‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 61 sur 116 · LES TICS DES PIEDS S · texte numérisé non relu

LES TICS DES PIEDS S

depuis plusieurs anodes, car Taffection a d6but^ Insidieusement, il y a sept ans, et s'est beaucoup aggrav^e depuis quatre ans. La malade, qui se d^sesp^re, a pris la resolution de suivre les conseils d'un chirurgien et de se faire couper les doigts du pied gauche. EUe esp^re pouvoir marcher beaucoup mieux apres cette mutilation, et c'est en quelque sorte par acquit de conscience qu'elle vient nous demander notre avis avant de se faire op^rer.

Au premier abord, cette attitude permanente, que nous observons pendant que la malade est debout, le pied pos6 a terre, 6veille rid^e d^une contracture, d*autant mieux que nous rencontrons une vive resistance quand nous essayons de ramener les doigts k la position normale. 11 est vrai que ce serait une contracture bien bizarre, analogue a certaines contractures syst^matiques, que Ton observe chez les hyst^riques et qui peuvent conserver ind6finiment des attitudes singulieres.

Mais, il est inutile d'insister sur ce point car on remarque tr^9 vite qu^il ne s'agit pas d'une contracture. Quand la malade est couchee bien tranquille^ qu'elle ne songe plus a marcher, tout disparalt, le pied redevient souple. M^me quand la malade est debout et quand le pied porte a terre, on le sent revenir a Tattitude normale, si la malade n'essaie plus de marcher et si elle est fortement distraite par des interrogations sur un autre sujet. II est vrai que cette position normale ne dure ainsi que peu de temps: Db... ne tarde pas a se pr^occuper de nouveau de son pied, le regarde, et imm^diatement, le pied d^vie en dedans, le pouce se releve et les doigts s'^cartent. En un mot, il s'agit d^une attitude qui n'est aucunement permanente, mais qui se reproduit par un mouvement complexe et brusque des que la malade essaie de marcher ou mieux des qu*elle pense a son pied. Db... remarque elle-meme que la nuit tout va mieux; pendant une petite maladie, elle est rest^e couchee sans pouvoir se lever et ce jour-la son pied etait gu^ri. Au contraire, Thumidite, le vent, qui la pr^occupent pour son pied, augmentent le spasme et les souffrances. Ajoutons que Ton ne constate, ni au pied, ni sur la jambe, aucun trouble de la sensibility tactile ou de la sensibility musculaire. Le diagnostic de contracture hyst^rique doit done etre ^cart^; c'est bien plut6t ce qu'on appelle un tic, analogue, dans ses caract^res, au torticolis spasmodique.

Dans quelles conditions ce tic bizarre s'est-il d^velopp^ ? L*origine en est amusante et confirme notre diagnostic. Cette brave

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dame, d'une famille assez normale, ^tait assez bien portante, quoique nerveuse et colere. Elle eut, des le d^but de son manage, des accidents syphilitiques, il y a 17 ans. Une dizaine d'ann^es plus tard, c*est-a-dire il y a sept ans, elle pr^senta des troubles oculaires que le m^decin, probablement avec raison, rattacha a la syphilis ant^rieure. II lui prescrivit des frictions mercurielles qu'elle devait faire suivant la methode dite d'Aix-la-Chapelle, d'abord sur les jambes, puis sur les cuisses, puis sur le ventre, etc. A ce moment, la pauvre dame soufirait egalement d'un cor au petit doigt du pied gauche ; elle se dit, avec une logique que nous ne pouvons pas blamer, que la pommade m 3rcurielle ^tant bonne pour son mollet devait etre Egalement bonne pour son cor au pied et elle appliqua ladite pommade sur le petit doigt. Le malheur voulut qu'en coupant ce cor douloureux, elle le (it saigner un pen. Elle fut aussitot saisie d*une grande frayeur. Ne lui avait-on pas dit que cette pommade ^tait dangereuse? qu^arriverait-il si, par hasard, un petit globule de mercure avaitp6n6tr^ dans le petit doigt? Elle senlait deja les contorsions d^terminees par cet aspect mysterieux. Des le lendemain, elle avait des crampes dans le pied ; a force de s'observer, de s'interroger sur r^tat du pied malade, elle Ta vu pen a pen se deformer jusqu*a rendre la marche impossible.

Pen intelligente, elle a ^te ^motionn^e par cette histoire de Tonguent mercurlel eta conserve, sans r^agir, cette preoccupation et cette crainte. 11 semble bien vraisemblable de rattacher, a cette pr<§occupation, les spasmes et les attitudes du pied qui, pen a peu, ont donne naissance a une habitude pathologique. D*ailleurs, le succes facile du traitement va confirmer cette interpretation.

Observation io3. — Tic du pied. — Tics anUrieurs, risultat du

traitement.

Rapprochons de cette premiere malade un jeune homme de 20 ans, Te..., qui pr^sente egalement au pied un accident tres comparable au precedent. Ce jeune homme marche Egalement avec peine, car il ressent au bout de quelques minutes de marche une grande souflfrance dans la jambe droite. II est oblige de s*arr^ter une dizaine de minutes. II repart ; mais au bout de quelques mi-

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Dutes, la meme grande douleur le force de s'arreter. Cette description 6veille I'id^e d'une claudication intermittente douloureuse par obliteration art^rielle ; mais Texamen de la jambe malade nous amene a une autre supposition.

Cette jambe qui garde, meme dans les grandes douleurs, la m^me coloration que la jambe saine, dont la temperature ne se modifie pas, dont les art^res semblent normales est, en r6alit6, raidie par des spasmes qui siegent non seulement au mollet, mais encore a la cuisse. Apr^s dix minutes de marche, la jambe est enti^rement raide et Ton croit observer une contracture hyst^rique. Cette raideur disparait completement quand le malade est couche ou quand, ctant debout, il ne pense ni a la marche ni ^ sa jambe. Des qu'il regarde sa jambe droite ou d^s qu*il essaie de marcher tons les orteils du pied droit se fldchissent fortement, se recroquevillent vers la plante du pied droit et cette flexion forc^e des orteils persiste tant que Te... essaie de marcher (figures ii et 12). C^est cette flexion forc^e, au debut peu genante^ qui devient au bout de peu de minutes insupportable et qui amene, a sa suite, la raideur de toute la jambe. Le malade sent tr^s bien que la flexion des orteils se fait, des le premier pas, qu'elle persiste et que c'est la douleur consecutive qui am^ne la raideur gen^rale.

Ce n'est done pas une claudication intermittente, c'est un spasme des orteils. Cette jambe ne presente aucun autre trouble du mouvement; si le malade est etendu, la force du membre est conserv^e, les mouvements des orteils sont libres, les reflexes sont normaux. La sensibility tactile et musculaire est intacte. Tout au plus peut-on observer que le malade sent quelquefois une impression de froid a ce pied quand il est reste longterops dans une attitude de raideur. Enfin il est facile de constater que, sous diverses influences morales, ce spasme pent disparaitre. Si on dirige le malade et si on lui commande avec fermete chaque mouvement des jambes, il pent executer des pas gymnastiques sans spasmes : quand il monte sur une bicyclette le spasme ne se produit pas. Enfin, au grand etonnement du malade, nous lui faisons constater que, s*il marche pieds nus en cherchant a bien sentir le sol avec la plante des pieds, il peut poser le pied a plat indefiniment. Ce sont bien la, comme dans le cas precedent, les caract^res d'un tic qui cesse momentanement sous {'influence d'un effort d'attention et de volonte.

L*etioIogie est moins nette que pour Db... Ce que le malade peut nous raconter, c'est qu*il a toujours eu des tics. En partlculier, on a, sans succes, d'ailleurs, us6 de tous les proe^d^s connus pour l*emp^cher de se manger les ongles: les gants, la poix, les amers n^ont eu aucun r^sultat pendant des ann^es. Cette habitude de se ronger les ongles a disparu completement au

Fig. II. — Tic du pied droit*

Fig. I a.

moment oii s'est developpe le trouble de la marche, il y a a peu pres trois ans. Ce trouble aurait commence, comme dit le malade, parce qu'il a beaucoup souffert en mettant un Soulier trop court et trop ^Iroit. Cette explication est vraisemblable : nous voyons comment Tattention a ete attir^e vers le pied, et comment cette habitude a supprime Tautre tic, qui existait depuis Tenfance.

Le traitement a ete a peu pres le meme chez les deux derniers

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