‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 220 sur 288 · I . — Les ascensions du nweau mental · texte numérisé non relu

I . — Les ascensions du nweau mental

Les malades présentent en effet assez souvent des amélioi remarquables non seulement au moment de la guérison encore au cours de la maladie. II est rare que la guérison s d*une manière continue et graduelle ; presque toujours soi fluence du traitement, ou sous Tinfluence de diverses ci tances, les malades changent brusquement, se transformen dant quelques heures ou quelques jours, puis retombent leur état habituel. Ce sont ces périodes que j'ai déjà eu Toc d'appeler des instants clairs^.

Ces périodes, par exemple, sont très nettes chez Lise, el très intéressant de remarquer ce qui les caractérise. La r est a ce moment en partie débarrassée de ses obsession n'arrive jamais à s'en débarrasser complètement. Les idé< constituaient sa rumination lui semblent s'éloigner, quoi< les sente toujours tout près d'elle et prêtes à réapparaîl premier appel, mais en somme l'esprit est beaucoup plus et cesse les serments, les pactes, les discussions perpétuell le remplissaient précédemment. En même temps je ren chez la malade tout un ensemble d'autres changements.

Lise a sur elle-même des sentiments différents : elle s moins partagée, moins divisée a enfin, dit-elle, je suis plus u plus moi-même » comme elle se rend mieux compte d'elle-i elle apprécie mieux ses sensations, elle n'a plus cet engoui ment, cette diminution de la sensation de la douleur que avions observée sur elle et elle se plaint maintenant d'une sen de fatigue « à laquelle elle ne faisait pas attention aupara> Cette sensibilité ou plutôt cette faculté de donner plus d'att aux sensations et aux perceptions présentes existe aussi au et la malade paraît changer de caractère. Elle devient pli oeplible, plus impressionnable et supporte moins facilemei foule d'ennuis de sa situation, qu'elle ne remarquai! mên auparavant. L'activité également a augmenté, ses parent étonnés de la trouver plus en train, plus vivante, moins ter en effet la voici qui peut travailler, s'occuper de l'éducation enfants, lire et s'intéresser à sa lecture, etc. Enfin je note <

1. Revue philosophique, 1891, et Névroses el Idées fixes y 1898, I, p. 49-

52G THÉORIES PATHOGÉNIQUES

sommeil est devenu plus profond et plus calme, quelquefois elle se réveille en sursaut étonnée de ne plus dormir à sa façon ordinaire et de se laisser aller au sommeil profond sans rien ruminer. Le sommeil hypnotique même et la suggestion semblent avoir augmenté d'une façon sensible.

Les mêmes observations peuvent être faites sur Claire. Il y a des moments où elle n*est plus au fond de son précipice et ne se croit plus une personne aussi indigne. «Je reconnais, m'écrit-elle, que depuis trois mois j'ai été moins tourmentée, que vous avez secoué mon engourdissement et que je suis remontée. » Elle ne nie plus le bien qu'elle peut faire, elle a un sentiment a d'être meilleure, de revenir dans la bonne route, de traverser un mur qui la gênait. » La confiance en Dieu et la foi dans la religion reviennent. Il est très intéressant de remarquer à ce propos que la croyance revient Bans que le sujet ait rien lu, rien entendu de nouveau sur la religion. De même que la foi est partie sans qu'il y ait eu de discussion, de même elle revient sans qu'il y ait eu de démonstration, tellement les raisons proprement intellectuelles sont pour peu de chose dans ces croyances.

Claire signale en même temps d'autres changements : les idées sont moins vagues, plus précises, moins compliquées, les souvenirs sont plus nets, « j'ai été vraiment mieux, dit-elle, extérieurement comme au dedans, j'étais plus gaie, plus active, c'est que j'avais passé plusieurs personnes, j'avais traversé une mauvaise personne qui me faisait peur, j'avais beaucoup moins de personnes en moi, mes idées s'enchaînaient mieux, j'avais presque l'unité de l'esprit. Je me suis intéressée davantage à ce qui se passait autour de moi, tout me paraissait plus réel et plus facile, oui j'étais tout près de la réalité et aussi de la religion, il me semblait que j'étais plus près des choses, je les reconnaissais mieux quoique je ne les avais pas vues depuis longtemps, mon sommeil même était plus réel et mes rêves plus nets, car j'en avais moins à la fois )>.

Ces deux exemples sudisent car les autres seraient analogues pour nous montrer que dans ces instants clairs tous les symptômes se modifient dans le même sens. Les obsessions s'éloignent, les ruminations et les phobies diminuent, mais en même temps, les sentiments d'incomplétude disparaissent et l'on assiste à une restauration des phénomènes psychologiques supérieurs, de la volonté, de Tuttention, des fonctions du réel. La transformation

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atteint même les fonctions physiologiques, les digestions sont meilleures; « quand j'ai de l'excitation cérébrale, dit Gisèle, quand je sens du plaisir et de Tunité dans mon esprit, je digère bien, il me faut une petite fièvre d'enthousiasme pour m'aider à digérer, » bien mieux des malades qui ont d'ordinaire beaucoup de pertes blanches, voient se tarir ces sécrétions vaginales pendant les périodes d'ascension morale. En un mot la plupart des symptômes neurasthéniques qui ont été énumérés, se modiBent favorablement en même temps que l'esprit lui-même.

Il en résulte que ces ascensions nous posent un problème comme les abaissements. De ces différents phénomènes qui se modifient ensemble, lequel faut-il considérer comme primitif? Quel est le phénomène qui se restaure le premier et qui par sa restauration amène la modification constatée dans tous les autres ? Pour le savoir il faut chercher quelles sont les conditions qui déterminent ces améliorations même passagères et sur quel phénomène elles ont agi primitivement.

Je ne crois guère que cette modification commence par les obsessions proprement dites. Il semble bien difficile d'agir directement sur ces idées qui obsèdent les malades. Une des choses qui surprend le plus, quand on examine des obsédés, c'est l'impuissance du raisonnement. On veut tout d'abord démontrer au malade l'absurdité de l'idée qui le tourmente et on essaye de le convaincre qu'il est inutile de s'en préoccuper. Claire prétend en gémissant qu'elle serait guérie si elle croyait à l'existence de Dieu et Lise promet de retrouver la tranquillité si elle sait que le diable n'existe pas : on se laisse entraîner à éprouver la force des arguments philosophiques. Hélas leur résultat est bien médiocre ; les malades font semblant d'écouter, ils discutent quelquefois et avec finesse, mais on peut continuer la conversation pendant des heures sans modifier en rien leur état d'esprit. Quand on les voit s'améliorer, la logique n'y a été pour rien ; Claire retrouve la foi en Dieu sans avoir trouvé aucun argument nouveau et Lise renonce à se préoccuper du démon sans avoir mieux compris les arguments contre le dualisme. Leur amélioration a son origine dans un phénomène plus profond que les idées de la raison.

Quelquefois surtout au début ces améliorations surviennent sans raison bien apparente. Claire, au début de sa maladie, vers

INFLUENCES QVl DÉTERMINENT L'ÉLÉVATION DU NIVEAU MËNTaL b^

ces malades, Mb... s'en est bien trouvée pendant plusieurs mois, Qsa... continue sa digestion tranquillement et arrête sa crise des efforts de vomissements après une piqûre d'un centigramme de morphine. Bien entendu ces malades finissent par ajouter la morphinomanie à leurs autres misères. Quelques-uns se bornent à une excitation moins dangereuse, celle de Talimentation. Ppi..., agoraphobe et timide, a toujours dans sa poche un fort morceau de pain et de jambon, dont Tingestion faite à propos lui donnera l'assurance nécessaire.

D'autres procédés physiques seront également utiles, Bei..., Wye... retrouvent leur personnalité pour un moment quand elles prennent une douche froide. « De l'eau bien froide sur la tête, dit Jean, et pour un moment l'on saisit le monde extérieur un peu plus fortement ». Il en est ainsi chez beaucoup de malades pour un temps malheureusement court. Pour quelques-uns il suffit « d'une belle matinée ou d'un beau temps » pour dis;3iper les gênes et les obsessions a que le soleil me rie et me voilà honnête homme ». On verra dans l'étude de l'évolution l'influence remarquable de certains états comme la grossesse et la fièvre : ce sont toujours des excitations qui déterminent ces instants clairs.

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