‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 73 sur 116 · LES SRASMES DE L*OESOPHAGE · texte numérisé non relu

LES SRASMES DE L*OESOPHAGE

Ires bien. Maintenant, sauf de temps en temps quand il est emu, il avale tout ce qu*il veut. II est done gu^ri ? Point du tout et c'est la le detail que nous voulons vous presenter.

Depuis qu'il peut manger il na plus en^ie de manger. L'appetit a disparu corapletement, le degoi]it est survenu, il pretend ^prou« ver des pesanteurs, des fatigues, avoir envie de dormir quand il a mange. En somme, il ne vent plus manger, Ce d^godt lui rend Taliraentation tres diflicile et il reste desjourn^es sans rien prendre. C'est tout a fait sans que nous insistions sur les details, le tableau de Tanorexie mentale en rapport avec des preoccupations hypocoqdriaques. N'est-il pas bien curieux de voir cette anorexie s'installer a la place d'un spasme de Toesopbage. Cela ne montre** t-il pas un rapport assez intime entre les deux aiTections. C'est line petite observation a joindre a I'^tude des spasmes de Tobsophage.

Obsbrvation ii6. — Spaame CBSophagien et troubles de deglutition. — Antecedents hereditaires, tics, besoin de direction.

Cette femme de 38 ans, Ev..., ne peut se nourrir qu'avec la sonde cosopbagienne qu'elle s'introduit d'ailleurs elle-meme : il lui est impossible d^avaler autrement les aliments. Des qu'elle met quelque aliment dans sa bouche, surtout s'il estliquide ou a demi liquide, elle 6prouve toutes sortes de genes dans la bouche et dans le pharynx, sa langue remue irregulierement dans tons les sens et ne parvient pas a faire progresser les aliments. Quand ceux-ci parviennent au fond de la bouche, ils d^terminent des secousses du voile du palais et du pharynx. La malade fait toutes sorter de grimaces sansparvenira avaler. Enfin, comme parhasard, le mouvement de deglutition s'accomplit, mais le benefice n'est pas grand, Ev... sent que les aliments s'arretent dans sa gorge au-dessous du sternum : elle sent a ce point une g^ne croissante et au bout de quelques minutes, elle est obligee de les vomir. II y a la simultanement des troubles de la deglutition et un spasme de Tajsophage.

L'attitude de la malade quand elle a les aliments dans la bouche et qu'elle ne parvient pas a les avaler fait penser a une paralysie du voile du palais, mais Texamen direct ne permet pas detrouver trace de cette paralysie : le voile du palais se releve trfes bien, la

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malade pcut parler ou meme chanter sans avoir aucunement Tarticulation nasonnee, les reflexes du pharynx sont absolument normaux. Seul, le spasme de TcKsophage pent etre constats assez netteraent, la sonde que nous enfoncons rencontre une petite resistance qui cede d*ailleurs assez vite avant de penetrer jusqu*a Testomac.

II est bien probable qu'il ne s*agit que de tics et de spasmes n6vropathiques. D'autre part, nous ne retrouvons nulle part d'anesthesie appreciable, la malade n*a jamais eu aucun accident qui ^veille la pens^e de Thyst^rie et nous restons dans Ic domaine des accidents psychasth^niqucs. D'ailleurs, Ev... appnrtient a une famille ou Ton compte des alcooliques et des alien^s, elle a dejh eu dans sa jeunesse des tics et des phobies.

Ces troubles de la deglutition ont commence il y a dix-huit mois, la malade venait d*avoir eu six mois auparavant une fievre typhoide grave, elle fut atteinte d'unesorte de grippe avec coryza et mal de la gorge et c'est quinze jours apr^s cette derniere maladie que les spasmes ont commence. Notre premiere pensee a ete que cette malade avait eu des accidents dipht^ritiques qui avaient laiss^ a leur suite une nevrite. Mais il nV a jamais ni de veritable paralysie du voile du palais, ni aucun trouble du mouvement des yeux. II est plus probable que cette personne, deja predisposee a I'hypocondrie, a eu a Toccasion d*un mal de gorge banal des accidents nevropathiques.

L'efTet des divers traitements semble le confirmer, les traitements electriques n'ont eu aucun resullat. Mais un m^decin a essaye de Thypuotiser, il n'y est pas parvenu complelement, il a pu seulement lui donner conQance et la rassurer. Pendant tout le temps qu'a dure co traitement hypnotique, chez ce medecin d'abord et ensuite meme chez elle, Kv... a pu manger parfaLtement. Elle sVst crue gu^rie, mais des qu'elle a quitte sou hypnotiseur tout a recommence. II est probable que nous pourrons de meme la rassurer et la guerir au moins pour quclque temps.

II nous parait utile d'examlner a part un groupe dc raalades tres nombreux chez qui Tagitation ne prend pas la forme motrice ni la forme visc^rale, mais chez lesquels elle reste presque exclusivement intellectuelle.

PREMlfiRE SECTION l'agitation mbntalk diffuse

Observation 117. — La reverie forc6e, le mentisme. — Insomnie, ahoulie, aprqsexie, enter ile maco-memhraneuse,

Voici un trouble mental fort curieux dont on neglige d'ordinaire T^tude ; 11 nous parait fournir cependant la clef d'un grand nombre de troubles mentaux plus compliques et plus graves qui prennent leur origine dans ce ph^nomene elementaire. Cette femme de 44 ans, Lib..., se plaint de ne pouvoir ni travailler, ni s*amuser, ni dormir, mais elle donne tout de suite ce qu*elle considere comme la raison de cette impuissance : « C'est, dit-elle, que je suis obligee, bien malgr(^ moi, de penser trop, c'est la pcns^e involontaire qui m'^puise et qui m'empeche de faire ceque je voudrais faire. »

En efFet, sans etre endormie, elle reve continuellement pendant lejour et surtout pendant la nuit : cette reverie continuelle semble absorber toutes ses forces et Temp^cher de faire aucune autre chose. Veut-elle lire, la reverie se met en travers, elle a dans la tete une foule de pensees en opposition avec ce qu*clle lit et elle ne parvient plus a comprendre sa lecture ; veut-clle regarder un

spectacle, il lui semble qu'en meme temps elle regarde una autre chose a laquelle elle r^ve et elle sent qu'clle a deux images dans Tesprit : cela la trouble, cela I'empeche d'apprecier et meme decomprendre le spectacle. Le trouble est surtout grave quand elle essaye de s'endormir, a ce moment sa t6te est remplie d^id^es de toutes sortes, d'images, de conversations, et il lui est impossible de prendre Videe de dormir, elle ne sent pas du tout le besoin de dormir, elle ne fait aucun effort pour s'endormir et elle reste plongee dans cette reverie vague. Non seulement toutes les actions sont ainsi troublees, mais la malade se sent epuis^e de fatigue par ce travail continuel et sterile de la pens^e et par cette absence de sommeil.

Quelle est done la nature de cette reverie obs^dante, de cette reverie forc6e ? Un caractere singulier qui merite d'etre relev6, c'est qu'il ne s'agit pas d'une obsession proprement dite ; il n'y a dans ces discours int^rieurs aucune pens^e precise qui revienne r^gulierement toujours la meme. Les pensees sont tres variables en rapport avec les petits ev^nements qui ontinteress^ la malade ; ces pensees ne contiennent ni accusation, ni remords, ni honte de soi, elles ne sont pas precisement d^sagr^ables et si elles n'emp^chaient pas le sommeil et la vie normale, Lib... s'y laisserait aller assez volontiers. On ne pent pas non plus dire qu*il s'agit de manies mentales comme nous allons en voir de nombreux exemples : ces reveries ne prennerit pas une forme r«iguliere toujours la m^me comme dans les manies d'interrogation, de recherche ou de calcul. Le processus psychologique qui remplit ces

reveries chancre souvent et facilement : tantot la malade semble se

complaire a 6voquer des souvenirs et des spectacles visuels, tantdt il lui semble qu'elle suit une longue conversation dontelle fait ellememe les demandes et les r^ponses, tantot elle discute au dedans d'elle-meme un projet, une proposition dont elle calcule les avantages ou les inconvenients.

II nV a de pathologique dans cette pensee que son exag^ration, sa continuite le jour et la nuit et surtout ce grand caractere que la malade ne se sent pas libre dans ses meditations. Elle ne sent pas Teffort volontaire pour les commencer, la pensee se developpe toute seule, spontan^ment : a II me semble que je n'y suis pour rien, ce n'est pas moi qui pense, qui choisis les sqjets de ces pensees, c'est quelque chose qui pense en moi et je me borne a sentir ce que Ton pense dans ma tetc. » En outre, la malade

ne se sent pas libre d*arr^ter ses pens^es, quand il lui plait; ses efforts dans ce sens n'aboutissent qu'a augmenter Tagitation de Tesprit. « C'est comme un tourbillon d'idees, un fuite ^chevel^e de pensees qui se succ^dent avec une rapidite de plus en plus grande et il nefaut pas songer a les arr6ter; quand je me r^signe a les laisser couler comme elles veulent, mes reveries sont plus calmes et moins penibles ».

Ce phenomene pent Stre caracterise comme une agitation intellectuelle comparable tout a fait a Tagitation motrice que nous avons vue chez certains sujets et a Tagitation ^motionnelle quiconstitue les etats d'angoisse diffuse. Cette agitation mentale est eu effet diffuse, elle ne s*est pas encore systc^matis^e, comme elle le fera probablement plus tard, pour constituer quelque manie men* tale.

Cette agitation mentale diffuse n'a ^t^ que peu etudi^e par les alienistes : c'est ce que quelques auteurs appellent la fuite des pensees^ le mentisme, Elle nous parait importante a bien comprendre; elle nous montre que Tagitation des psychasth^niques n*est pas uniquement une agitation emotionnelle, comme on est trop dispose a le soutenir, qu'elle pent prendre de tout autres formes dans lesquelles T^motion n'a rien a faire. Cette malade, Lib..., n'est aucunenient une Emotive, elle est au contraire beaucoup trop froideet indiffi^rente, absorb^edans ses pensees, elle ne s'int^resse a rien et ne s'emotionne de rien. Cet ^tat nous montre qu'a cote de Temotivit^ diffuse et sur le meme plan comme source des manies mentales et des obsessions, il faut placer Tagitation intellectuellc et la reverie forcee.

Quant a Torigine et au role de cette reverie forcee nous ne partageons pas Tinterpretation que donne la malade. Celle-ci pense que sa reverie est le point de depart de tous ses autres troubles, que c'est elle qui en distrayant Tesprit determine Tabsence d'attention, la suppression de la volont^ et le trouble du sommeil. Pour nous, qui avons observe bien souvent ces aboulies ind^pendamment de la reverie ou accompagnees de toutes autres agitations, nous croyons qu'il faut renverser les termes. L*aboulie, Tinattention, et m^me Tinsomnie sont les ph^nomenes primitifs. Comment se fait-il que I'acte vo'lontaire, la perception attentive des faits presents et le sommeil disparaissent tandis que I'activite intellectuellc parait se conserver et meme se d^velopper avec une telle exageration. C'est que cette activite intellectuellc

purement representative ou abstraite, est une operation cerebrale tres inferieure par rapport aux fonctions du r6el : elle subsiste tandisque la volonte, Inattention, Tadaptation au r^el ontdisparu, quand il y a un abaissement de la tension nerveuse. I/exageration de cette fonction inferieure qui se substitue aux fonctions supcrieures est un phenomene de derivation analogue a ceux que nous avons observe dans I'^motivite ou dans les tics. II y a probablement des raisons dans la constitution individuelle et dans Teducation anterieure qui font que chez cette personne les derivations prennent cette forme intellectuelle au lieu de la forme emotionnelle qui est plus banale.

La faiblesse de la tension nerveuse se manifeste chez cette malade depuis longtemps^ il y a longtemps qu'elle est une neurasthenique. Elle a deja presente tous les troubles de la digestion ; une enterite muco-membraneuse grave Ta tourmentee pendant cinq ans ; des maux de tete, des fatigues pathologiques reviennent encore frequemment. L*aboulie, Taprosexie, la diminution des fonctions du reel ne sont qu'une forme de cet epuisement nerveux probablement hereditaire.

Nous ne sommes pas tout a fait desarmesen presence d'un etat de ce genre dont le developpement serait si daugereux. II faut traiter de toutes manieres son epuisement nerveux et il faut chercher a relever et a diriger Tactiviie mentale. La malade peut, plus qu*elle ne le croit, arr^ter cette reverie, non pas en luttant directement contre elle mais en s'efforcant de mieux employer les forces de son esprit. Elle peut prendre Thabitude de faire quelques actes reels, de maintenir quelque temps son attention. Nous sommes surpris des resultats que nous avons deja obtenus en encourageant et en remontant la malade.

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