Sentiments de récolte
Enfin il ne faut pas oublier que la volonté n'est pas toujours
L'INCOiMPLÉTUDE DANS LES OPÉRATIONS INTELLECTUELLES 281
par Tétude des autres sentiments du même genre qui se présentent à propos des perceptions et des émotions.
2. — Sentiments d'incomplétude dans les opérations intellectuelles.
Les crises précédentes de rumination, d'agitation ou d'angoisse commencent à Toccasion d'un travail intellectuel, d'une perception, d'un eflTort d'attention comme à l'occasion d'un acte volontaire. On retrouve a propos de cette opération intellectuelle les mêmes sentiments que nous avons constatés a propos des actes volontaires.
I . — Sentiments de difficulté des opérations intellectuelles.
Ces malades prétendent d'abord que le travail de l'esprit leur est devenu à peu près impossible, à cause des difficultés qu'il présente et des souffrances qu'il leur cause. Tous se plaignent d'avoir des douleurs dans la tête quand ils veulent appliquer leur esprit ; nous avons vu d'ailleurs que l'attention est très souvent le point de départ des agitations, des ruminations et des angoisses. Aussi Jean a-t-il une grande terreur de l'attention, a qui va lui donner des coups à l'estomac... », il faut des exhortations et des précautions inouïes pour obtenir quelques instants de lecture. [^ise également se plaint des fatigues que lui cause la lecture, des difficultés qu'elle éprouve h faire un petit calcul. Beaucoup de sujets comme Vob..., Ck... s'épouvantent et se mettent en colère si on essaye de fixer leur attention ou de leur faire accepter une occupation régulière.
Cette résistance s'explique en partie par le sentiment qu'ils ont de Vinsuffisance de leur attention : ils sentent qu'elle ne se fixe pas et n'arrive pas à l'unité. « Quand je tiens une conversation, dit Jui..., je voudrais bien pouvoir penser à ce que je dis. )> Lise sent toujours un engourdissement, un état vague, une gène énorme de la pensée; elle n'a jamais la disposition de l'esprit tout entier, elle sent qu'elle ne se donne jamais complètement h ce qu'elle fait « ce que je lis, même ce que je regarde, n'est pas bien
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abouliques : (c Elle assure qu^elle se trouve dans la situation d'une personne qui n'est ni morte ni vivante, qui vivrait dans un sommeil continuel, h qui les objets apparaissent comme enveloppés d'un nuage, à qui les personnes semblent se mouvoir comme des ombres et les paroles venir d'un monde lointain *. »
Un malade de Krishaber expliquait ainsi d'une manière très fine ce sentiment de perception incomplète : « Il se faisait comme une atmosphère obscure autour de ma personne, je voyais cependant très bien qu'il faisait grand jour. Le mot « obscur » ne rend pas exactement ma pensée; il faudrait dire « dumpf » en allemand qui signifie aussi bien lourd, épais, terne, éteint. Cette sensation était non seulement visuelle, mais cutanée. L'atmosphère dumpf m'enveloppait, je la voyais, je la sentais, c'était comme une couche, un quelque chose mauvais conducteur qui m'isolait du monde extérieur '. . . » Il est inutile d'ajouter d'autres exemples qui seraient absolument semblables: j'insiste seulement pour rappeler que de tels sentiments ne sont pas particuliers, comme le croyait Krishaber, il une névrose spéciale, mais qu'ils se retrouvent h chaque instant sous la forme simple « du voile, du nuage » ou sous des formes plus spéciales chez tous les psychasthéniques.
L'une de ces formes spéciales les plus curieuses est constituée par le sentiment àe jamais^s^u et d'étrange. Dans beaucoup d'observations, Krishaber remarque que les objets semblent étranges, qu'ils deviennent drôles, qu'ils sont plats et qu'un homme apparaît à ces malades comme une image découpée et sans relief.
Le malade de Bail vit se produire un changement brusque, étrange dans Tapparence des objets qui ne lui paraissaient plus les mûmes ; il ne leur trouvait plus de relief, c'est-à-dire plus d'apparence naturelle^. Ces expressions se trouvent répétées si souvent par nos malades qu'il faut se borner à citer brièvement quelques exemples. « Les choses ne me paraissent plus de la même façon qu'autrefois. » (Lap...) u Quand je suis fatiguée, mes yeux sont affectés du même trouble que mes oreilles, tout ce que je vois, les dessins du mur de ma chambre me paraissent étranges comme le son de mes paroles. » (Dob...) « Le monde est drôlement fait,