‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 56 sur 116 · CHAPITRE VI LES TICS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LES TICS

Nous vous avons deja bien souvent parle des tics, mais c'est une question interessante et dont beaucoup d*auteursse pr^occupent aujourd'hui. D'aillcurs notre etude g^n^rale sur les psychasth^niques nous conduit a ajouter tjuelques reflexions nouvelles aux Etudes que nous vous avons d^ja presentees sur les tics. Nous regrettons surtout d'avoir dans nos Etudes pr^cedentes un peu trop isol6 le groupe des tiqueurs. En dehors des tics nettement hysteriques qui ont des caracteres bien propres et qui rentrent dans la vaste classe des accidents hysteriques, les autres tics que Ton ne pouvait pas rattacher a Thysterie formaient un groupe assez vague commun6ment appele maladie des tics, ce qui n'etait pas compromettant. Nous avions deja remarque qu'ils meritaient le nom de tics psychasth^niques ; nous voudrions insister davantage sur cette question de classification g^n^rale et vous montrer que les tics ne constituent en r^alit^ qu'une forme particuli^re, une phase si vous pref^rez, de cette grande maladie mentale, de cette psycho-n^vrose qui contientles angoisses, les phobies, les manies mentales, les obsessions.

C'est surtout a ce point de vue que nous nous placerons dan's ces quelques etudes sur des tiqueurs.

Observation 98. — Tics. — Manies mentales, phobieSy hMdiU.

Ce jeune gar^on de treizeans, Myl...,a des tics, cela est facile a voir; toutes les troisou quatre minutes il secoue fortement sa tete de haut en bas tres vite cinq ou six fois, comme s'il voulait dire « oui » trfes vite.

De temps en temps, il remplace ce mouvement par un autre : il

soul eve ies 6paules, rentre le cou et frotte sa nuque contre le col de sa chemise. Ces petits mouvements sont a peu pres perp^tuels pendant lajournee; ils cessent completement pendant le sommeil, ils cessent aussi quand le malade est tr^s distrait, surtout quand il dtne, ce qui Tint^resse le plus. Ces mouvements sont syst^matiques, ils constituent un actequi asa signiBcation, ce qui, suivant la tres juste remarque de M. Brissaud, distingue Ies tics des spasmes. Ce gar^on est le premier a nous dire la signification de ces petits mouvements. 11 ayait autrefois tr^s souvent mal a la tete, a il y avait comme un grelot dans ma t6te... », comme ce sentiment le g^nait, il secouait sa tete, (c pour voir, dit-il, si elle avait mal, si elle ^tait toujours bien a sa place ». Quant au mouvement de rotation du cou, il avait simplement pour raison « le besoin de voir si mon col de chemise megenait ».

Les muscles qui ex^cutent ces mouvements ne sont aucunement anesthesias ; ni ie mouvement iui-m^me, ni m6me I'id^e qui le determine ne sont inconscients : le malade sent tres bien qu'il avait au debut une envie tres nette de savoir si sa tete etait encore malade et le besoin de le verifier en la secouant. line s'agitdonc pas d'hysterie, nous sommes en presence du tic vulgaire, du trouble que Ton range d^ordinaire dans la maladie des tics.

Est-il juste de faire de ces tics un sympt6me isole ? Ceia nous semble difficile car le malade pr^sente en meme temps bien d*autres troubles. II a la manie de faire des prieres interminables et le soir on ne pent pas arriver a le faire coucher, car il reste ind6finiment a genoux : c*est qu'il veut sans cesse recommencer sa pri^re a cause d'un sentiment penible qui le tourmente, celui de ne pas Tavoir achevee, de ne pas Tavoir faite complete, ni parfaite. II a aussi la manie de rep^ter la plupart de ses actes trois fois : ainsi il embrasse sa m^re trois fois, il dit « bonjour » trois fois, il se releve et se rasseoit trois fois, avant de rester sur sa chaise. II a la manie de faire des petits signes de croix, en mangeant, en lisant, en ecrivant, etc. Toutes ces manies qui sont bien connues sont la manie de la repetition, la manie du nombre, la manie de la conjuration, la manie du presage dont nous etudierons plus tard, sur des cas tres nets, la pathogenic et le developpement. Remarquez seulement que ces manies sont au supreme degre le signe caracteristique de Tetat mental du scrupuleux, du psychasthenique obsede.

Est-il vraisemblable qu*il y ait chez ce gargon simple juxtapo-

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