‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 83 sur 116 · LES MANXES DE LA PERFECTION · texte numérisé non relu

LES MANXES DE LA PERFECTION

jusqu'a 25 ans ^tait restee completement froide vis-a-vis de rhomme, devient ^perduement amoureuse. D'abord ses d6sirs se portent d'une maniere vague sur las hommes qui passent a Thopital, puis elle choisit un individu particulier et la voici qui pense a lui eonstammenty s*excite en y pcnsant et s*agite de plus en plus.

Sortie de I'hdpital, elle essaye avec infiniment de justesse des deux rem^des les plus indiqu^s, d'abord elle a des rapports avec son mari, et deuxiemement elle veut reprendre ses pratiques solitaires ; mais cette fois les deux moyens ^chouent compl^tetement, ni Tun ni Tautre ne r^ussit, si bien que degoi^t^e elle veut renoncer a tout.

C'est peut-etre plus facile a dire qu*a faire, car voici un accident imprevu. Elle commence de grandes crises de nerfs ou plutot des crises d'agitation motrice et d'angoisse. Ces crises d^butent nettement par un d^sir, une excitation g^nitale, et se terminent par des convulsions. Ces crises la calmaient quand elles avaient et6 tres fortes, mais Texcitation revenait bientot. II lui suffisait de voir passer un homme pour avoir une crise semblable. Si nous avions le temps de nous y arreter, nous vous lirions une vieille observation de Buffon a propos d'un jeune pr^tre, observation qui semble exactement calqu6e sur celle-ci. Ces crises durerent sept ou huit mois : on les soigna de diff^rentes mani^res et maintenant elles ont a peu pres disparu.

La pauvre femme est-elle revenue a la tranquillity ? Oui, si Ton veut, car elle n'a plus qu'un amour tr^s vague, plut6t platonique pour rindividu en question, elle ne sent plus aucune excitation et n'a plus jamais de d^sir. Eh bien elle devrait ^tre enchant6e : pas du tout, elle souffre horriblement de cette frigidite, non seulement elle sent comme un engourdissement dans le ventre, mais Tengourdissements'etend a la t6te, tout est devenu froid etmorne. Elle a perdu les sentiments, elle est indifferente pour son mari et son enfant, jclle ne prend plus plaisir a rien, elle perd toute Anergic.

Que dc problemes seraient soulev6s par cette succession de faits. Nous ne pouvons a propos d'une observation que vous indiquer des hypotheses. Est-ce I'absence de satisfaction qui a amene Tamour, puis les crises ? Comment Tanesth^sie genitale est-elle survenue? Est-ce cette anesth^sle genitale qui determine I'indiff^rence et Faboulie actuelles ? Yoyeza ce propos une anci^nae ob9ervation

deriin de nous (Stigmatcs des hysteriques, p. 217). Voyez dans notre dernier livre sur les N^vroses et lesld^es 6xes I'observation 48, p. 162, ou des ph^nomenes absolument semblables sont d^crits et vous verrez que les sensations g^nitales jouent dans le fonctionnement du systeme nerveux un role plus considerable qu'on ne le croit.

Dans le cas present cependant, il ne faut pas m6connaitre que la depression est generate et qu'il y a quelque exageration a tout rattacher a Tinsuffisance des sensations genitales. La malade se sent « comme une personne qui ne vit plus ; je suis comme une machine, je ne me sens plus vivre, je perds le gout de la vie, je trouve tout stupide, je n'aime plus rien ni personne, c'est comme sile coeur s'en allait... ». Ces sentiments d'incompletude etsurtout d'InsufBsance genitale ameuent le d^sir de plus en plus intense et la recherche du remede. Elle estconvaincue que si elle retrouvait la jouissance genitale normale elle serait guerie; quand elle r^ussit un pen mieux, soit seule, soit avec son mari, il y a pour un moment une resurrection, elle retrouve Tenergie et le bonheur de vivre. Aussi est-elle perpetuellement a la recherche de ce bonheur. Depuis trois ans, elle n'a plus d*autre pensee, que celle d*arriver a sentirnormalementcette jouissance dans des conditions tout a fait normales. Elle se figure a tout moment qu'elle va ressentir des excitations insensees des qu'elle voit un homme, des qu'elle y pense ; mais ces excitations qui commencent a peine n'arrivent jamais au denouement. Quand elle croit ^tre pres du succes, voici des agitations, des angoisses, des id^es absurdes qui la troublent, elle sent qu'elle n'est pas comme les autres femmes, qu'elle ne guerira jamais et le bonheur entrevu s'envole.

Dans cette poursuite du bonheur, elle a commence par tourmenter son mari, Taccusant de ses deceptions, cherchant a I'exciter et a le griser de champagne ; le pauvre homme jure qu'il fait de son mieux et ne sait comment echapper a ces singulieres persecutions. Bient6t, elle a renouce au mari comme decidement insuQisant et cherche ailleurs du secours. La voici tombee dans mille excentricites, elle va dans les bals publics, elle se fait remarquer dans les rues. Elle accepte tons les rendez-vous, il est vrai quejusqu^a present elle s'y rend rarement; mais tons ces eflbrts dont elle sent parfaitement le ridicule et le danger sont restes impuissants et elle n*a pas encore trouve la perfection qu^elle cherche avec tant d'ardeur.

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