‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 270 sur 288 · La médication tonique · texte numérisé non relu

La médication tonique

Il ne faut pas oublier que cette excitation apparente du sujet est toute secondaire et qu'elle est la manifestation d'un épuisement réel, d'une insuffisance du système nerveux central qui ne peut plus atteindre la tension normale. L'essentiel serait évidemment de relever la force du système nerveux, c'est le problème général des états neurasthéniques, il n'est pas dans ce cas plus facile à résoudre que dans les autres. Sans doute les précautions d'hygiène que j'ai mises au premier rang ont sur ce point une influence incontestable. Une alimentation convenable que le malade puisse digérer, la suppression des toxines que produisaient les alcools, les viandes fermentées insuffisamment digérées, etc., sont pour beaucoup dans le relèvement du système nerveux. Malheureusement ces précautions sont loin de suffire toujours, d'ailleurs la mauvaise digestion dépend elle-même de cette insuffisance du système nerveux et l'on tourne dans un cercle vicieux. Il faut donc recourir à tous les toniques nervins, à tous les reconstituants et dans notre ignorance il faut souvent les varier.

Les phosphates occupent une grande place parmi les toniques nervins. La vogue a été longtemps aux glycéro phosphates, j'en ai fait prendre à tous ces malades des quantités énormes et comme un très grande nombre sont guéris on peut supposer que ce médicament a eu une influence favorable. Aujourd'hui la mode se tourne davantage vers une autre forme la lécithine, qui m'a

et ont cédé après un traîtement de quelques mois. Je n'ai pas revu ce malade et ne sais s'il a récidivé. Cette observation qui m*a frappé montre donc que dans certains cas, assez rares peutêtre, des troubles analogues à ceux du myxœdènie fruste peuvent jouer un rôle dans la psychasthénie. Il faudrait donc dans des cas semblables songer à la thyroïdine et dans d^autres peut-être voisins à Tovarine.

Un traitement auquel j'ai eu très souvent recours ce sont les injections sous-cutanées d'une solution saline concentrée : la solution de Chéron. Ces injections qui relèvent la pression vasculaire et déterminent une excitation vitale de tout l'organisme ont eu souvent des effets fort utiles.

Je ne cite que pour mémoire les grandes injections du sérum de Hayem que j'ai faites chez Nadia h la dose de 5oo grammes pendant la période de confusion mentale et de stercorhémie. Ces injections ont certainement contribué a sauver la malade et leur action est bien connue. J'ai eu souvent recours également aux injections de strychnine (de i à 5 centigrammes) qui ne m'ont pas paru avoir des effets plus nets, que les solutions précédentes moins dangereuses.

Un très grave problème se pose a propos de ces traitements par toniques nervins, c'est celui des injections de morphine : On sait que M. A. Voisin avait fait de la morphine la base de sa thérapeutique des maladies mentales, il en avait obtenu quelquefois des résultats remarquables. Certains faits d'observation m'ont montré depuis longtemps que cette thérapeutique reposait sur des observations en partie exactes. J'ai vu des hystériques anesthésiques qui perdaient tous leurs stigmates après des injections de morphine ; je connais des obsédés qui ont recouru à la morphine et qui ont été guéris au moins momentanément. Ces phénomènes se comprennent : la morphine n'agit pas uniquement comme un anesthésique, de même que l'alcool elle détermine une excitation du système nerveux qui peut augmenter sa tension et supprimer momentanément les résultats de son insuffisance. Cependant j'ai longtemps reculé devant l'emploi de cette méthode à cause des dangers de la morphinomanie chez des malades si disposés à contracter un besoin pathologique et une impulsion. Je restais convaincu que chez la plupart des psychasthéniques, les dangers de ce médicament dépassaient ses avantages.

L'observation de certains faits me rend maintenant un peu

LE TILUTEMENT MORAL 699

Régis craignent les douches froides qui surexcitent ces malades, ils préfèrent les douches tièdes, les bains, les affusions. Ils ont parfaitement raison s*il ne s'agit que de calmer une surexcitation trop grande. C'est en me plaçant au même point de vue que je réclamais Tusage du bromure. Dans beaucoup de cas Thydrothérapie froide doit être supprimée surtout au début du traitement «t remplacée par les douches tièdes ou les bains.

Cependant, si les malades sont déjà un peu calmés, s'il s'agit de personnes jeunes, vigoureuses, si le traitement a lieu en été dans de bonnes conditions, je ne crois pas qu'il faille renoncer aux effet toniques de la douche froide. Legrand du Saulle soutenait autrefois avoir vu des rémissions absolues après un traitement hydrothérapique, bien souvent à la Salpêtrière j'ai vu de jeunes malades terminer une crise et s'améliorer visiblement après ce traitement.

M. Marro dans une étude sur a la prophylaxie des émotions qui amènent la dégénération », explique d'une manière intéressante les bons effets de l'hydrothérapie froide. « Par ces applications froides graduelles nous tentons d'éveiller le réflexe vasodilatateur cutané qui succède à la première constriction vasocapillaire cutanée et qui contraste avec les réactions désordonnées vaso-paralytiques ou vaso-dilatatrices viscérales dans lesquelles se résoud l'action morbifique du froid lorsqu'il devance la force de résistance de l'organisme. L'éducation de ce réflexe nous donne un premier avantage contre les impressions peureuses dans lesquelles la contraction du système vasculaire périphérique est un des premiers phénomènes. L'hydrothérapie froide constitue une véritable hygiène contre les causes déprimantes soit physiques, soit morales *. »

Le rôle heureux de Télectrisation statique a été souvent signalé, les effets toniques des courants avec alternances très rapides sont encore a Tétude.

Malgré l'importance de la thérapeutique physique, il est incon- I. A. Marro. Congrès de psychologie de 1900. Comptes rendus, 1901, p. 087.

Page 1