‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 93 sur 116 · LES OBSESSIONS DE L'EMBONPOINT ET DE LK HONTE DU VISAGE · texte numérisé non relu

LES OBSESSIONS DE L'EMBONPOINT ET DE LK HONTE DU VISAGE

gences qa'on lui impose. II estparfaitement certain qu'en exigeant un acte au-dessus de ses forces on la fait d^IIrer. Si elle n*arrive pas a acconiplir Tacte demande, il y a tout de suite une derivation vers I'agitation motrice, les cris, les mouvements violents, les grandcs ruminations mentales, plutot que vers les angoisses.

Cette malade a toujours 6t6 peu disposee aux angoisses, elle pretend ra^me ne pas bien savoir ce que c'est. Cela montre une fois de plus que les obsessions ne derivent pas forc^ment de Tangoisse. Si on la force a recevoir deux visites dans une journee, on la rendra d^lirante pendant huit jours. Bien plus, des troubles trop grands la font tomber en stupeur et elle a eu sous nos yeux de grands acres de confiision mentale. II en resulte que Ton arrive a un 6tat de raison moycnne a la condition de simplifier beaucoup sa vie, de supprimer presque toutes les difficult^s de Texistence, presque toutes les relations sociales et de la laisser par consequent dans cet ^tat singulier que nous vous avons decrit en commengant.

La malade s'en rend compte, car naturellement elle s'analyse beaucoup trop, elle sent qu'elle ne vit pas comme tout le monde, qu'elle n'est pas dans lereel, mais dans un reve perp^tuel, qu'elle vit plus dans le pass6 que dans le present et c'est bien la chose du monde la plus surprenante qu'une personne si intelligente quand il s'agit de Tabstrait, du pass^, de Timaginaire devienne tellement absurde dans la r^alite presente. II est rare de voir aussi nettement Topposition des facult^s de Tintelligence et des facult^s de la volonte et de se rendre aussi bien compte de rinf(6riorite reelle de Tintelligence abstraite.

Peut-on esp^rer de nouveaux progres ? Ce serait a la condition que la puissance de Tattention augmentat beaucoup. Les excitations du cerveau ont ^videmment de bons effets, mais elles ne peuvent etre tout le temps rep^tees. II faudrait une meilleure nutrition c^r^brale, malheureusement I'^tat general de la sante ne permet guere de Tesp^rer. C'est une grande arthritique avectous les troubles de Tatonie gastrique, de la colite mucomembraneuse, des h^morroides ; mememaintenantqu'elle consent a manger, il faut beaucoup de prudence pour lanourrir, il est bien a craindre que cette faiblesse physique ne permette que diflicilement de nouveaux progres de Tactivit^ c6r6brale.

DEUXIfiME SECTION

Les sentiments d^ineompletude ne portent pas uniquement sur les fonctions corporelles ; plus souvent encore, ils portent sur I'intelligence, sur la volonte, en un mot sur les operations morales. Si de tels sentiments sont Torigine des obsessions de la honte, il est tout naturel que ces obsessions portent sur Tesprit plus fr^quemment encore que sur le corps.

Observations 167 et 168.— Obsession de Piinbdcillitdy obsession de la xn6chanoet6. — Depreciation person ne lie exprim6e avec doate, manie de V interrogation a propos de ces id^es de honte, sentiment d'insuffisance ; — menopause prematurde, aboulie, sentiment de honte,

Cette jeune fille de 19 ans, Gu^..., nous declare qu'elle est une simple imbecile, mais elle le dit avec un air singulier, en riant a demi ; elle serait tout a fait desol^e si nous la prenions au s^rieux. Cette femme de 4o ans, Gr..., est plus ^nergique encore en disant qu'elle est une imbecile m^chante, anssi son etat parait Taffecter davantage, car elle reste dans un coin a pleurer. II est facile de vous assurer que ces deux pens^es qui troublent si fort ces pauvres femmes sont des obsessions, qu'elles trouvent ellesmemes ridicules, la seconde malade consent seulement a les trouver exag6r6es. Pratiquement, elles ne se comportent toutes les deux ni comme des imbeciles, ni comme des mechantes : ce sont simplement des pens^es qui s'imposent a elles sans action s^rieusc ni sur leurs croyances ni sur leur conduite.

Cela n'empeche pas que ces deux femmes ne d^veloppent surabondamment dans leur esprit ces singulieres idees. La premiere ^num^re qu'elle n'a plus de m^moire, qu'elle se perd dans les rues, qu'elle ne sait plus lire le nom des rues, qu'elle a desappri§ la lecture, qu'elle n'est plus capable de se conduire sans faire de

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sottises, que tout le monde pourra se moquer d^elle, en un mot « qu'elle ne comprend rien a rien ». L'autre r^pete <c qu'elle n'est pas poHe, qu'elle parle et qu'elle parlera toujours grossierement, qu'elle n'a plus aucune honnetet6, qu'en un mot qu'elle se d^goi^te elle-meme et que cela lui fait un efiet horrible de se voir ».

De telles paroles sont tres fr^quentes dans le d^lire m^Iancolique, mais elles se pr^sentent alors avec un certain degre de conviction : ie m^lancolique a le sentiment qu'il ne gu^rira jamais, qu'il est absolument et d^finitivement mauvais. Ces malades, au contraire, sont tres incertainesdece qu'elles affirmant, la premiere rit d'elle-meme et la seconde qui est plus atteinte, qui plus prfes peut- Hre du delire m^lancolique, passe son temps a chercher des preuves de sa pr^tendue m^chancetd. Elle essaye de repasser dans sa memoire toutes les paroles qu'elle a dites a son pfere qui vient de mourir, afin de savoir si elle a 6te grossiere avec lui. C^est done qu'elle n'est pas bien convaincue de cette m^chancete. La forme de ces obsessions est done bien toujours la m^me, elle s'accompagne de manies mentales d'interrogation et surtout, chez la seconde malade, de quelquesangoisses.

Mais si la forme nous est bien connue, le fond, la mati^re de ces id^es nous etonne maintenant. Qu'est-ce qui peut bien amener ces personnes a se deprecier ainsi elles-m^mes ? Ce n'est pas la un phenomene accidentel. Ce genre d'idees est extr^mement frequent, il se complique souvent d'idees criminelles ou sacrileges. Les malades secroient capables d'une action honteuse etcherchent s'ils I'ont faite : nous avons choisi ici, au d^but de cette lecon, des cas simples oil le malade se m^prise tout simplement. Nous croyons qu'il serait bien difficile d'expliquer ce genre d'idees si frequent, si Ton ne voulait tenir compte que de I'^motlvit^ ou des angoisses. Que le malade soit ^motif, cela peut expliquer a la rigueur qu'il ait des peurs, qu'il ait meme des algies, mais pourquoi des emotions violentesferaient-ellesnaitre en lui I'id^e qu'il est un imbecile. II est evident pour nous que si Ton veut expliquer ces hontes de soi il faut admettre chez le psychasthenique d'autres symptomes que I'^motivit^, qu'il faut tenir compte des abaissements, des reductions de toutes les facult^s mentales. La hontede soi n'est alors qu'une expression exager^e et puerile de troubles r^els.

Cette jeune fille de 19 ans, fille d'une mere nerveuse et phtisique a present^, depuis Tage de i3 ans, une cataracte des deux yeux, que Ton a op^r^s successivement il y a quelques mois. Cette

c6cit6 croissante, les operations, I^ont beaucoup fatigu^e d'autant plus qu'elle est a T^poque de la pubert6, qui chez elle a ^t^ tardive, vers 17 ans. On I'a vue graduellement se troubler, devenir peu attentive, peu maitresse d'elle-meme, incapable de travailler ; il estvrai qu'elle a une diminution de lam^moire et qu'elle garde trespeu le souvenir des choses recentes. Elle en est venue a s'^tonner et a s'effrayer elle-m^medeces troubles, d'autant plus que les psychasth^niques ont un sentiment aigu de leur insuflisance. L'obsession d'imb^cillite n'est que Texpression de ces sentiments.

La seconde malade est plus singuliere, elle a d'abord presents un fait physique bien Strange, c'est un arret des regies avec Tapparence d'une v<^ritable menopause a Tage de vingt ans. Elle avait 6te r^gl^e normalement a Tage de i3 ans, les 6poques 6taient rest^es normales. A Tage de 19 ans, elle eut une fi^vre typhoide extremement grave, a la suite de laquelle elle eut encore trois fois ses regies, mais avec de grands ecarts, et sous forme de tr^s grandes h^morragies. Puis tout s'est arr^t6 et elle n'a plus jamais eu le moindre ph6nomene menstruel depuis 20 ans. Elle ne s'est pas marine et elle n'aplus jamais eu la moindre excitation g^nitale, tandis qu'elle pretend avoir 616 normale sur ce point auparavant : on dirait vraiment une menopause anticipee que nous nous bornons a constater sans chercher a Texpliquer . Nous avons deja vu, a propos des manies mentales, une jeune scrupuleuse qui n'avait jamais eu ses regies. II ne faut pas en conclure que les obsessions dependent de ces phenomenes genitaux, mais simplement que les affaiblissements ou degenerations du cerveau aecompagnent sou vent des degenerations d'autres organes. M. Hanot se plaisait autrefois a montrer retroitesse de Taorte chez les chlorotiques et les nerveuses, il s'agit dans ces maladies probablement d'un trouble general de tout Torganisme.

Apr^s cette maladie, la jeune fille qui semblait normale jusquela, changea de caractfere, elle devint trfes molle, tres indecise. « Elle a toujours eu depuis cette epoque, nous dit la dame qui Taccompagne,le caractere d'une enfant de douze ans, elle voulait toujours etre conduite par son pere et, a 4o ans, elle n'osait pas sortir seule. » Or son pere vientde mourir, de la toute la maladie, elle est plus affaiblie que jamais etelle a un sentiment d'isolement, d'abandon, qui augmente encore son indecision habituelle, elle ne se sent bonne k rien.Audebut,elledisaittoujoursqu'elle avait etemechante pour son pere et qu^elle lui avait mal repondu ; maintenant, elle exag^re

encore et se declare b^te et m^chante sur tous les points. Remarquez, a propos de cette derniere malade, qu'il n^y avail pas de tares h^r^ditaires bien nettes, mais que la fievre typhoVde a 20 ans a fait d'elle une d6g6n6r^e quoiqu'elle fiit normale auparavant.

Observation 169. — Obsession de jalousie. — Antecedents Mr4dUaires, stigmates de degin^rescence, aboulie, dmotion, sentiments dHncompl6tude et de depreciation personnelle,

II serait facile de vous presenter beaucoup de malades atteints de la honte de soi, mais comme elles ressemblent toutes beaucoup aux deux pr^c^dentes, il vaut mieux prendre quelques formes anormales de cette obsession. Yoici une obsession en apparence singuliere qui nous parait deriver de la honte de soi.

Cettefemme,Fa...,ag^e de 34 ans, est terriblement pr^dispos^e par ses antecedents, le grand-pere est mort fou apres avoir ^t^ vingt ans dans un asile, il y avait ete enferm^ apres un assassiaat. Le pfere fut ^galement aliene, mais seulement vers la fin de sa vie, une tante est encore dans un asile. La mere est une hysterique, deux cousins se sont suicides et une soeur a eu des crises d'hyst^rie. Nous vous faisons remarquer chez cette femme un signe curieux de d^g^n^rescence physique qui avait deja 6te signale par M. Fer^. L'iris dans les deux yeux est de couleur absolument diff(6rente, il est noir a droite, gris jaunatre a gauche. En outre, la pupille de Toeil gauche est tout a fait excentrique. En realite, comme nous Tont fait remarquer MM. Pitres et R^gis, ces signes physiques de deg^nerescence ne sont pas tres frequents chez les obs^d^s, on les trouve plutot chez les epileptiques et chez les idiots.

Cette femme a toujours eu tres pen d'^nergie et elle a eu bien des troubles abouliques ; un des plus curieux ^tait un d6sir maladif d'etre debarrass^ de son travail, elle ne pouvait supporter la pens6ed*unebesogne a faire, elle etaitmalheureuseetangoiss6e tant qu'elle ne Tavait pas termin^e. Elle avait toujours besoin d*un soutien et quand elle fut marine elle ne permettait pas a son mari de s'eloigner un instant. Elle a traverse ^galement plusieurs obsessions hypocondriaques. Mais les choses se sont beaucoup aggrav^es depuis I'Age de 29 ans, a la suite d'une maladie grave du mari.

Elle fut epouvant^e a la pens^e de le perdre et de se trouver seule, elle eut cependant quelque ^nergie tant que dura la inaladie ; depuis qu^il est gu^ri elle se laisse tomber completement. L'obsession qui s'est developpee depuis deux ans est la suivante : c'est UD sentiment ou une pens^e de jalousie a propos de tout ce qu'elle voit. Elle ne peut pas rencontrer une personne quelconque sans lui envier immediatement quelque chose. « Celle-ci est bien habillee, celui-la a une bonne mine, cet autre niarche bien, cette femme a un enfant, celle-ci a un mari, voila un homme qui sait parler, en voici un qui est vigoureux, voici une dame qui est charitable, cet individu qui payQ dans un magasin est honnete. » Cette pensee que nous r^sumons brifevement donne lieu chaque fois dans son esprit a un long developpement, elle se repete que cet individu a bien du bonheur d'etre ainsi honnete, que la vie est heureuse pour lui, et elle soufire, a cette pensee, d*une jalousie feroce. 11 est douloureux pour elle de constater ces bonnes qualites des autres, detail curieux, il lui arrive d'etre jalouse des malheurs d'autrui. a lis ont bien de la chance de pleurer leur pere, en voila qui ont du bonheur d'etre ainsi secoues par un grand malheur », et ces pensees Taffolent completement.

II est vrai que Texpression de ses obsessions est tres bizarre, maisa notre avis c'est uniquement Texpression qui est singuliere. Nous vous rep^tons qu*a Tinverse des idees fixes des hysteriques qui sont trfes nombreuses parce qu'elles sont souvent la reproduction d*t^venements exterieurs quelconques, les obsessions des psychastheniques sont toujours les memes, parce qu^elles expriment un ^tat mental qui est toujours le m^me. Elles ne diflerent que par I'expression qui varie suivant T^ducation, Tintelligence, le milieu du malade. Eh bien, la jalousie de cette femme n*est qu'une expression detournee de Tobsession d*imbecillit^ des malades precedentes. Quand elle envie Tintelligence, Thonnetete, la force, i*activite des passants, c'est comme si elle r^p^tait qu'elle est elle-meme sans honnetet^, sans activite, sans intelligence. On le lui fait dire facilement : « Pourquoi enviez-vous ces gens qui ont eu un malheur et qui pleurent ?

La maladb. — Parce qu'il me semblequ'il serait bon dc pouvoir pleurer parce que je me sens incapable d*en faire autant. »

Son id^e de depreciation personnelle est si grande qu'elle Tapplique a tout ce qu'elle possede, a tout ce qui Ta touchy : elle envie des femmes qui ont un mari et un enfant, mais elle a elle-

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