Cf. Kraffl-Ebing, P^yc/i/a/ne, 1897, p
2. Fr. Boissier. Essai sur la neurasthénie et la mélancolie dépressive considérées dans leurs rapports réciproques. Thèse 1894, p. a3 et sq.
gieuse qui est un rétrécissement volontaire ou involontaire de la conscience est une sorte de remède aux troubles de cette insuffisance, je ne fais que signaler le problème que j'espère reprendre d'une façon plus complète dans Tétude des extatiques.
Une autre maladie mentale me parait à signaler au cours des obsessions, c'est la confusion mentale ou la stupeur telle que Tavait décrite récemment M. Chaslin. On vient de voir l'indication rapide d'une maladie grave qu'a traversée Nadia, à la suite d'une nouvelle désagréable pour elle. Au cours de cette maladie, elle est tombée dans un état de tristesse et d'inertie beaucoup plus grand qu'à l'ordinaire, elle restait des heures entières immobile sur sa chaise, les yeux vagues, disant qu'elle n'était plus préoccupée par ses idées et qu'elle ne pensait à rien. La faiblesse augmentant, elle dût s'aliter et elle resta trois mois à peu près sans conscience pouvant h peine répondre et d'une manière peu correcte à quelques questions très simples.
J'étais disposé à croire que dans ce cas le rétention des matières fécales, la stercorhémie avait joué le rôle principal pour provoquer la confusion mentale. Il n'en est pas de même dans le cas suivant: Eu..., jeune fille de 27 ans, est une obsédée scrupuleuse depuis Tâge de 10 ans, scrupules de confession, impulsion au suicide, etc. Elle a appris l'année dernière la mort de sa mère et s'est mise en tête à ce propos l'idée obsédante qu'elle l'avait tuée ; de là des regrets, des remords, des idées de suicide, des pseudohallucinations, elle croyait entendre la foule qui la huait, le diable qui lui parlait et elle murmurait : «va-t-en, Satan». Cependant elle conservait encore sa lucidité. Trois mois après, elle refuse de manger et ne paraît plus comprendre, elle cesse de répondre aux questions et on l'amène dans un état de stupeur complet. Je n'en puis tirer aucune explication et il est visible qu'elle ne comprend plus.
Elle demande seulement «où suis-je, qui êtes-vous?» et ne comprend pas les réponses ; elle est d'ailleurs docile comme un enfant et se laisse maintenir au lit, mais elle refuse de manger et elle gâte. J'ai dû la nourrir à la sonde pendant 2 mois; préoccupé par le souvenir du cas précédent, j'ai constamment surveillé les selles qui sont toujours restées suffisantes. La malade s'est rétablie graduellement : elle est revenue à la conscience comme font souvent les confus avec le souvenir net des scrupules antérieurs mais sans aucune notion de la période de stupeur.
si l'on songe que les scrupules, les remords interminables deconfession, les hontes du corps si fréquents chez les jeunes gens peuvent aboutir à la confusion des hébéphréniques dont le pronostic est si sombre on ne sera plus disposé à considérer ces troubles de l'esprit comme peu dangereux et comme si éloignés de la folie proprement dite.
Enfin parmi les terminaisons fatales de la maladie, il ne faut pas oublier de signaler la terminaison par le suicide dont M. Séglas a signalé la fréquence. Je n'ai pas eu l'occasion d'en relever des exemples, et je crois le fait assez rare à cause de Taboulie de ces malades. Mais II existe cependant et doit être redouté, parmi les accidents possibles de cette maladie.
En dehors de ces complications, étrangères en réalité à la maladie proprement dite, il est intéressant de rechercher comment se termine la maladie psychasthénique quand elle garde jusqu'au bout ses traits caractéristiques et ne se transforme pas en une autre psychose.
Les premiers observateurs ont été frappés de ce fait que les obsédés n'arrivent pas au délire complet et que la maladie n'aboutit pas à une démence. C'était l'opinion soutenue dans le rapport de M. J. Falret en 1889. C'était également la thèse soutenue dans le livre de MM. Magnan et Legrain : « C'est un fait remarquable, disent-ils, jamais dans ces cas on n'observe la moindre modification du syndrome qui reste toujours semblable h lui-même. Il n'évolue pas, il ne se transforme pas, jamais il ne devient l'origine d'un délire proprement dit, comme on l'écrit quelquefois en confondant l'idée obsédante avec l'obsession pure ; jamais il ne se termine par la démence*. »
D'autre part, quelques auteurs remarquent justement que les troubles vont en augmentant, rendant l'existence de plus en plus anormale; MM. Marie etVigouroux proposaient de considérer cet état terminal « comme une démence spéciale* ».
I. Magnan et Legrain, 1896. p. i65. Cf. Séglas, Maladies mentales, p. 87. a. Marie et Vigoiiroux. Congrès des aliénistes el neurologistes français. Angers, août 1808.
peu, elle reçoit quelques visites assez rares, elle semble intelligente et cependant voici cinq ans qu'elle n'a pas quitté la chaise longue et qu'elle passe ses jours et ses nuits à avaler lentement, goutte à goutte, un peu dejauned'œuf. Nadia, à trente, ans est arrivée à se séquestrer dans un petit appartement qu'il est devenu impossible de lui faire quitter, elle ne reçoitjamais qu'une ou deux personnes et rarement, elle n*a plus aucune relation avec le monde, mais elle a encore quelque activité puisqu'elle se livre avec grand succès à quelques petits travaux artistiques. Au contraire, Leg... à 45 ans est devenue complètement immobile, elle reste toute la' journée sur une chaise, ne faisant absolument plus rien et n'osant même pas remuer ou parler de peur d'envoyer des microbes et du poison sur les personnes présentes. Xa... à 65 ans ne veut même plus s'asseoir, elle reste debout ou accroupie au milieu de sa chambre, son dernier fauteuil ayant été contaminé par une personne qui s'est assise dessus. Elle ne voit plus personne et il faut deux gardes pour arriver h lui faire accomplir les actes nécessaires à la conservation d'une aussi pauvre existence. Sans doute ces malades parlent encore raisonnablement : la dernière est même capable, depuis que je suis parvenu à la faire asseoir, de soutenir une conversation et de rire d'elle-même.
Un type tout à fait remarquable a ce point de vue est Fik... (i58). Cette femme, âgée de 60 ans, parfaitement bien portante, sans aucune infirmité, intelligente et riche, qui pourrait mener une vie tout à fait raisonnable et agréable en est arrivée à une existence absurde qui la met au désespoir. Elle ne peut plus accomplir aucune espèce d'action, elle ne peut recevoir personne, ni aller voir personne. Fille peut à peine sortir dans les rues, elle ne peut s'occuper ni de toilette, ni de religion, ni d'un travail quelconque, ni d'une lecture, ni de quoi que ce soit. Elle peut ii peine se nourrir d'une manière raisonnable et encore faut-il qu'elle mange après les autres, qu'elle soit seule à table. Elle peut difficilement dormir et même se coucher et souvent elle passées heures étendue sur un fauteuil. Toute action, ou plutôt tout commencement d'une action car elle n'en fait aucune, détermine des ruminations, des phobies, des angoisses interminables. Mais tout cela ne serait rien si cette pauvre femme n'avait un caractère épouvantable, d'une susceptibilité, d'une intolérance, d'un autoritarisme inouïs. De même que toute action lui parait possible quand il ne s'agit pas de l'action présente, toute per-
pas fatales. MM. Pitres et Régis ^ ont fait une observation très remarquable à propos des tables statistiques qu'ils avaient dressées sur l'Age de leurs malades et cette remarque peut se répéter exactement sur les miennes. Il est certain, soit pour ces auteurs, soit pour moi, que plus des 3/4 de nos malades en traitement sont jeunes, au-dessous de 3o ans et que le nombre des malades en traitement diminue très rapidement à mesure que nous considérons des âges plus avancés. Comment expliquer le fait ?
On peut dire d'abord que quelques-uns des malades jeunes meurent; mais les morts sont rares chez les obsédés. Quelques-uns doivent se dégoûter des traitements, leur nombre ne doit pas être grand, quand on voit combien ces malades aiment à être dirigés. Il ne reste qu'une explication possible, c'est que les scrupuleux sont en réalité de moins en moins nombreux h mesure que Tàge s'avance et qu'un très grand nombre, plus de la moitié, a du guérir avant d'arriver à 4o ans. Cette notion que nous apprend le raisonnement est confirmée par l'observation. On voit un grand nombre de malades s'améliorer vers la fin de la jeunesse. II en est de cette maladie exactement comme de l'hystérie qui se développe très fréquemment, chez les femmessurtout, à Tàge de la puberté physique ou morale et qui diminue ou disparaît quand cette double évolution est bien terminée, c'est-à-dire de 25 à 3o ans, car il s'agit de sujets dont le développement est lent et dont l'évolution est en retard. Bail disait déjà que les malades atteints à l'époque de la puberté ont des chances de guérison, parce que l'évolution progressive de l'organisme peut les débarrasser de cette faiblesse. Legrand du Saulle, Kraflt-Ebing parlent aussi de ces guérisons, j'en ai observé un très grand nombre.
Quand les idées fixes diminuent, les malades repassent en sens inverse à travers la série des phénomènes qui se sont développés au début. Ils oublient les obsessions proprement dites mais conservent d'abord des manies, des tics, des phobies, puis quand ils les perdent, ils restent simplement abouliques, enfin dans les cas les plus heureux l'aboulie tend à disparaître au moins jusqu'à l'époque des rechutes; les observations de Bor..., de Toq..., etc., sont démonstratives à ce point de vue. D'autres malades qui ont dépassé ce terme tardif de révolution de la puberté guérissent encore aux approches de la maturité. C'est évidem-