son calme, de lui demander un travail, un effort el surtout un effort pour sortir : la malade pretend tout de suite qu*elle meurt de faim, qu'elle va se trouver mal si elle ne mange pas un gros morceau de pain. La boulimie est ici une expression singuliere de Taboulie et surtout du sentiment de faiblesse, d^insudisance qui Taccompagnc.
Observations 90, gi, ga. — Agoraphobies k la suite d'accidents.
Nous venons de voir deux formes assez diff^rentes d'agoraphobles. Dans la premiere, Telat de depres^on angoissante est en rapport avec la timidite et ce que les malades redoutent c'est le monde de la rue. Dans la seeonde, le m6me phenomene est en rapport avec le besoin de direction et ce qui est redoute c'est risolement de la rue. II nous semble qu^il existe une troisi^mc forme de la m^me affection : Tagoraphobie resulte d'un accident
qui est arrive dans la rue et ce que les malades craignent ce sont les dangers de la rue.
Get homme de 34 ans, Gaq..., est cocher de son metier et il en r^sulte que son agoraphobie n^est pas banale : tant qu'il est sur son siege, il est parfaitement rassur^ et conduit sa voiture partout oil on le desire ; mais des qu'il devient simple pieton, il perd cette belle assurance et il ne marche qu^en longeant les murs et en tremblant. Pour rien au monde il ne consentirait a quitter Fabri tutelaire du trottoir et h traverser la chauss^e. Des qu'il essaie d'approcher du bord du trottoir il titube, il est haletant et convert de sueur, et il se hate de reculer contre le mur. C'est done Tagoraphobie typique avec angoisse viscerale.
Voici comment elle s'est developp6e : le pere, grand alcoolique, est mort de delirium a Villejuif. Notre malade a toujours ^te aboulique, scrupuleux et impressionnable, il etait facilement inquiet, ne pouvait fixer son attention sur le present, mais revait toujours a ce qui pourrait arriver dans un avenir lointain. II se laissait facilement aller a boire, ce qui n^est pas rare chez nos abouliques, car cela leur procure une excitation passagere. Pentetre apr^s avoir bu un peu trop, il eut dans la rue, vers Tage de 28 ans, un petit ^tourdissement : il sentit ses jambes flageolantes se d^rober sous lui et il se laissa tomber assis par terre. Get accident rimpressionna, et il se mit a surveiller ses jambes, et a ne plus avoir confiance en elles, surtout dans les passages difficiles sur la chauss^e, ou Ton risque d'etre ecrase : son metier de cocher ne lui inspirait aucune confiance en ses confreres. Gependant il n'y avait pas encore d'angoisse proprement dite, d'agoraphobie, c'etait seulement une marche devenue attentive au lieu d'etre automatique.
Quelques mois apres, il lui arriva une triste avenlure : il ^tait fianc^nvec une jeune fille qu'il aimait beaucoup etcelle-ci mourut huit jours avant lemariage. Ge second chocdetermina la maladie; vous rcmarquez qu'il a fallu deux emotions successives pour amener Tobscssion, c'est la un fait tres frequent et il semble que dans des cas de ce genre les deux Amotions n'ont pas le meme role*. La seconde emotion, dans ce cas celle de la mort de la fiancee, semble avoir realist Tabaissement mental qui permettait la formation des angoisses. La premiere emotion, celle de la