‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 272 sur 288 · L. Faure. Thèse de Paris · texte numérisé non relu

L. Faure. Thèse de Paris

6. Bechterew, Des obsessions et des illusions importunes. Obozrèniè Psychiatryi, février 1899. Cf. J. Douath, de Buda -Pesth. -4 rcAiw. /. Psyc/w'afritf, 1896. A. Voisin. Emploi de la suggestion hypnotique dans certaines formes d'aliénation mentale. Congrès de psychologie de Munich, 1896. Stadelman (de Wurxburg), Société d'hypnologie, ao mars 1900, etc.

vrai que beaucoup d^obsédés ont été sérieusement améliorés par lies pratiques analogues k celles de l'hypnotisme. J'ai observé le fait plusieurs fois d'une manière tout à fait convaincante. Claire 4iprès ces essais d'hypnose reste plusieurs heures « la tête vide lie mauvaises pensées » ce qui est très remarquable pour elle. Xyb..., Bhu... (54), se trouvent mieux pendant quelque temps. Lkb...,U... Jean restent dans un état de calme qui dure plusieurs jours. On observe le même fait chez Pn... Bs... On... et chez plusieurs autres. Cette influence se prolonge chez Dob... pendant une dizaine de jours et cette malade qui depuis une vingtaine d'années est incapable de faire quelques pas seule en dehors de son appartement fait seule des excursions de plusieurs kilomètres quand elle a été suggestionnée. La crise d'obsessions sacrilèges de We..., a été complètement arrêtée par des séances de ce prétendu hypnotisme : les croix qu'elle croyait voir et qu'elle cherchait à voir dans le ciel s'effaçaient quand elle pensait à ce que je lui avais dit et elles ont fini par disparaître. La honte du corps chez Wye... a été supprimée depuis plus d'un an. A la suite d'un traitement par les essais de sommeil hypnotique, les scrupules urinaires de Vor... ont complètement disparu et n'ont pas recommencé depuis deux ans. Zo... est débarrassé de sa phobie des épingles et ce sont certainement des séances d'hypnotisme qui ont permis d'avoir quelque action sur i'esprit de cette jeune fille. Gisèle conserve certainement son aboulie, ses dispositions aux rêveries idéales, quoiqu'elle ait fait de grands progrès comme activité réelle, mais elle a perdu sous l'influence de cette suggestion « son idée principale » c'est-à-dire ses remords de vocation et elle peut de nouveau vivre avec son mari et son enfant. Le cas le plus intéressant est celui de Lise, car cette malade a été hypnotisée régulièrement depuis cinq ans. J'ai montré ailleurs qu'elle n'est jamais arrivée à un état hypnotique complet avec amnésie. Mais cette hypnose incomplète suffit pour produire un grand eflet sur ses interminables ruminations. Il y a pendant ce sommeil une sorte de lutte de la malade contre ses idées : au début elle ne tolérait pas que je lui en parle, elle s'écartait de moi avec horreur si je faisais la moindre allusion au diable, elle faisait des gestes de résistance désespéré. Puis elle se calma, consentit à écouter pendant cet état la contradiction et sembla mieux comprendre. Sous cette influence les idées diminuèrent, « elles restaient vagues, plus loin de son esprit, comme

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Malheureusement elle se termine, il arrive des circonstances qui séparent Fy... ou Tkm... de leurs amants, Bs... de sa maîtresse. On se souvient de Taventure arrivée ii Ck... : une domestique renvoyée a fait courir dans la petite ville un bruit injurieux sur les relations de ces deux vieilles (îlles trop inséparables, et il a fallu se séparer. D'autre part le dirigé s'inquiète de celte direction qu'il a rendu de plus en plus étroite, il se fait des scrupules si^r les sentiments qui en ont été la conséquence et il se figure qu'il peut échapper à) la tutelle. Enfin c*est le directeur qui se fatigue du métier qu'il a accepté au début sans le connaître : la fatigue survient d'autant plus vite qu'il vit plus près du malade et qu'il est incessamment soumis, comme disait M. J. Falret, au supplice de la question. En un mot la crise existe soit parce que le malade n'a pas trouvé de directeur, soit parce qu'il l'a perdu.

Il faut alors, pour suivre cette méthode naturelle de guérison, offrir au psychasthénique une direction en quelque sorte professionnelle et transformer en un métier accepté en connaissance de cause la direction donnée d'abord au hasard par des amateurs si on peut ainsi dire. Cette profession singulière a d'abord et tout naturellement été exercée par les prêtres des différentes religions. Les prêtres ont connu la maladie du scrupule bien avant les médecins et la confession régulière semble avoir été inventée par un aliéniste de génie qui voulait traiter des obsédés. Grâce à l'obligeance de M. Piéron qui a bien voulu faire cette recherche pour moi, j'ai recueilli un grand nombre de passages des lettres de Bossuet et de Fénelon qui se rapportent directement à notre étude et qui montrent avec quelle fermeté ils dirigeaient leurs malades. « Je vous assure, ma fille, écrit Bossuet à M"*^ Albert de Luynes, que votre confession est très bonne et très suffisante, une autre plus générale serait inutile et dangereuse à votre état. Vous ne devez pas avoir égard à ces dispositions où vous croyez avoir rétracté toutes vos résolutions précédentes. Toutes les fois que cela vous arrivera, il n'y a qu'à rejeter cette pensée comme une tentation et d'aller toujours votre train. Je vous défends d'avoir de l'inquiétude de vos confessions passées, ni à la vie, ni à la mort, ni de les recommencer en tout ou en partie, à qui que ce soit, fussiez-vous à l'agonie. Ce ne serait qu'un embarras d'esprit qui ne ferait qu'apporter du trouble et de l'obstacle à des actes plus importants et plus essentiels qui sont l'abandon, l'amour de Dieu

en sa our

ipuleuses comme la votre '. »

PéDeloD sont remplies également de conseils « connraciné dans votre cœur depuis votre enfance et :derniersexcès depuis tantd'années'... «Vousdevez licatesse scrupuleuse contre vos scrupules mêmes, us prétexte de rechercher les plus légères fautes linsi'... Les consciences scrupuleuses ont besoin au delà de leurs bornes comme les chevaux rétifs Mus vous hésiterez dans vos scrupules, plus vous crètement ; il faut les gouverner pour les guérir, lincrez, plus vous serez en paix*... Je crois que is confesser un de ces jours-ci, mais à la condiornerez votre confession à dire les fautes qui se sans peine et qu*après les avoir dites simplement que vous en aurez alors vous n'y penserez plus "*... it subtil pour vous tourmenter vous-même est e le fruit défendu. Le scrupule ferme a Dieu la œur*... »

Dbable que nombre de prêtres remplissent encore ; je dois dire que quelques ecclésiastiques aux- (Toyé des malades avec quelques recommandations t compris le rôle que je leur demandais de jouer, aussi que bien des prêtres montrent dans leurs es malades une ignorance et une indélicatesse \ et sont assez sots pour raconter des niaiseries les pauvres esprits tourmentés par des obsessions un caractère de notre temps que cette œuvre de ) revienne quelquefois au médecin qui est mainte-

tes de Bossuetj en la vol. in-8, édil. Garnier, t. VIIl, p. ^22. nce de Bossuct avec cette pénitente roule sur la même question, iquiéludes et les scrupules ; les lettres répètent sans cesse les nme il convient avec ces malades, cf. p. 3^9, 878, 43a, 4a7. 56i, 570, 57a, 573, etc.

esj éd. in- 4, i84i. T. IV, Lettres spirituelles, p. 337.

es, p. a58.

)n trouvera beaucoup de passages du même genre dans les . 337, 3a8, 335, 338, 348, 356,357, 358, 366, 379. 393, etc.

nant souvent chargé de ce rôle de direction morale quand le malade ne trouve pas assez de soutien autour de lui.

Le médecin peut assez facilement réussir dans ce rôle : il a auprès du malade une grande autorité, il peut le menacer, lui parler des conséquences cqpnues de sa maladie, de l'isolement qui la termine ou de l'internement que le sujet redoute, il peut lui faire espérer un traitement, et l'ordonnance médicale a encore du prestige. Enfin le médecin ne vit pas d'ordinaire auprès du malade et ne peut pas être harcelé de questions continuellement^ aussi son autorité et son influence se conservent-elles plus long temps.

Pour diriger ainsi ces personnes, le médecin doit d'abord leur faire sentir qu'il s'intéresse à elles et qu'il les connaît. Il faut les faire parler sur les détails curieux de leur maladie, analyser cesdétails devant eux en devinant ce qu'ils n'ont pas dit, leur montrer doucement que leur interprétation, qui constitue leur obsession, n'est pas juste, etc. Puis quand on voit qu'ils sont intéressés, qu'ils sont heureux de trouver une personne capable de les comprendre et de les plaindre sans se moquer d'eux, il faut leur commander avec beaucoup de netteté et sans l'ombre d'une hésitation et il ne faut jamais revenir sur un commandement, fût-il absurde. J'ai vu un médecin, avec d'excellentes intentions, provoquer une grande crise chez Jean parce qu'il hésitait entre deux villes d'eau où il voulait l'envoyer et qu'il avait fini par laisser le choix au malade.

(( Dans la thérapeutique de beaucoup d'états psychopathiques disait déjà Legrand du Saulle, l'absolutisme autoritaire est une nécessité que le succès couronne fréquemment et qui ne peut nuire à personne \ Le malade se prête d'ailleurs très bien à cette direction autoritaire, il désire être dominé et cherche luimême à grandir l'influence que l'on prend sur lui, « je cherche toujours, me disait Gisèle à auréoler un- peu celui qui me parle pour le mieux écouter ». Dans ces conditions, il n'est pas très difficile de réussir au moins pendant quelque temps à devenir le directeur de l'esprit du sujet. Ce n'est pas la guérison sans doute, c'est plutôt l'utilisation d'un symptôme. Mais c'est un procédé palliatif qui est souvent fort remarquable.

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