LES MANIES DES SERHENTS
mari. D'ordinaire elle n'a oubli^ que sa figure et sa voix, mais il y a des moments oil elle oublie tout, elle ne salt meme plus si elle a ^t^ marine, et cela toujours avec la meme angoisse. D^autres souvenirs m^me sont oubli^s a cause de leur analogie avec celuila. Ainsi elle ^voque bien des figures de femme mais elle se repr^sente tres mal des figures d'hommes : tout roule autour de cette amn^sie vraiment syst^matique.
L'explication est bien difficile. Voici les diffi^rentes analogies qijie nous pouvons rapprocher de ce phenom^ne. i® II y a r6ellement un certain degr^ d^amn^sie visuelle : celle-ci est loin d'etre complete comme elle serait ou pourrait etre dans Thyst6rie, mais il y a eu a la suite de T^motion un certain degr6 de dissociation des syntheses mentales, des souvenirs. L^image du mari est devenue jnoins nette, moins ^motionnante, moins capable d'evoquer les autres souvenirs et les autres Amotions, elle a perdu une partie de sa puissance d'action, de son coefficient de r^alite. Si Tamn^sie 6tait plus complete elle serait beaucoup moins remarqu^e, une amnesic complete comme une anesth^sie complete laisse le sujet tout a fait indifferent. Au contraire ce genre d^amn^sie incomplete des psychasth^niques est douloureux, p6nible, laisse un sentiment d'incompl^tude tout a fait caract^ristique, qui excite des efforts et des recherches bizarres.
2® Aussi y a-t-il en second lieu un autre trouble, en r.^alit^ plus grave que le premier, c'est la manie mentale de la perfection relativement a ce souvenir. Non seulement la malade cherche constamment a Tevoquer, mais elle Texamine, le critique, le compare a des portraits et se met dans de terribles ^tats d'angoisses quand elle n'atteint pas sur ce point la perfection du souvenir dont elle se fait une obligation.
Observation i4a. — Manie des serments. — Refas de manger , manie de reparation, diminution de la foi,
Les parents de cette jeune fiUe, Zei..., ag^e de i6 ans, se d6cident a Tamener a Th^pital parce que ses sottises ordinaires se compliquent cette fois d'un symptome plus dangereux. Voici trois semaines a peu pres qu'elle refuse compl^tement de manger. Naturellement on a parl^ comme toujours d*anorexie hysterique et de crainte d'engraisser : en realite il n'en est rien et il s'agit
dune tout autre maladie. Cette petite jeune fille a toujours 6te une aboulique et une inqui^te ; depuis sa puberty, elle a deja traverse une serie d^accidents, elle a eu des tics et des phobies des animaux. Ce qui ia pr^occupe actueliemeDt, depuis deja un certain temps, c'est Tinsuffisance de ses sentiments religieux et de ses prieres. Nous avons d^ja vu souvent ce symptome, qui est une forme du sentiment d'incompl^tude assez fr^quente chez les jeunes fiiles de cet age ; d'ordinaire il amene a sa suite des manies de repetition et des manies de perfection. Elle a bien eu quelque chose de ce genre, car elle restait des heures a genoux en r^p^tant ia m^me prifere et elle forgait sa mere a se tenir agenouill^e pres d*elle, esp6rant par Tassociation arriver a un r^sultat plus satisfaisant. Mais depuis quelque temps elle ne reste plus aussi longtemps agenouill^e et ses remords sur les prieres ont amene une autre consequence. Elle a constate son impuissance a les faire mieux et elle se borne a chercher a les reparer, « il faut, dit-eile, compenser un acte par un autre » et elle s'impose a elle-m6me des punitions.
Par exemple, elle aimait beaucoup lire des ronians, elle s'est condamnee a ne plus lire tant qu'elle n^aurait pas bien fait ses prieres. Puis la punition etant encore insuQisante, elle s'est condamnee a ne pas manger avant d'avoir accompli une priere parfaite. Nous craignons qu'elle n'attende ainsi trop longtemps.
II s*agit, vous le voyez, d'une forme de manie mentale qui se rattache evidemment aux autres, mais qui est un pen speciale, ce sont des manies de reparation ou de compensation. Le point de depart est toujours le sentiment dc rinsuflisance du premier acte, mais la derivation mentale est un peu plus compliquee. Elle nc se fait plus sur la pensee du m^me acte indefiniment, repete ou perfectionne, mais sur la pensee d'une autre action ; c'est ici ridee de punition ou de recompense dont le sujet essaie de se servir pour relever sa tension mentale. 11 s'agit, chez cette jeune (ille : d'une veritable manie qui ne porte pas seulement sur la priere, mais sur la plupart des actions troublees, toutes par Tinsuflisance de la tension psychologique : si elle n'a pas travaille assez vite, elle se condamne a ne pas sortir avec sa soeur ou bien a ne pas parler. Le resultat est qu*elle trouble elle-meme une seconde serie d'actions en plus des premieres.
Cette jeune fille n'est restee que trois mois a Th^pital, et le