‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 69 sur 116 · II · texte numérisé non relu

II

qui gonfle apr^s Fes' repas, reste clapotant et dig^re lentement d'une fa^on penible. Comme ii arrive souvent dans ces troubles de Testomac neurasthenique, la malade est en m^me temps une grosse mangeuse et n'arrive jamais a rassasier sa faim. Nous croyons que cette boulimie est en rapport avec un sentiment de faiblesse, de meme que souvent I'anorexie est en rapport avec un sentiment exag^r^ de force.-

Apr^s ces gros repas, cette femme soufirait beaucoup, se tordait le ventre, elle se crut soulagee par des rots et en a pris I'habitude. Vous voyez que maintenant, ainsi que vous le montre ces graphiques (figure i6), le rot survient continuellement a peu pr^s toutes les deux ou trois respirations. Notez aussi Tinvraisemblable irregularity respiratoire ; ces roalades finissent par ne plus savoir respirer. II n'y a pas ici d'hyst^rie manifeste, c'est un tic analogue a tous ceux qui ont deja tourment^ cette malade, car elle a deja bien eu des tics des mains, du cou, de la bouche : ils ont tous disparu depuis que domine ce tic de roter perpetuellement,

Vous revoyez cette malade presque completement gu^rie. Nous tenons a vous faire remarquer le r^sultat d*un traitement bien simple : nous Tavons simplement mise au regime, nous avons supprim^ cette grosse alimentation absurbe, qu'elle ne dig^rait pas du tout et qui accompagn^e de constipation Tintoxiquait. La suppression du vin et de la viande, un regime assez reduit pendant quelque temps ont t^norm^ment soulag6 Testomac et des lors Texcitation qui amenait le tic a beaucoup diminue. Une gymnastique simple de la respiration a fait le reste.

Observation io8. — Vomissements incoercibles, crises des efforts de vomissements* — Phobie de la digestion, algie de la vessie, angoissesy agitation mentale, aboulie.

Nous voudrions insister un peu sur cette observation qui est tres instructive, car elle vous pr^sente une s^rie de faits plus frequents qu'on ne le pense, qui embarrassent souvent les medecins et qui sont presque toujours mal diagnostiqu^s. Le malade, Qsa..., est un homme ag^ de 67 ans, d'une famille ^videmment nevropathique, qui a pr^sent^ presque toute sa vie une s^rie de troubles nerveux, mais qui est surtout tourmente depuis une

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dizaine d'annees par un accident plus grave : il s'agit de troubles de la digestion et de vomissements d*une nature toute particuli^re.

L*app^tit n*est pas trouble et quand il se met a table, Qsa.. mangerait volontiers tous les aliments en quantite, il lui semble meme]que Tabsorption des aliments lui est agr^able et soulage son ^tat d'6nervement. Comme il sait les consequences que va amener la digestion, il se conduit tres prudemment et mange extr^mement peu, un potage au lait, quelques fragments de bis* cuits, un tout petit morceau de viande. Cependant aussitot qu'il a fini de manger les troubles commencent : Testomac parait se gonfler et surtout s'agiter, le malade croit qu'il y a des mouvements, des contorsions a la region epigastrique, il y a en meme temps un malaise general, des souffrances dans tout le corps et surtout dans la tete. Au d^but ces souflrances s^att^nuent parTimmobilit^ et le malade reste inerte sur un fauteuil et meme s'endort quelque temps, il est bientot reveille par des souffrances plus aigu^s dont il fait un tableau dramatique.

Le malade : a II me semble que mon estomac est compl^tement inerte... je sens la masse alimentaire remuer comme dans un sac a chaque mouvement que je fais, si je me baisse pour ramasser un objet, les aliments reviennent jusqu'a la bouche, c'est un veritable supplice... Tout le temps que j'ai Festomac plein, j*ai tous les membres brisks et je sens comme si mes yeux 6taient retires a Tint^rieur du crane..., je suis tout le temps occup6 de mon estomac, je pense avec lui, c*est dans mon estomac qu'est toute ma vie... J*ai tres bien constats que cet 6tat de malaise et d*agitation de Testomac s'exaspere graduellement par une accumulation de cette souffrance sourde qui accompagne toutes mes actions, toutes mes pens^es, toutes mes lectures et qui teinte tout desouffrance:.. C'est comme une sensation de trepidation constante de mon int^rieur qui m*emp6che de me fixer sur quoi que ce soit, qui me donne un tremblement g^n^ral. Tous les mouvements que je fais se r^percutent sur mon estomac, si je leve mon bras il me semble que les muscles tirent sur I'estomac et qu'ils y ont leur point d'attache... il m'est impossible d'expliquer un malaise aussi persistant qui devient peu a peu aussi terrible. Les autres douleurs, je les supporte, mais celle-la me defait le caract^re, elle agit sur le moral, m^empeche de comprendre, elle complique toutes les choses qui me paraissent etranges

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et incompr^hensiblesy je ne vois plus clair, je ne me sens plus Hte moi-m^me, je perds ma personne ou je perds la raison, comme vous voudrez... »

Si Ton songe que le rcmede a de telles soufTrances est tout a fait facile et a la port^e du malade, on comprend qu'il n'ait guere la vertu de r6sister. II lui suffit de faire un tout petit effort ou plutot de se laisser aller et un vomissement abondantle d^barrasse aussitot. Ces vomissements sont quelquefois eurieux parce qu'ils sont extremement abondants, quails remplissent de liquide une grande cuvette, tandis qu*en r^alite Qsa..., quelques heures auparavant, avait nbsorbe extremement peu de chose. II y a la probablement une exageration de la secretion gastrique, un phenomened'hydrorrhee analogue a Thydrorrheenasale, vaginale, ou intestinale dont nous vous avons souvent parle.

Le fait essentiel ici c'est ce vomissement que le malade croit inevitable apres n'importe quel petit repas et qui finit par rendre toute nutrition absolument impossible: Tamaigrissement extreme, la faiblesse croissante et Texag^ration de tous les troubles nerveux en sont la consequence inevitable.

D*ordinaire, il n'y a qu'un ou deux vomissements qui vident completement Testomac et soulagent le malade. Qsa... reprend entierement et tout de suite son activite et son intelligepce : il trouve tout naturel de vomir des qu*il a quelque chose a faire pour se procurer la liberty d'esprit. Mais de temps en temps les choses se compliquenl : quand on a exig^ du malade qu*il resiste a ce besoin de vomir, qu'il recule le vomissement, il en ^prouve de plus en plus le besoin, mais il pretend ne plus pouvoir r^ussir le vomissement qui le soulagerait. II vomit plusieurs fois et rend en r^alite tout ce qu'il a dans Testomac, mais les souflfrances ne sont pas arret^es, les terribles douleurs de t^te augmentent toujours. II ne peut plus se tenir dcboirt ; il faut le porter dans son lit et la, pendant des heures, pendant la nuit entiere, il se contorsionne et il crie, il fait continuellement des efforts inouVs pour vomir « parce qu'il reste une gorgee de bile qui doit sortir pour le soulager ». II pretend qu'il est impossible de donner une idee de ce qu'il endure pendant cette crise : il etouffe, il est convert de sueur glacee jusqu'a ce que a la fin un petit vomissement quelconque ou simplement Tcpuisenient amcne la fin de la crisc et qu'il tombe dans un lourd sommeil.

Voici done trois categories de phenomeues qui se superposent

d*une maniere bien curieuse : ce sont, en resume, des agitations motrices et visc^rales analogues aux angoisses et que Ton pour«rait appeler une phobie de la digestion, en second lieu Fimpulsion irresistible aux vomissements que Ton pourrait appeler un tic de vomissements et, en troisi^me lieu, une de ces crises de manie mentale, de besoin de perfection et d'efTort appliques toujours aux vomissements. Vous voyez combien d^nterpretations pourraient etre donnees d*un cas semblable si Ton ne se rendait pas compte qu'il s'agit de phobie, de tics et de crises d'agitation mentale. II faut connaitre toutes ces crises d'agitation- forc^e qui poussent les maladcs a chercher desesper^ment un mot, un souvenir, qui les font Hurler des nuits entieres parce quails n'ont pas le souvenir d'un paysage qu'ils ont entrevu, qui leur font fair^ des efforts invraisemblables et d^sesp^r^s pour arriver a la perfection dans Tacted'uriner ou m^me dans la masturbation. Quand on a rhabitude de ces malades, on reconnait la nature de ces angoisses et de ces efforts de vomissements.

Si on avait quelque hesitation, elle serait lev^e par I'examen des proc^des qui modifient la digestion. Qsa... a imaging une foule de petits proc^des, de trues, qui lui permettent quelquefois de retarder les vomissements : il lui faut garder pendant des heures une boule d'eau chaude sur la region epigastrique, il faut que constamment il ait quelque chose dans la bouche et qu'il puisse sucer un bonbon, il absorbe ainsi des quantit^s invraisemblables de boules de gomme. Mais ce qui r^ussit mieux encore, ce sont les distractions, les emotions, les excitations. S*il ecoctte un cours ou une conversation int^ressante, il en oubliera la digestion qui profitera de cet oubli pour s^accomplir d'une fa^on r6guliere. Un changement agreable dans sa residence le fait dig^rer pendant quelque temps. Bien mieux, il suffit quelquefois de la musique, simplement d'une musique militaire pour modifier ses troubles et terminer la digestion. II raconte lui-meme d*une manifere amusante quMl a un jour achet^ un cheval qui lui plaisait et qu'a cette occasion il a dd absorber un fort dejeuner; mais il fallait essayer le cheval, discuter ses merites et le dejeuner fut dig^re sans qu'il s'enaper^iU. Ajoutezquela grande crise des efforts de vomissement est arr^t^e comme par enchantement par une piqi'ire de morphine. Vous reconnaissez la toutes les conditions qui agissent sur toutes ces crises d'agitation et de phobie.

On trouve chez le meme malade d'autres troubles du meme

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genre sar lesqaels noas n'insisteroDS pas, des faiblesses dans les jambes, et des inqoietndes sar la marche, qoi esqaissent one basophobie, des troubles da sommeiU « j^avais la crainte tres precise de ne pas retroaver ma t^te si je mVndormais, il me semblait qae j*allais me perdre dans le sommeil comme dans on gooflre »y des troubles de la roe, qoelqoes difficoltes a articoler les mots, des algies de Tanos et sortoot de la Tessie; mais les troubles de la digestion eflaceni tous les autres.

Ces troubles se soot developpes sur un temperament tout special et tres interessant : Qsa... est le tvpe du psvchasthenique scrupuleux dont nous avons tu tant de curieux exemples. CVst un bomme sup^rieur dans le domaine de rintelligence et en meme temps un infirme dans le domaine de la rolonte et de Tactivite r^elle. 11 pent tout comprendre et tout discuter quand il s*agit de politique, d*arts, de litterature et surtout de philosophie : il parle de tout avec justesse et arec un esprit tres liberal. On pent remarquer seulement qu^il parte trop, qu'il a lacilement une sorte d^agitation mentale Tentrainant a etudier trop de choses, a 6mettre pele-mele trop d^idees.

Nous avons ete tres frappes par cette sup^riorite intellectuelie des psycbastheniques ; vous la retrouverez dans beaucoup de nos observations, mais il y a un triste revers bien manifeste chez Qsa.«. comme chez les autres, c'est en un mot Tabsence de ceque nous avons appeie les fonctions du reel. Nous ne reviendrons pas sur tous les troubles de Taboulie qu'il faudrait enu merer a propos de oe malade : incapacity de decision, oscillations de Tesprit, inquietudes, besoin d*un ordre parfait avant de ne rien faire, reclamation d*une foule de conditions irrealisables pour se decider a un travail. <f II faudrait d'abord de Tordre qui simplifie ma vie, il faudrait me debarrasser d*un passe lourd, il faudrait d'abord refaire peau neuve... la complexite des choses me trouble trop, » et avant de rien commencer Teternel refrain : « Cela ne sert a rien, cela n*en vaut pas la peine. » Puis le besoin de direction : «( II me faudrait un ami qui me remonte avec tact, j*aurais besoin de quelqu^un qui teste avec moi, qui s*occupe de raoi> qui m'aide sans me contrar ier ; j'au rais besoin d>tre soutenu , aide, aide, aid6 ! ! » On comprend qu*ua pareil caractere soil dispose a s*inquieter de lout, a se bouleverser pour la moindre complexite de la vie. C'est ce qui est arrive : quelques soucis d*aflaire ont encore contribue a augmenter Tagitation qu'il a toujours cue. L'agilalton

s'est 6p6cialisde sur les fonctions digestives qui ont toutc sa vie ^t^ d^Iicates comme chez tous les neurastheniques et peu a peu s'est constitute cette forme sp^ciale d'angoisse et d'effbrt .

D'ordinaire, nous n'acceptons guere Temploi de la morphine chez les psychasth^niques : dans le cas actuel nous avons dd nous en servir un peu pour rendre I'alimentation possible, ce qui devenait indispensable. Le r^sultat n*a pas 6t^ mauvais et la morphine donn^e presque toujours a I'insu du malade a pu etre supprim^e sans difficult^. Le bromure a permis 6galement de diminuer Tagitation, mais c'est surtout un malade a diriger, a remonter, et il est visible que Ton arrive par une education de I'esprit et, si Ton peut ainsi dire, par une education de la digestion a le r^tabliren partie malgr6 son age. L'augmentation de poids qui a 6t^ obtenue est le meilleur signe d'un progres important.

Observation log. — Manie du vomissement. — Pollakiurie, timidM, inquietudes.

La maigreur de ce pauvre gar^on^ As..., ag^ de a6 ans, est tout a fait effrayante (figures 17 et 18); si nous vous disons que cette maigreur est en rapport avec une nevrose, vous penserez imm6diatement a I'anorexie hyst^rique. Eh bien non, il ne s'agit ni d'anorexie ni d'hysterie et il est bon de savoir que de telles maigreurs avec toutes les consequences dangereuses qu'elles entrainent peuvent d^pendre d'une toute autre maladie mentale.

En le voyant si maigre et si faible, notre premiere question est naturellement : « Vous ne mangez done pas ? » II nous r^pond qu'il fait quatre repas par jour et qu'il mange avec appetit une quantity d*aliments tr^s suffisante, mais alors comment les aliments ne le nourrissent-ils pas ? « C'est, r^pond-il nai'vement, que j'ai pris Thabitude de les vomir. » Voici, en effet, le manege plus que bizarre auquel il se livre ; il mange tranquillement .en famille, avec plaisir. Aussitot apres, il s'6carte dans sa chambre, se penche sur une cuvette, se frappe Testomac a petits coups ainsi que le dos, met les doigts dans la bouche et travaille consciencieusement a provoquer le vomissement. II r^iterejce manege jusqu'a ce que tout soit sorti, puis tr^s satisfait de lui-meme,Jl s'en va a son travail Tesprit tr^s libre ; comme il a faim, il

attend avec Impatience le prochain repas apres lequel il recommence. Et voici cinq a six ans que dure cetexerciee.

Fig. 17.

Fig. 18.

C'est peut-etre beaucoup que de faire rentrer une pareille folic dans les tics, mais elle se rapproche des rots, des Eructations et aujourd*hui le vomissement est devenu tres facile, presque invo-

lontaire. D'autre part, il a remplace des tics pr^c^dents et precede du meme 6tat mental.

Comment cet homme en est-il arriv^ la ? Sans grands antecedents h^r^ditaires, il a toujours 6i6 un d^bile, tr^s tiihide, tres inquiet, il n'osait pas faire la moindre demarche, cela le faisait grelotter, lui donnait des angoisses et des tics. II a eu toutes sortes de tics, des clignements d'yeux, des secousses des ^paules, il a ronge ses ongles, il avait un petit cri : « hum, hum », qu'il r^petait trois fois a toute occasion ; it a abus^ de la masturbation, etc... Remarquons en passant que la masturbation est un des grands ph^nom^nes de derivation : chez beaucoup de nos d6biles, Teffort volontaire, Teffort d'attention, le debut d'une emotion se resolvent en excitation g^nitale et en masturbation.

Plus il avancait en age, plus il devenait bizarre, il avait la peur du monde, le besoin de solitude a de peur de rencontrer des ennemis ».

II commen^a vers Tage de i8 ans a se pr^occuper de sa miction : la crainte d*un trouble urinaire lui (it cesser les masturbations, mais alors il prit la manie d*uriner tons les quarts d'heure. Un pen plus tard vers I'age de vingt ans, des douleurs d*estomac d^toi^nerent Tattention du malade de ce cote, il conclut qu'il mangeait trop, ce qui n^etait peut-etre pas deraisonnable ; mais comme d^autre part, il avait bon appetit et n'avait pas la volont^ suffisante pour restreindre Talimentation, il se trouva mieux un jour que Testomac s'etait decharge. De la Tid^e singuliere de vider en partie Testomac apres chaque repas. Le tic alia en grandissant : As... sentait un malaise, s'il n'avait pas tout vomi, une sorte de jouissance a vomir completement « et, dit-il avec tristesse, je me suis laisse aller a la tentation ». II en est arrive peu a peu a vomir tout ce qu*ii mangeait.

Remarquez bien la difT^rence de cette maladie, d*abord avec Tanorexie hysterique dans laquelle il y a perte complete de Tapp^tit et refus d*aliments et avec le vomissement hysterique qui est toutautre. Le vomissement hysterique est un acte automatique dans lequel le spasmc de Testomac, du diaphragme, de la poitrine, se fait involontairement et inconsciemment. Si au debut du vomissement hysterique il y a quelquefois des idees du meme genre que chez notre malade elles ont bien vite disparu de la conscience et ne se retrouvent que dans le somnambulisme. Ici, Tidee maladive ne se developpe pas a part de la conscience, elle se deve-

loppe dans la conscience meme et elle est Texpression d'un malaise general. II en resulte que vous ne trouverez pas ici ces anesthesies de la region ^pigasirique, ces contractures des muscles abdominaux qui jouent un grand r6le dans le vomissement hysterique; il en resulte que vous ne pourrez tirer ici que pen de b6n^fice du massage de Tabdomen ou de la suggestion hypnotique.

Voici notre gargon bien engraiss^ ; il a suffi de lul faire compreudre le danger de ses manGeuvres, de remonter son courage : une surveillance de quelques semaines a Thopital, aprfes les repas, a suffi pour lui faire perdre au moins momentanement sa r6pugnante et dangereuse manie.

Observation no. — Crampe des dcrivains. — Aboulie professionnelle, scrupules, 4tat neuraslhSnique,

Yoici encore une maladie int^ressante que Ton considere trpp souvent comme un symptome isole, c'est la crampe des ^crivains. Cette femme de 35ans,An..., ne pent plus ^crire du tout depuis six mois. Aussit6t qu'elle prend la plume, ses doigts se resserrent, le poing se ferme et la malade sent une douleur, un engourdissement quiremonte dans tout le bras droit jusqu*a I'^paule. Dans ces conditions, il lui est impossible d*6crire, il lui est meme impossible de tenir la plume et elle la laisse tomber. Ce symptome s'est d^velopp^ peu a peu chez une personne qui vivait en faisant des copies et des traductions, par consequent qui se fatiguait a 6crire, c'est done tout a fait le symptome que Ton appelle la crampe des ^crivains.

Chez cette personne, ce sympt6mc a 6te pendant longtemps precede d'un autre qui a, a nos yeux, une grande importance et qui se pr^sente, avant la crampe des ecrivains, bien plus souvent que Ton ne croit. An... avait un d^goikt ^norme, profond, de son metier, elle n'avait plus le courage de se mettre a ses copies, elle aurait pr^f^r^ faire n'importe quoi. En un mot, elle presentait au plus haut degr^ Taboulie professionnelle qui est si fr^quente chez les psychasth^niques. Depuis longtemps, elle avait aussi des hontes de ce qu'elle faisait ; son travail lui paraissait mal fait, ridicule, honteux et elle commen^ait a avoir des obsessions de

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honte a son sujet. Quand elle se meitait a son travail, il fallait un efTort enorme, elle sentait Tattention lui ^chapper, elle revait a une foule de choses, en nieme temps elle avait des Amotions, des suffocations, des sueurs profuses, en un mot, il y avait une foule de derivations intellectuelles et viscerates.

Est-il surpreuant qu'une dernicre derivation se soit faite, la derivation musculaire sous forme de crampe des muscles int^ressesdans le travail. Cette crampe est done bien ici un tic survenant chez une psychasthenique, a Toccasion d*une aboulie professionnelle ; il y a inter^t, croyons-nous, a mettre quelque unite dans la description de tons ces symptomes, qui sont loin de constituer autant de maladies distinctes.

Get autre malade, LI..., age de 36 ans, nous montre bien les rapports de la crampe des ecrivains avec I'aboulie et la timidite. II ecrit fort bien quand il est seul, il a sa crampe seulement si on le regarde. A ce moment, il se sent g^ne, il fait des mouvements brusques, incoherents et n'est plus capable d'ecrire un mot ; si on s*ecarte, il se calme pen a peu et pent ecrire indeGniment.

Observation hi. — Crampe des dcrivains. — Neurasthime, obsession de I'argent, agitation motrice.

Yoici un cas particulierement net a propos de notre interpretation dela crampe des ecrivains, car le trouble de Tecriture alterne ici avec d*autres sympt6mes psychastheniques. Get homme de 44 ans, Cr..., sans grands antecedents hereditaires, semble avoir ete trouble par la fievre typhoide, qu*il euttr^s grave a I'age de 20 ans. Depuis ce moment, il est un neurasthenique, soufirant perpetuellement de Testomac et de la t^te. II a perdu son energie et il soufTre beaucoup des efforts necessaires pour gagner sa vie. Son reve serait malheureusement assez diflficile a realiser : il voudrait simplement etre riche et vivre sans travailler.

En attendant, il fait un humble travail de copie dans un bureau, ce qui ne laisse pas de lui etre extremement desagreable. Quand une emotion s'ajoute a cette fatigue perpetuelle, il perd tout equilibre. Les troubles se presentent alors sous deux formes : tantot, surtout si Temotion a ete grave, il devient agite, ne pent plus tenir en place, il sort de chez lui et fait des courses enormes. II ne faut

pas prendre ces grandes marches pour des fugues hyst^riques : il sait parfaitement ce qu'il fait et garde le souvenir eonscient des endroits par lesquels il passe. C'est un besoin de marche qui se presente assez souvent chez les psychasth6niques et qui est unc forme de leur agitation motrice diffuse dont nous avons vu des exemples.

Quand T^motion est moins forte, c'est seulement dans un membre qu'il ressent Tagitation, dans le bras droit. Ce bras se secoue, devient incapable de tenir la plume a cause de ses mouvcments incoordonn^s et de ses spasmes : c'est une veritable crampe des ecrivains.

Dans les deux cas, le trouble le rend incapable de faire son metier, il faut qu'il se repose en entrant dans un h^pital pendant quelque temps. Presque toujours^ la crise ne dure que deux ou trois mois ; ensuite il se calme et il a assez d'^nergie pour reprendre son collier de misere. Pour nous, vous le comprenez bien, ces accidents ne sont au fond que des crises d'aboulie professionnelle. L'^motion ajoute a sa depression constante et il perd r^nergie suflisante pour accomplir son metier de copiste, qu'il a en horreur. La derivation se fait soit par une agitation g^n^rale et de grandes marches, soit par la crampe des ecrivains.

Observation iia. — Ddlire de scrupule comme substitut de tics. — Aboulie, inquietude, agitation mentale, scrupule.

Cette jeune fiUe de a4 ans, Nu..., n'a pas de tics, ou plutot, elle n'en a plus en ce moment, mais elle vous presente la suite, le reliquat de tics qui ont et^ gu^ris et ce reliquat est bien int^ressant pour nous expliquer la veritable nature des tics precedents.

Cette jeune (ille, sans grands antecedents hereditaires, saufune mere trop nerveuse, etait intclligente et active avant la puberte. Les regies vinrent en retard et peniblement a Tage de i5 ans. A ce moment Nu... commengaase sentir triste et fatiguee, elle nepouvait plus s'appliquer et s'agacait de tout travail. Les efforts inutiles amenerent une agitation de plus en plus grande qui degenera en tics. Elle avait constamment la meme secousse des bras et des epaules, la meme petite saccade des jambes. Elle avait deja a ce moment quelques pensees singulieres, ainsi elle se trouvait bizarre, pas naturelle, elle « avait peine a se croire reelle ». Elle traduisait ces pensees d*une maniere interessante que Ton ren-

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