‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 25 sur 288 · LA PERMANENCE ET I/H:V0GATION DE L'OBSESSION · texte numérisé non relu

LA PERMANENCE ET I/H:V0GATION DE L'OBSESSION

quand elle est à peu près guérie et tranquille, Gisèle sait bien que son idée, ses remords de vocation ne sont pas loin, « cette idée me gratte toujours, le regret de la vocation religieuse c'est le chat qui dort, il ne faudrait pas m'amener à y penser un peu, tout ne demande qu'à recommencer ». On voit donc que ces idées réapparaissent très souvent dans l'esprit, ne disparaissent même Jamais d'une manière complète.

Ici encore on peut dire que l'attention volontaire peut maintenir notre esprit sur un même sujet. Cela est bien rare et il faudrait au moins que, par son intérêt, par l'importance que l'esprit lui accorde, une pareille prolongation de l'attention pût se justifier. Il est loin d'en être ainsi dans nos exemples.

Cette durée, cette permanence de l'idée ne doit cependant pas être considérée comme un phénomène tout à fait automatique qui se prolonge de lui-même. Le sujet prétend bien que l'idée vient d'elle-même, qu'elle persiste quoiqu'il ne fasse rien pour la conserver, quoiqu'il souhaite de tout son pouvoir sa disparition En réalité il nous trompe ou il se trompe lui-même. Lise veut être soignée et guérie, cependant elle est très agitée à la pensée qu'elle pourrait être hypnotisable. C'est qu'elle a bien peur que pendant le sommeil hypnotique on n'efface complètement son obsession, elle y tient au fond et ne veut sacrifier que « ce qu'elle a d'exagéré ». Quand elle va réellement mieux et que l'idée a une tendance à s'effacer « il faut qu'elle cherche à y repenser pour être tranquille, je ne puis pas me décider à n'y plus penser ». En réalité pendant que je m'efforce d'effacer ces idées elle fait « un effort horrible pour ne pas les perdre et elle ne peut s'empêcher d'être heureuse quand je ne réussis pas ». Dans un léger état hypnotique qu'on détermine sur elle et dont je reparlerai, j'essaye de contredire ses idées fixes, de les dissocier, de les modifier. Cela provoque des crises de résistance excessivement curieuses. Elle s'écarte de moi avec horreur, elle se raidit en sortes de contractures, elle serre les dents pour ne pas répéter les paroles que je lui suggère. Elle supplie qu'on ne lui enlève pas des idées enseignées par l'Eglise. Si elle obéit un peu c'est avec toutes sortes de réserves. Elle dit bien, pour expliquer ses résistances, que c'est le diable qui résiste et non pas elle^ mais en fait elle y tient ellemême beaucoup. « Quand on a vécu dix ans avec une idée on ne peut plus s'en passer. » Aussi ne cède-t-elle que très peu et pour un moment seulement avec la plus grande crainte d'engager

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[lir. Elle se résigne simplement à remettre son idée à plus et se console en se disant « quand je le voudrai bien, j y nserai ».

s mêmes entêtements et les mêmes résistances se repro- ;nt chez Claire et amènent des scènes qui sont véritablement ques. Claire vient de me dire qu'elle est désolée de s'accuser même d'immoralité, car elle sait au fond que ce n'est pas Je lui réponds en abondant dans son sens, en lui disant le est une jeune fille très estimable et que je la sais incapable •ute malhonnêteté. La voici furieuse contre moi, disant que je loque d'elle, que je n'en pense pas un mot, qu'elle ne tolérera [u'on la contredise ainsi. Elle se met à pleurer et elle supplie n ne lui enlève pas son dernier espoir. « Si je ne me croyais Immorale, je ne ferais plus, aucun effort pour arriver à me gcr, je serais absolument perdue. » Jamais elle ne tolère au fond Q contredise son délire. En réalité la permanence de l'idée pas chez les scrupuleux un fait aussi automatique que chez lystériques; il résulte d'un effort permanent pour maintenir întion sur une même idée; c'est une sorte de manie de la ? des idées.

îtte fréquence de l'idée est en rapport avec un autre caractère ►rtant, la facilité des reproductions. Si l'idée revient si souvent

l'esprit c'est qu'elle est évoquée par d'innombrables phénols en apparence sans grands rapports avec elle. Il est toute catégorie de malades très nombreux qui résument leurs mats en disant qu'ils ont peur des couteaux. Cela signifie que la d'un couteau ou d'un instrument dangereux éveille immédiaint dans leur esprit la pensée de frapper, de tuer à coups de eau la personne qu'ils aiment le mieux. C'est là, comme on l'a une obsession criminelle extrêmement fréquente chez les puleux. Il en sera ainsi pour tous les objets, pour tous les lomènes qui peuvent être considérés comme faisant partie de B obsédante à un titre quelconque, comme objet, comme insent du crime, comme élément de l'action vertueuse ou mau- ! à laquelle songe le malade. Qes... a horreur des escaliers, des très parce que nous savons qu'elle pense au suicide. Vi... ne

voir un puits, ni une rivière. Bor... craint les images reli- »es, les églises, les hosties parce qu'elle a immédiatement dées sacrilèges. Brk... ne peut plus voir les enfants, cela

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éveille l'idée de les tuer. Qd..., scrupuleuse qui se reproche de ne pas avoir bien soigné son mari, est obsédée par la pensée qu'il va avoir une fluxion de poitrine ; son obsession la prend quand il tousse ou quand il touche à son mouchoir. Za... qui se sent poussée à avaler des épingles ou a en jeter dans les aliments des autres est tourmentée par son obsession quand elle doit manger ou quand elle doit toucher à une boîte h lait. Gisèle qui a des remords de vocation parce qu'elle n'est pas religieuse souffre de cette idée h propos de tous ses « devoirs d'état ». Le fait de recoudre un bouton lui fait penser qu'elle a un ménage, qu'elle est mariée, qu'elle n'est pas religieuse. « Mon enfant est devant moi comme un remords vivant, sa vue me fait mal. »

Le point de départ de l'association peut être moins déterminé. Ce ne sera plus un objet qui entre comme partie intégrante dajis l'idée, ce sera un objet qui par sa forme ou simplement par son nom ressemble à un des objets précédents: l'association se fera par ressemblance lointaine. Xa... (2o4) est terrifiée parce qu'une de ses bonnes s'appelle Antoinette, ce qui fait pensera l'échafaud et au crime. Claire ne peut plus voir de bouteilles ni d'objet long, sans voir le membre viril qui souille l'hostie.

11 suffira même d'une association de contiguïté dans le temps ou dans le lieu. Si l'objet a été vu à un moment où l'idée obsédait l'esprit, par le fait de cette contiguïté dans le temps il devient dorénavant capable de l'évoquer. « Si j'ai eu une idée en me lavant les mains, elle reviendra toujours dès que je verrai une cuvette. » «^e pensais à mon chien enragé en traversant la place de la Concorde, dit Fi... (83) et depuis, cette place m'est odieuse et je ne puis rien tolérer qui me la rappellp. » Il ne veut plus entrer dans son cabinet de travail parce que sa femme y a pénétré en portant une robe qui peu auparavant avait traversé la place de la Concorde. C'est ainsi que Lod... et Lise ont pris l'horreur de leur mobilier, parce qu'elles se trouvaient sur telle ou telle chaise quand elles avaient telle ou telle idée. C'est pourquoi certains de ces scrupuleux sont améliorés, il faut le savoir, simplement quand on les change de milieu parce que tous les objets du milieu habituel ont pris une influence évocatrice. C'est pourquoi enfin ils retombent malades en rentrant chez eux. « Je retrouve toutes mes idées en rentrant chez moi comme un paquet posé, dit Gisèle, chaque meuble en est un vrai nid. » Elle ne se rappelle les lieux et Içs temps que par les obsessions qu'ellç

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avait dans ces circonstances, et en évoquant telle période de sa vie, elle retombe dans une obsession correspondante.

La facilité et la complication de ces associations d'idées peut aller encore plus loin, et l'histoire de Jean est tout à fait instructive à cet égard. Il a des obsessions relatives à la masturbation, mais tout lui rappelle la masturbation. Le nez, par exemple, lui semble avoir des rapports avec les organes génitaux parce que les odeurs sont excitantes et il ne peut plus porter un lorgnon: « c'est comme si cela me comprimait les organes, » Il ne peut plus se moucher de même qu'il ne peut plus uriner « car le mouchage ou l'urinage me font le même effet que la masturbation ».

Nous avons déjà vu que ses scrupules génitaux se sont particulièrement localisés sur deux femmes de sa connaissance. Tout ce qui peut lui rappeler l'une ou l'autre de ces deux femmes va évoquer le délire et l'on est étonné de la subtilité de l'association. 11 ne peut plus marcher avec certaines bottines parce qu'il s'est aperçu une fois qu'il y avait sur elles le chiffre 49- Or la dame de ses pensées avait 49 ans quand l'obsession a commencé. 11 a la peur du chiffre 58 parce qu'une autre dame est née en i858. Il ne peut écrire de lettres parce que la correspondance lui fait penser a un bureau de poste où il a vu cette personne. Il ne peut se coucher dans son lit parce que ce lit est dirigé de manière que la tète soit dans la direction de la province où se trouve l'une de ces dames ; il ne peut manger a table quand il tourne le dos au quartier Montmartre où il a rencontré l'autre. Il est effrayé par tous les noms qui commencent par un A, car ces noms évoquent la pensée d'un de ces prénoms. Le dernier incident peut dispenser d'énumérer toutes ces associations d'idées. On lui sert à table un gâteau qu'il trouve bon, et par malheur il en demande le nom. Sa mère lui répond : « c'est une Charlotte. » Une terrible crise s'ensuivit : H avait avalé Charlotte, il avait sa tête dans l'estomac, il l'avait dans le sang, et toutes les idées erotiques étaient cpouvantablement surexcitées par cette présence continuelle de Charlotte au dedans de lui-même.

Bientôt l'association semble se généraliser. Il ne suffit pas que la moindre consonance vienne faire penser à l'une de ces deux personnes. Toute femme, tout objet de la toilette féminine et même la présence de sa pauvre mère suffit à évoquer tout le délire. Un détail quelconque capable d'évoquer la pensée de l'inconduite amène le même résultat. Il suffit qu'il ait entendu

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