‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 86 sur 116 · LES MANIES DE LA PERFECTION · texte numérisé non relu

LES MANIES DE LA PERFECTION

de iWcipitai et des pari6taux, a la fontanelle posterieure avec IrradlatioD sur le c6t6 droit de la tete. La niiit suivante, cette femme d^lira un peu, mais se r^tablit le lendemain et des ce jour elle presenta d'une maniere nette des symptomes qui n'ont pas change jusqu'a aujourd'hui et qui n'ont pas ete modifies ni aggraves par la mort du mari survenue reelleraent quelques jours apres.

Parmi ces symptomes, quelques-uns soot bien connus. Nous n'y insisterons pas : fatigue dans la t^te, troubles deTestomac, etat de somnolence et de torpeur, certains engourdissements dans le cote droit, insomnie la nuit, difliculte pour comprendre la lecture ou la parole, troubles des regies, quelquefois eruption d'urticaire avant les regies, etc., etc. Ce sont les troubles qui accompagnent les etats ^motifs et les engourdissements du cerveau plus ou moins sembiables a Thysterie.

Mais cette dame a une souffrance bien plus curieuse qui, a son avis, et peut-etre aussi au notre, joue un r6le capital dans tons les autres accidents. Elle a un oubli, unesorte d'amnesie qu*elle ne pent pas faire disparaitre et dont la permanence est pour elle une torture. Elle a oublie tout simplement la figure de son mari. ^

Essayons de comprendre ce qu'elle veut dire, car au fond ce symptome est tres curieux. Depuis le jour ou la mauvaise nouvelle lui a ete si brutalement annoncee, il lui a semble qu'elle perdait son mari, qu^il disparaissait et s'effa^ait de sa pensee. Mais, direz-vous, elle en parle tout le temps. Oui, elle en a le souvenir intcllectuel, elle pent en parler, elle peut raisonner sur lui, elle peut m6me le d^crire : « II etait assez mince, nous dit-elle, trfes grand, le nez etait fort,* etc... » Mais cette description est theorique, Bre... est incapable de se representer aucun de ces traits. Elle ne peut pas non plus evoquer le souvenir de sa voix, en un mot elle pretend ne plus avoir aucune representation sensible relative a son mari. Si vous voulez comprendre ses paroles, reportez-vous a une lecon remarquable de Charcot, la XlIP du tome III des Maladies du systcme nerveux. II s*agit d'un homme ayunt eu autrefois une grande m^moire visuelle, qui perd cette memoire et qui ne peut plus se representer les formes d'architecture qu'il decrit [et qu'il construit th^oriquement. Cette dame presente le meme trouble, toute la le^on de Charcot s'appliquerait a son cas. Maisle trouble

est limits, comme nous venons de le voir, a la figure et a la pa« role du marl.

Vous direz tout de suite quMI y a a cette infortune deux remedes bien simples, d'abord regarder des photographies du mari et puis deuxiemement se passer de ce souvenir visuel qui n'est pas indispensable pour vivre. C'est la que notre observation devient encore plus curieuse. Cette dame s'efforce de regarder des photographies de son mari, mais d'abord elle a une peine ^norme a les regarder. Sa t6te, ses yeux, font des mouvements convulsifs comme pour ne pas voir et ensuite, si elle parvient a regarder, « cela ne lui dit rien ». Elle ne reconnait pas son mari et les portraits ne ravivent pas le souvenir. Reste alors la seconde solution: qu'elle s'en passe. Mais cette amn^sie est douloureuse, elle semble former dans la pensee une lacune p^nible et la malade est sans cesse poussee a chercher a la combler. II y a une sorte de d6lire de Tinterrogation qui vient comme toujours se greffer sur une amn^sie, elle a constamment la pensee dirig^e vers le mari dont elle ne se souvient pas.

Vous voyez que Tanalyse psychologique de ce cas n'est pas facile. Voyons d^abord les ph^nomenes qui Tenvironnent : nous ne trouvons pas de troubles bien nets de la sensibility, la malade nous dit qu'elle s'engourdit souvent du c6t^ droit, mais c'^tait absolument passager ; nous n'avons pas observe d'hypoesth^sie qui soit nette. Remarquons en passant que voici encore une malade qui a des engourdissements du c6t6 droit du corps et qui souffre de la tete du meme cote droit.

L'ouie et la vue sont beaucoup plus troublees. On ne trouve pas d'anesth^sie bien nette, ni de retrecissement du champ visuel mais on constate une difficult^ ^norme a fixer Tattention sur ces sensations. Elle ne comprend pas ce qu'elle lit ou ce qu'elle entend. La memoire serait importante a etudier en detail, ce que nous n'avons encore pu faire. Nous remarquerons seuJement qu'il n'y a pas d'amn^sie bien nette en dehors du point en question. La malade raconte les 6venements r^cents aussi bien que les ev^nements anciens. La memoire des images visuelles, ici essentielle, est meme assez bien conserv^e. Cette memoire ^tait tres bonne avant Taccident, elle pent encore aujourd'hui ^voquer des spectacles. Sur notre demande, la malade se repr^sente fort bien Notre-Dame ou TArc de Triomphe. Les amnesics ne commencent que pour les souvenirs qui ont un rapport quelconque avec le

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