L*UNITÉ DU SYNDROME
rents. Dans une première période on envisage d'abord le problème de Tunité du syndrome, puis dans une seconde le problème de sa nature au point de vue médical.
i. — L'unité du syndrome.
Dans la première période les observations recueillies isolément semblent des curiosités extrêmement variées. Les observateurs* sont surtout frappés par les énormes différences que présentent ^u premier abord un obsédé qui a des remords, un douteur qui s'interroge sur la raison d'être du monde, un impulsif homicide, un agoraphobe ou un éreutophobe. C'est la période de la multiplicité, et chaque auteur découvre sa manie ou sa phobie : il y «n a bientôt un nombre invraisemblable et le besoin de mettre quelque unité dans ces interminables description se fait sentir. Les premières tentatives d'unification sont assez incoordonnées : on établit le groupe des monomanies pour tous les symptômes intellectuels, tantôt on les réunit avec les délires systématisés comme Marcé, 1862, qui confond le délire du toucher avec le délire de persécution, tantôt comme Delasiauve, i85g, on distingue ces <( pseudo- monomanies » des folies systématisées. On essaye, •comme Parchappe, i85i, de réunir quelques-unes des phobies avec le groupe vague des hypocondries. Morel, en 1861, forme un groupe avec tous les émotifs. Berger, Griesinger, Falret, Legrand du Saulle cherchent à constituer un groupe en réunissant la folie du doute avec le délire du toucher, il en fait « une aliénation partielle avec crainte du contact des objets extérieurs »; la même opinion est adoptée par Falret. Cette tentative était particulièrement intéressante, car elle réunissait les symptômes intellectuels de l'obsession et les symptômes émotionnels de la phobie, et cherchait même avec une singulière exagération à établir la succession régulière des phénomènes. Plus tard MM. Ritli, Kraflft-Ebing, Wille, Mendel se rattachent à la même opinion. Cependant cette unité était loin d'être admise par tous les auteurs et loin d'être complète : bien des impulsions, des manies et surtout les tics restaient en dehors. L'unification -était d'autant plus difficile que l'on ne voyait pas le lien qui rattachait tous ces symptômes les uns aux autres.
mènes et de voir la manière dont ils dérivent souvent les uns des autres.
J'ai donc essayé de continuer et de préciser cette œuvre de groupement qui peu à peu a réuni en un syndrome ces troubles si divers et au premier abord si disparates.
Dans les périodes plus récentes se pose un autre problème, celui de l'interprétation qu'il faut donner à ce groupe ainsi constitué, de la place qu'il faut lui attribuer dans la pathologie. Sur ce point les opinions ont été des plus diverses. « La folie du doute est ainsi, dit M. Ladame, chez les auteurs contemporains, tantôt le symptôme des affections mentales et nerveuses les plus variées, tantôt un épisode psychopathique de la dégénérescence héréditaire, tantôt une forme spéciale de psychose, tantôt enfin un simple trouble psychique élémentaire qui relève de la pathologie générale de l'aliénation : le doute n'est pas seulement chez les malades, il a passé dans la science* ».
Les opinions ne me semblent pas être si nombreuses si on les rapproche les unes des autres et si on les interprète d'après les études précédentes. Un premier groupe d'auteurs hésitent un peu à considérer ces symptômes psychasthéniques comme véritablement pathologiques. Bail quand il décrit la zone frontière qui s'étend entre la raison et la folie *, Azam, quand il parle des tics intellectuels, des stigmates psychiques^ remarquent que ce sont là souvent des bizarreries de caractères compatibles avec la raison. Scholz, cité par M. Ladame*, ne parle des obsessions qu'à propos des troubles élémentaires de l'intelligence et dit qu^on les rencontre même chez les hommes sains d'esprit. M. G. Savage* remarque que ce sont là des prédispositions héréditaires très fréquentes chez tout le monde. M. Gélineau qui en 1894 décrivait certaines formes de phobies maladives revient à plusieurs reprises sur ce qu'il
1. Ladame. Conyrhs de Berlin, 1890. Revue de Vhypnot.y 1891, p. i3i.
a. Bail. Hevue scientifique, i883, 1, p. i.