LES M\NIES DE LA PERFECTION
gailles. Elle chercha a se rendre compte du sentiment d'affection qu'elle avait pour son futur marl. II lui sembla qu'elle ne Taimait pas bien, pas suffisamment, qu'elle n'avait pas pour lul toute raffection qu'elle se sentait capable de donner ordinairement. Vous savez qu*a notre avis ce sentiment d'incompl^tude n'est pas enti^rement faux, qu'il est Texpresslon d'un abaissement reel dans Tactivit^ cerebrale, abaissement qui ^tait surtout en rapport avee I'^motion. Cetle constatation faite, elle en conclut qu'il fallait faire un effort pour mieux aimer son fianc^, ear elle ne pouvait se marier avee un amour insuffisant. Ses efforts furent vains : plus elle cherchait a aimer mieux, plus il lui semblait qu'elle aimait moins bien. Ses efforts n'aboutissaient qu'a augmenter les reflexions, les examens de conscience, la fatigue et les derivations. Tant et si bien que la pensee du flanc6 devenant de plus en plus p6nible, il lui sembla qu'au lieu de I'aimer, elle commengait a le hair. Remarquez a ce propos que revolution de l2i maladie est toujours la m6me : la fonction commence a s'accomplir d'une maniere insuffisante, elle determine des sentiments d'incompletude, puis des angoisses, des recherches de perfection et enfin la fonction devient totalement impossible. C'est cette conclusion, cette disparition de Tamour, qui nous porte a croire qu'au debut il y avait bien un trouble de cette meme fonction, un abaissement de I'amour qui a ^te en croissant. Comme elle fut obligee apres beaucoup d'h^sitations et d'angoisses de declarer qu'elle n'aimait plus son fianc^, il fallut rompre le mariage.
Cette rupture ne lui rendit la tranquillity que pour bien pen de temps. En effet les sentiments d'incompletude portant sur les affections et la manie de perfection qui en r^sultait n'avaient pas disparu, ils s'appliquerent simplement a d'autres personnes. D'abord, ce fut a propos de ses parents qu'elle s'interrogea : elle ne tarda pas a parvenir a la meme conclusion desesp^rante,* a se flgurer c'est qu'au lieu de les aimer elle les detestait. Puis la question se porta sur I'affection qu'elle avait pour une gouvernante, etc. Maintenant elle ne pent plus vivre tranquille plus de quelques jours aupres d'une personne quelconque, filt-ce aupr6s d'une garde-malade. Au debut, elle reste indifferente pr6s de cette garde et se rend compte qu'il est naturel de ne pas I'aimer ; puis, tred vite, bien qu'elle trouve la question absolument folle, elle se demande si elle aime cette personne suffisamment pour
les services qu'elle lui rend. « II me semble que je suis devenue egoi'ste, que je n'ai pas une afiection suffisante pour cette dame, que je devrais I'aimer un peu, aGa de ne pas etre toujours a n'aimerquemoi. » Elle fait alors ses efforts ordinaires pour aimer, comme nos autres psychastheniques font des efforts pour agir ou pour croire et I'attention au lieu de favoriser I'acte le rend plus difficile, puis le rend impossible : il lui semble qu'elle d^teste cette personne et qu'elle ne pent plus vivre aupres d*elle.
Les parents de cette jeune fille essayent un traitement qui ^tait autrefois recommande par Legrand du Saulle et qui consiste a faire voyager les malades pour les distraire. Ce traitement reussit quelquefois quand Tabaissement mental est faible, parce que le changement est un excitant psychologique assez puissant. 11 ne faut pas oublier que les voyages sont aussi une fatigue et que ces esprits faibles sont rarement capables de preter une attention suffisante a des changementstrop rapides.
Observation i4i. — Manie de perfection dans revocation d'un souvenir visuel.
Yoici une observation qui demanderait une bien longue 6tude psychologique que nous ne pouvons faire ici completement. Elle est a tons les points de vue bien curieuse et bien instructive.
La maladie a debute, il ya sixans, par une emotion d'une nature toute speciale. Cette femme, Bre..., alors agec de 36ans, un peu nerveuse mais jusque-la bien portante, soignait son mari tres malade. Elle ne se rendaitpas compte de la gravity de la situation et comme elle songeait a se rendre a la campagne, elle demanda au medecin, avec beaucoup de tranquillity, si dans une quinzaine de jours, son mari pourrait I'accompagncr a la campagne. Le medecin avec une maladresse probablement involontaire se laisse altera repondre : « Mais vous n'y songez pas, ma bonne dame, dans quinze jours votre mari sera enterre. » La pauvre femme fut bouleversee, rcssentit comme un choc dans la t^te, ce fameux choc que nous retrouvons toujours au d6but des fugues, des delircs, dans les grandes emotions, et dont nous savons si peu la nature. La douleur, c'est un point que nous relevons a cause de sa grande frequence, si^geait surtout au point de rencontre