‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 265 sur 288 · LE PRONOSTIC · texte numérisé non relu

LE PRONOSTIC

la famille il*y a déjà des obsédés, il est bon de bien connaître l'évolution de la maladie chez eux, car cette évolution se répète souvent absolument semblable. Il faut aussi tenir grand compte dans la recherche de l'hérédité des névroses et surtout, à mon avis, de Tépilepsie.

A côté des aliénés et des névropathes proprement dits, il est très important de s'enquérir de Texistence dans la famille de ce que Ton appellecommunément des bizarres. M. Magnan a justement remarqué que ces individus bizarres, originaux, excentriques, ayant des tics, des manies, un caractère difficile, autoritaire à Texcès, sont précisémentceuxqui laissent le plus souventà leurs descendants les * tares psychasthéniques. Cela se comprend facilement si Ton songe que ces bizarreries sont déjà des marques de Tinsuffisance de l'adaptation sociale, de l'insuffisance des fonctions du réel, et de l'aboulie. Parmi ces bizarreries, j'insiste sur ce genre de caractère que l'on voit se transmettre pendant plusieurs générations en se perfectionnant à chacune et qui consiste dans une prudence allant jusqu'à la poltronnerie, dans une indécision de la volonté, un défaut de résistance, une gravité allant jusqu'à la tristesse. On constate en même temps une grande délicatesse des sentiments et une tendance à préférer la vie idéale à la vie réelle. Ce caractère qui ne laisse pas d'être élevé et sympathique à ses débuts ne tarde pas à aboutir dans les générations suivantes à l'aboulie, à l'inquiétude permanente et donne enfin naissance à des doutcurs, des scrupuleux, des obsédés. Il est bon de s'informer de ces caractères surtout chez celui des parents auquel le malade ressemble le plus. Plus ce caractère se sera développé dans plusieurs générations, plus il sera difficile de remonter ce courant et plus le pronostic sera sérieux.

Après l'hérédité, Tâge du début a une grande importance, je parle du début réel et non du début apparent, de l'époque d'apparition des phénomènes d'insuffisance psychologique et des sentiments d'incomplétude. Plus ce début est précoce, plus il a une signification grave, les phénomènes qui apparaissent de bonne heure dans le développement sont ceux qui sont le plus fortement héréditaires qui font le plus partie de la constitution. Il faut donc se défier de ces enfants qui sont déjà des sages, des prudents, des réfléchis à cinq ou six ans, ce caractère devient vite dangereux quand ils sont des lents, des hésitants, des repentants. On apprend vite, quand on interroge bien le malade, qu'à

LE PRONOSTIC 68i

obsessions qui montrent que le malade entre dans la période des interprétations délirantes, quoique son délire conserve les caractères de rhésitation et du doute qui sont les troubles fondamentaux de la maladie.

Quand le malade est parvenu au dernier degré et que la maladie est tout à fait chronique il faut pour établir le pronostic tenir compte de l'activité que conserve encore le sujet, du nombre de relations que Ton peut lui garder, des travaux que Ton peut lui faire exécuter : risolement et Tinertie complète étant le terme le plus triste des états psychasthéniques.

Je ne fais que signaler Fimportance du point de vue médicolégal bien discuté dans un grand nombre d*études ^ En général ces obsessions ne déterminent pas d'actions véritables, mais une exécution plus ou moins incomplète peut survenir à Tinsu du malade et au cours de ses manies de tentation et de demi-exécution. L'impulsion peut être plus grave et le pronostic bien plus réservé quand à l'état psychasthénique proprement dit se joignent Tépilepsie, la débilité mentale, l'alcoolisme ou d'autres intoxications.

En dehors des crimes proprement dits, des actes absurdes comme des promesses de mariage, des fugues, des conduites inconvenantes peuvent être en rapport avec les obsessions de honte ou les besoins d'excitation. Non seulement il faut songer à mettre quelquefois le malade hors d'état de nuire aux autres, mais il faut aussi dans certains cas, le défendre contre lui-même.

I. En particulier dans les travaux suivants : Renaudin, Observations médicolégales sur la monomanie. Ann. méd. psych., i85/|, p. a36. Delasiauve, Des pseudomonomanies et de leur importance légale. Ann. méd. psych., 1859. Motet. Société de médecine légale de Paris, i3 février 1890. P. Dénommé, Des impulsions morbides au point de vue médico-légal. Thhse, Lyon, 1890. Bérillon, Les phobies neurasthéniques au point de vue du service militaire. Revue de l'hypnotisme, 189^* p* a^i* G. Carrier (de Ljon), Contribution à l'étude des obsessions et des impulsions l'homicide et au suicide chez les dégénérés au point de vue médico-légal, 1899.

Page 1