Bail, Revue scientifique, 1882, II
LES OBSESSIO:«S. I. — i8
LES STIGMATES PSYCHA
, d^autoiiiatisnic et les malades v< e d'extérieur qui pèse sur eux, < n mot ils vont attribuer à des qu'ils ne sentent plus dépendre .., jeune fille de 19 ans, qui est t aint ainsi : a depuis quatre mois , il me semble que je suis obligée [u'un me fait parler, on me sugj
pas ma faute si ma bouche marc s que ce n'est pas moi qui agis, eusse, dit Dob..., je suis comme me retenir, dit Claire, c'est comn comme si on m'enlevait ma liber lait d'avoir des pensées déshonn^ it un acte mauvais avec ma liberl ns bonnes, toujours poussée par I comprend bien que dans cette ^ ^oir d'autres sentiments bizarres s dangereux va être un désir fou
liberté qu'ils croient avoir perd ment que comme une réaction co n, l'amour singulier de la libert( les. On est, en ellet, surpris d'ui inents. Ils ont besoin de direction inscience et un maître et cepend » ; ils s'effarouchent si on leur ci
parlent sans cesse d^une indépe j. « Ce que je déteste le plus an ir à quelqu'un, si je fais des pro ent des autres, je veux sentir qu e liberté... » Lise se plaint toujo
a quelque chose qui me gène dai e ne suis jamais libre... c'est cel ni. » Le plus curieux est Voz..., je me constamment sur la liberté. « V fou de la liberté... il faut qu'on t a pour moi un sens précis c'est ids de toutes mes forces. »
ulres sentiments et d'autres idé iortir du même point de départ.
qu'il est trompé, qu^il est dupé par des gens plus habiles que lui. « Je suis constamment un garçon qu'on roule et qui s'en rend compte... » Il aime, ou il croit aimer une jeune fille et il interprète bien singulièrement son amour a c'est comme si la bellemère m'avait tendu un piège, je suis furieux de m'êtrc laissé rouler, attraper».
La plupart vont avoir simplement le sentiment qu'on leur en veut, qu'on les persécute : Voz... est persécuté par ses professeurs, Rp... par ses parents qui ont dû l'opprimer dans son enfance et qui doivent encore avoir la patte sur lui par l'interinédiairc de juifs puissants. Le délire de persécution est très voisin du délire du scrupule et je m'étonne qu'on les ait aussi complètement séparés l'un de l'autre ; nous aurons à étudier ce rapprochement.
Un sentiment fréquent c'est celui d'une domination irrésistible et mystérieuse qui dans un très grand nombre de cas estcomparée à Tobligation morale ou religieuse. « 11 me semble que c'est immoral d'agir ainsi, il me semble qu'il y a quelque obligation morale, quelque devoir sacré qui me pousse h agir ou qui m'empêche d^agir», c'est là un langage bien fréquent chez des malades qui n'ont pas encore, je le répète, d'obsession sacrilège ou d'obsession criminelle.
Mais souvent l'idée d'obligation mystérieuse est plus nette encore : a Quand j'étais petit, dit Rp..., je sentais une puissance mystérieuse qui me poussait, m'enlevait ma liberté, je croyais alors que c'était la sainte Vierge, maintenant je sens la même chose et je me demande s'il n'y a pas un sort contre moi. w « Cela m'exaspère, dit Nadia, de sentir toujours quelque chose de mystérieux qui me retient en arrière et m'empêche de réussir dans mes ambitions... il me semble qu'il y a une fatalité contre moi et elle ne me quittera pas tant que je vivrai... il me semble qu'il y a une fatalité qui plane au-dessus de ma tête et qui ne me quitte jamais... c'est mon destin qui amènera ce que je redoute le plus et qui me fera engraisser afin que je sois encore plus tourmentée... il y a une force qui me pousse à faire des serments idiots, c'est le démon qui me pousse. » « J'ai sans cesse, dit Gisèle, le sentiment d'une puissance supérieure qui m'étreint, le sentiment que je lutte contre quelque chose de supérieur, c'est cette puissance que j'ai appelée Dieu et que j'ai aussi envie d'appeler le diable » et Lise parle tout le temps de
le;
sen Bile Idée
eur ; to oie ipie leui l'hc lus mis ' à fau insi viez maî re).
je lef sen lie s mm tim(
qii ux )rer >ut end î li inai I fai i mu
jeux fuc 11
Une variété intéressante de ce sentiment «st l'impression de mensonge, de fausseté, de comédie que Ton retrouve si fréquemment chez les psychasthéniques. Bien des tiqueurs qui ont des torticolis psychiques ou des déviations de la taille connaissent mieux que leur médecin la nature de leur mal : « Mon médecin était inquiet et se demandait si je n'avais pas une coxalgie tuberculeuse, je n'étais pas tourmentée comme lui, car je sentais bien que c'était une comédie, il me semblait que je jouais la comédie et que je ne pouvais pas faire autrement. » Cette impression se retrouve même quand les malades n'ont aucun tic et ne trompent en réalité personne. « Ne croyez pas ce que je viens de vous dire, dit Claire, je crois que j'ai menti, j'ai toujours l^impression que je ne dis pas la vérité. » « Ma vie est una comédie perpétuelle, dit Gisèle, il me semble toujours que je joue un rôle et que je n'agis pas sincèrement. » On verra toute l'importance de ce sentiment en le rapprochant dés sentiments de rêve et d'irréel que nous allons retrouver à chaque instant.
Une autre variété va être le sentiment d'humililé, de honte qui se trouve chez quelques malades. Toq... ne se croit bon a rien, il se croit au-dessous de tous les autres, et Jean finit par se croire incapable de quoique ce soit ; il ne veut plus rien essayer, rien tenter, convaincu de son infériorité. « C'est triste, d'être pour tout le monde un objet de risée et de passer à mon âge pour un parfait imbécile. » La moindre des choses exaspère ce sentiment d'infériorité. En entrant dans une réunion il a déposé sa canne au vestiaire et il s'aperçoit que plusieurs des assistants ont conservé la leur ; de là un désespoir car il se sent moins queux et il est plus gêné que jamais.
Le sentiment de honte se retrouve chez une foule de sujets qui n'ont pas de véritables obsessions de honte, ils éprouvent ce sentiment d'une manière passagère et le trouvent eux-mêmes ridicule. A bien plus forte raison ce sentiment est-il considérable chez tous les malades chez qui nous avons décrit les obsessions de la honte du soi et les obsessions de la honte du corps. C'est un des sentiments essentiels des scrupuleux, mais j'ai insisté pour montrer qu'il se développait à la suite d'une foule de sentiments d'inachèvement et d'incomplétudé de l'action.
M. Mourre, dans une étude sur l'aboulie, a montré l'impor-
volontaire, plus il a chance d'éveiller tous ces sentiments d'insudisance de la volonté. On comprend donc que ces actes soient variables suivant les sujets, les uns, et ils sont nombreux, sont surtout préoccupés d'actes religieux et le trouble s'éveille au début dans les églises. Tout h fait au début Claire ne ressent ce sentiment de difficulté, ces indécisions, cet automatisme qu'au moment de faire ses prières et de se confesser. Chez d'autres l'acte grave va être l'acte professionnel : envoyer des dépêches ou rouler des pétales de rose en porcelaine, etc.
Mais il y a une catégorie d'actes qui ont le privilège d'être difficiles et importants pour tout le monde et d'exiger une certaine somme d'attention volontaire, ce sont les actes qui doivent être exécutés en public devant nos semblables. Je ne vois pas dans la timidité un phénomène spécial, ce n'est h mes yeux qu'un cas de tous les troubles précédents. Aussi nous ne serons pas étonnés que tous ces malades soient des timides, c'est-à-dire qu'ils éprouvent au suprême degré les troubles précédents quand ils doivent accomplir des actes devant des témoins. Mt..., femme de 4i ans, est surtout gênée dans ses actes quand sa femme de chambre est présente, c'est à ce moment qu'elle sent son action automatique et ridicule. « Je suis gênée, dit Fiç..., quand il y a deux personnes qui me regardent. » «Je ressens un effet étrange, dit Ei..., femme de 4^ ans, quand il y a du monde il me semble que jagis bêtement, que je ne suis plus libre de faire ce que je fais, je retrouve ma liberté quand je suis seule. » On retrouverait les mêmes sentiments chez Dob..., chez Jean, et surtout chez Nadia. Celle-ci a, comme on l'a vu, un si grand besoin d'affection qu'elle voudrait se montrer aimable avec tout le monde et elle fuit plus d'attention que jamais à sa conduite quand elle est avec des personnes à qui elle veut plaire. «Cela me gêne de dire des choses aimables que je voudrais bien dire, je me trouve stupide, je suis tout à fait dégoûtée de moi même. » Je ne discute pas ici le rôle des phénomènes émotifs dans les phénomènes d'intimidation, je constate seulement que les sentiments d'insuffisance de l'action se montrent souvent dans les mêmes circonstances où cette émotion prend naissance.