‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 267 sur 288 · LA PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

LA PROPHYLAXIE

Enfin il faut chercher dans ces exercices et ces actions un autre caractère, le caractère social. De très bonne heure ces enfants prédisposés doivent être habitués à la société et à la société de personnes qu'ils ne connaissent pas. Cette habitude ne s'acquiert pas si Tenfant est toujours accompagné par ses parents ou par sa bonne. Rien ne rend un enfant timide comme la présence de ses parents, parce que en leur présence il ne sent pas la nécessité de faire un effort, de tendre son activité mentale et qu'il se laisse aller à cette aboulie qui est la source de Témotivité. On est tout surpris devoir que le même enfant cesse d'être timide, quand il est laissé seul dans la même société. Le fait d'être abandonné à luimême suffit pour qu'il se tende et que son esprit fonctionne h un niveausuperieur.il n'est pas nécessaire que la société où il se trouve ait toujours de la sympathie pour lui comme il le désire : il est bon qu'il trouve devant lui des résistances, des jalousies, des compétitions, en un mot des luttes. Tout à l'opposé de ce pauvre père de famille qui jusqu'à la fin de la classe de philosophie faisait accompagner et rechercher par une domestique son fils aux classes du lycée « pour qu'il ne pût jamais se battre avec ses camarades» je crois qu'il est extrêmement important de forcer notre jeune psychasthénique à se battre. S'il réussit à le faire et si par hasard il triomphe, ce qui est fort possible, il en sera transformé et le souci de son avenir vaut bien le danger de quelques horions.

L'éducation intellectuelle ne vient qu'en second lieu chez ces personnes : elles ne sont que trop disposées au développement de l'intelligence pure. Il faut éviter l'enseignement abstrait de pure mémoire, qui n'est que trop répandu en France. Dans l'état psychasthénique l'esprit semble être développé en étendue et non en profondeur, il y a comme une dispersion de la pensée. C'est là une indication dont on doit tenir compte, le grand nombre des études diverses, faites d'une manière superficielle est pour ces jeunes gens d'autant plus dangereux qu'ils réussissent facilement à acquérir ainsi quelques notions en apparence brillantes. Il faut, que l'intelligence soit dirigée avant tout vers l'observation et vers l'obsession physique plus que vers l'observation morale. Il faut se méfier surtout de l'observation subjective dans laquelle ces individus sont passés maîtres. Cette disposition à l'introspection chez les scrupuleux dépend en partie de leur inquiétude et en grande partie de ce fait que les images et les associations d'images sont

"(les phobies et des angoisses continuelles que sa famille se décide il ramener au médecin. Quelle doit être alors la conduite de •celui-ci, quelles sont les médications ou les traitements physiques ou moraux qui peuvent avoir une certaine influence et préparer la "terminaison de cette crise ?

Il est important que le médecin fasse vite son diagnostic, car il •doit prendre vis-à-vis de ces malades une attitude particulière <ti toute hésitation serait des plus fâcheuses. Toutes les descriptions précédentes permettent de reconnaître vite la maladie dont il s'agit, d'autant plus que ces malades présentent une remar- •ciuable uniformité et que Ton retrouvera vite les formes et même les expressions que Ton connaît comme caractéristiques.

Le malade arrive avec une disposition d'esprit toute particulière dont il faut se défier. Sans en être bien certain, car il doute de tout, il est disposé à croire qu'il n'est pas un malade ou du moins qu'il n'a pas une maladie ordinaire. Il sent bien que son «tat n'est pas naturel, mais il croit que c'est un état extraordinaire, unique au monde, que personne n'a jamais vu et que les médecins, en particulier, ignorent complètement. Comme il ne -veut faire aucun effort, comme il sait qu'il n'a fait aucun effort pour se guérir, il aime à penser que cette maladie exceptionnelle «st absolument incurable et qu'il n'y a rien h faire. Il le dit en •entrant : « c'est sa famille qui l'a forcé à venir voir un médecin, mais il sait très bien que c'est inutile et que son état est tout à fait en dehors de la médecine. »

Si le médecin hésite sur son cas et semble surpris par la bizarrerie des symptômes que le malade d'ailleurs exagère à plaisir, le sujet se confirme dans son opinion et en profite pour se laisser aller encore davantage. Il faut que le médecin puisse montrer rapidement une grande assurance et lui donner l'impression que •sa maladie est parfaitement connue, qu'elle est des plus banales, •et que le traitement curatif est tout à fait stéréotypé.

Pour y parvenir le médecin doit deviner les symptômes au lieu •de s'en étonner. Dès qne le malade a un peu expliqué son état, on voit facilement dans quelle catégorie il se range, s'il a plus de ruminations ou plus de phobies, dans quel sens sont ses obsessions principales. Il suffit alors de lui énumérer les manies de précision, d'oscillation ou de réparation , de lui parler des serments, des pactes, des formules de conjuration, des angoisses physiques ou morales, etc. Il est bien rare que l'on ne tombe pas juste sur

quand le trouble est plus gastrique qu'intestinal je n'hésite pas à faire de même au moins pendant une ou deux semaines, mais en général j'hésite à imposer un régime aussi sévère.

Le régime lacté intégral est débilitant, ce qui est ici très mauvais, car cela favorise les sentiments d^incomplétude, il n'est pas toujours très bien toléré par Testomac des malades, a Le lait, dit M.. Lépine, ne convient pas aux estomacs dilatés, il ne stimule pas le système nerveux et ne donne pas la sensation de force. La vie, a dit un vieux maître, ne se soutient que par les excitants. Si cette proposition est vraie, le lait ne suffirait pas h entretenir, la vie^ » J'ajoute que le régime lacté est surtout contre-indiqué quand il y a un certain degré d'entérite.

Il suffit de se borner d'ordinaire à supprimer complètement le vin et l'alcool, les sauces, les graisses, les viandes faisandées, les conserves, à réduire assez fortement la proportion des viandes dans l'alimentation, à se rapprocher en un mot du régime végétarien. Le lait, les œufs, les farines de toute espèce et surtout les farines de céréales en abondance, les légumes verts, les fruits cuits avec un peu de viande grillée à un repas seulement me paraît un régime suffisant et extrêmement utile dans les cas moyens. Dans les cas graves d'atonie gastrique, je me suis bien trouvé en laissant les malades au régime exclusif du lait, des œufs et des bouillies de farines comme des enfants en sevrage, mais il s'agit alors du traitement de la dyspepsie hyposthénique dont je n'ai pas à m'occuper spécialement ici. Ces régimes végétariens ou presque végétariens en réduisant les toxines qui impressionnent le système nerveux déterminent souvent chez les neurasthéniques et même chez les psychasthéniques des améliorations surprenantes. Les aliments doivent être pris en quantité suffisante, a des intervalles bien réglés et en général assez longs, car il est essentiel de laisser l'estomac se reposer ; il faut interdire à certains malades atteints de boulimie de manger dans l'intervalle des repas. Mais il sera bon pour certains estomacs atones et dilatés de faire boire très peu aux repas et de faire boire deux tasses de thé très léger plusieurs heures après le repas, de manière à ne pas diluer le suc gastrique pendant la digestion, mais a donner cependant au malade la quantité d'eau indispensable. Dans l'analyse des urines qu'a conseillée M. Joulie, il y a une indication

Page 1