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Les manies des procédés et les manies de la y

Souvent les malades ne se bornent pas à répéter cherchent à le perfectionner, à le rendre plus complet, tent des trucs, des procédés pour faire mieux l'action.

L... inventait des systèmes pour écrire. Il attachait plume h tous les doigts de la main successivement qu'i arrivé à ne plus écrire du tout et que sa maladie était premier abord pour une crampe des écrivains. R

I. Ameliiic, Coiisidc'ratioiis sur la ps^cho-physiologio des obsession pulsions dcçcnératives, Comptes rendus du IV^ Congres de psychologie, i

LES AGITATIONS FORCÉES 13i

ité des systèmes pour écrire bien, pour tenir sa lettre la ponctuation, pour réciter, pour aiguiser et il en arrivait à ne plus pouvoir écrire une ligne, 1 métier ; puis il inventa des systèmes pour bien )ut, dit-il, j'aspire à Tidéal, je creuse le sujet et je d. » Enfin, ce qui causa son plus grand malheur, systèmes pour déglutir et pour respirer. 11 veut utte d'eau entre chaque respiration, il fait des griichemenls, des rots et devient aussi répugnant que

ï borne pas, comme on Ta vu, a répéter les mictions de suite, elle cherche, elle combine des procédés bien », elle étudie la théorie du coup de piston et et h travers sur quelques idées vagues qu'elle a saisiologie de la miction chez rhomnie sans deviner ^'appliquent pas aux femmes. « N'y aurait-il pas ement, quelque grimace à faire avec le ventre pour ^ » Je n'insiste pas sur la manie de la perfection rbation qui est plus fréquente que l'on ne le croit.

ie de la perfection joue aussi un grand rôle dans )les souvent désignes sous le nom d'onomatomanie. vague désignait simplement un trouble quelconque ots, ce pouvait être une obsession, une manie de le manie de recherche, etc. On vient de voir Cha... indant toute une nuit le nom et l'adresse des perji ont parlé dans la journée. Dans d'autres cas, il le manie de la perfection. Pn... (iSg), homme de t surtout d'obsessions hypocondriaques s'est mis en er les préoccupations sur sa santé par une phrase [u'il doit répéter pour se tranquilliser. Il doit dire : allons dîner, nous verrons après. » Malheureuseirase n'a tout son effet que si elle est bien dite. II )as assez bien dite, il la répète, cela ne lui suffit pas. e-tète ou la dit h voix basse, il cherche comment il re ; il prie sa femme de l'écouter, de l'aider, de la ni ; il imagine de descendre avec sa femme au fond éteindre la lumière et de crier la phrase en chœur

l Pierre Janel, Névroses et Idées fixes, II, p. 385.

dans Tobscurité et il remonte désespéré parce qu'il n'a pas encore trouvé « le moyen de la bien dire ». Une observation intéressante de M. Séglas sur un malade qui a un mot sur le bout de la langue et qui ne parvient pas h le bien répéter me parait se rapporter à des phénomènes analogues V

Le délire le plus curieux que j'aie constaté à propos de cette manie dumieuxestceluid'unefemmedeSoans, Loa... (i38). A propos de quelques masturbations, elle a des remords et s'effraye en pensant qu'elle n'a pas éprouvé d'une façon correcte la satisfaction génitale. Elle attribue à cette satisfaction incomplète un engourdissement qu'elle ressent et elle va à la recherche du bonheur. Son mari ne lui suffit plus, elle donne des rendez-vous à tort et à travers ; elle ne s'y rend pas toujours, mais cependant elle essaye quelquefois si elle aura plus de succès avec un autre, elle revient toujours désillusionnée et désespérée. Cette femme semble avoir un délire erotique, tandis qu'il ne s'agit que d'une manie de la perfection chez une scrupuleuse. Ce singulier trouble doit être fréquent puisque je le retrouve exactement semblable chez une autre femme, Len... « Je ne me rendais pas compte de ce que c'était que Texistence, j'étais trop naïve, il faudrait changer, arriver k être comme les autres femmes... il me faut ma nature... je n'arrive pas à éprouver ce que l'on doit, il me semble que ce n'est jamais terminé, je continuerai indéfiniment... » Il se peut qu'il y ait quelque chose de vrai dans ses plaintes, nous le verrons plus tard. Mais il n'en est pas moins exact qu'elle a une manie bizarre, celle de chercher, par tous les moyens, cette jouissance parfaite, celle de rêver tout le temps à ce problème comme s'il n'y avait pas d'autre but possible dans la vie.

g. — Les manies de l'extrême et de l'infini.

Toutes ces manies aboutissent h la même tendance, celle de pousser toutes les opérations mentales à l'extrême, aussi loin qu'il est possible d'arriver. Nous avons déjà vu cette manie se manifester fortement dans les caractères des obsessions, il est inutile de revenir sur le caractère extrême des sacrilèges, des im-

i. Séglas, Deux cas d'onomatom^nic. BuUelin de la Société médicale des hôpitaux, la avril 1887.

LFS AGITATIONS FORCf.ES

des remords, des hontes que ces malades imaginent, ne femme de 33 ans, qui se rend compte de cette manie,

encore : « C'est ridicule, mon cerveau travaille tout le es idées extraordinaires. . . je voudrais arriver à des choses [ibles, à des crimes inouïs, ou bien à des fortunes, à des ncrôyables, enfin il faudrait que ce soit extravagant. » ussi vu cette manie se manifester à propos des rechere, par exemple, dans ses conceptions sur l'avenir, arrive à penser h sa mort, à ce qui arrivera après sa mort, »i elle regarde en arrière, « elle arrive tout de suite au i a précédé la naissance ». Bal... ne peut sortir de la ation (( du dernier au delà », sa manie des explications ' le commencement et la fin du monde, sur les destinées

du monde, etc.

encore ajouter quelques applications nouvelles de cette n la retrouve dans la manie des généralisations, dans la ) l'absolu qui se manifeste souvent. « Dès que je me sens lible, dit Claire, j'en arrive à concevoir que tout est im-

que personne au monde ne peut rien faire, que perest religieux, que personne ne peut guérir », Jean nous

quelques beaux exemples de cette manie de la généra-

l'infini. Une personne de sa connaissance vient de mourir quartier à l'Est de sa petite ville, « il lui semble que ce est désolé, vide de tout; à force d'y penser il croit que [uartier Est est mort, qu'il ne renferme plus aucun être vi- 3ntot il en est ainsi de tout ce qui est à l'Est. Toute la !st de la France au delà de Yincennes est vide, il n'y a ; de la terre et de l'herbe ». La manie du « tout ou rien » mune chez ces personnes w il leur faut la perfection en u bien ce n'est pas la peine de sortir de l'ignorance... » :ais mieux ne pas uriner du tout nous dit Vor... que de ne er dans la perfection ». Dans un autre cas, celui de Qs..., le 37 ans, l'extrême prend déjà l'apparence numériques je é de chercher à multiplier énormément les choses auxe pense, je cherche à imaginer sur une mer immense des s, des milliers de bateaux, puis des milliers de milliers lux et je m'épuise a les multiplier encore ». a notion de Tinfini se dégage encore mieux de l'observ^ilion , intéressante à divers points de vue. Un jeune homme de Vil..., dans une lettre que je lui demande d'écrire me

décrit ainsi son obsession : a Tidée principale qui me tourmente le plus, c'est Tidée de Téternilé : elle passe pour moi du domaine de la raison dans celui de la sensibilité et me cause des douleurs intolérables. Je sens letemps durerindéfiniment, l'espace s'allonger toujours, quelque chose comme un crescendo sans arrêt, il me semble que mon être gonfle progressivement, prend la place de tout, se grossit d'univers et de siècles, puis une sorte d'éclatement et tout disparait me laissant une douleur atroce dans la tête et dans l'estomac. Ce travail d'esprit me poursuit et m'accable d'un découragement profond. C'est donc vrai que l'éternité existe, je viens de la voir, de la sentir trop évidemment pour que cela soit une simple forme de mon esprit, mais alors que m'importe les quelques instants de ma vie, que m'importe le bonheur, le malheur ou le néant éternel ? C'est l'éternité qui est effrayante. Quelque chose sans fin, c'est horrible. Toujours du bonheur, et après ? Encore du bonheur ; et après ? Et après ? Cela est aussi horrible que toujours souffrir ou toujours ne rien être. L'éternité existera quand même il n'y aura rien. Les distractions les plus vives sont impuissantes h chasser ces impressions de mon cerveau, tout mon corps en est comme imprégné, si j'essaye de raisonner, je m'enfonce encore plus et je sens bien que ce sera indéfini, interminable, ce n'est pas le résultat d'un syllogisme, c'est le résultat d'une perception immédiate, évidente, plus évidente même que la conscience de mon moi... »

Je reprendrai l'étude de ce phénomène remarquable à propos des phénomènes de l'angoisse. Pour le moment, je remarque seulement qu'il s'agit bien d'un scrupuleux, honteux de luimême, qui se croit sans personnalité, qui se reproche tout ce qu'il pense, qui critique et analyse ses sentiments jusqu'il les métamorphoser en leur contraire. « Ces questions me font tant plaisir ou tant souffrir, je ne sais si c'est l'un ou l'autre, car mon plaisir me semble à la fois être poussé trop loin et rester incomplet et je ne sais pas si ce n'est pas une espèce de douleur. » Il a la manie de pousser tout à l'infini, de chercher ce qu'il y a après le plaisir qu'il éprouve, ce que serait un plaisir plus grand, encore plus grand, etc. C'est h l'idée d'espace et de temps que cette manie s'applique le mieux, aussi finit-il par en être obsédé. Il est rare de trouver cette manie aussi explicite, mais en réalité elle est contenue dans toutes les manies de l'au delà.

Toutes ces manies de Tau delà présentaient en effet comme

ne essentiel une agitation de Tesprit incapable de s'arrêter ; pensée et qui était sans cesse forcé de la dépasser pour y quelque chose, puis encore une autre chose sans repos et II. Une agitation semblable conduit infailliblement a la de Textrême et de Tinfini.

ré tous ces efforts et ces procédés variés qui tous semblent our but de perfectionner Faction ou l'idée, le sujet n'arrive tre satisfait. Aussi se livre-t-il à une autre série d'exercices t pour but de réparer, d'effacer autant que possible les B l'action précédente. Ce sont ces manies que je rapproche titre de manies de la réparation.

iremicre est une simple compensation. Après l'action dite euse, il faut en Aûre une autre qui semble souvent être d'une manière arbitraire, qui dans d'autres cas est opposée L»cédente pour la compenser.

id Bunyan avait trouvé dans la Bible un mot dont la signi- I lui paraissait désagréable et décourageante il lui fallait ' dans les livres saints un autre mot dont la signification ourageante pour compenser le premier'. Une observation santé de L'adame semble se rapprocher de ce groupe : id je marche, dit le malade, et que les mauvaises idées me nt, je dois m'arrèter pour revenir d'un pas en arrière, pour T la mauvaise pensée, c'est comme si je corrigeais une dans un livre de compte ^. »

a s'est résignée îi manger pour m'obéir, mais h la condition ndre aussitôt après le repas quelque chose qui la fasse [• « quelque chose d'amaigrissant, puisque vos côtelettes 'ossissantes ». Autrefois, elle prenait une cuillerée de vi- ; je l'ai amenée à accepter une petite tasse d'une tisane que

iah ttoycc, TIic case of Bunyan. Psycholofjical fieview, 1894» p- i36. dame, Ann. mcdic. psych., iSyo, 11, 38a.

j'ai baptisée amaigrissante. Elle sait maintenant que je la trompe et que sa tisane est faite de thé et de camomille; peu importe, elle a besoin de la prendre encore, le symbole suffit pour faire la compensation.

Quand les nécessités de la politesse ont contraint Jean bien malgré lui à toucher la main d'une femme, il faut, pour compenser, toucher bien vite la main d'un homme. Aussi quand il est seul le soir avec sa mère et que celle-ci lui tend la main avant d'aller se coucher, se trouve-t-il dans « une situation horrible ». Il n'ose pas refuser sa maib, mais il passe ensuite une nuit bien pénible puisqu'il n'a pu toucher la main d'un homme pour compenser. Quand il est entré à l'église de la Madeleine (qui porte un nom de femme), il faut qu'il entre au moins un instant dans une autre église pour effacer cette impression.

Cette manie de la compensation présente bien des variétés dont la principale est la manie suivante, l'une des plus importantes au point de vue clinique.

L'expiation n'est qu'une forme de la compensation avec ces deux caractères sinon surajoutés, au moins précisés. Le premier acte qui est le point de départ de la manie semble au sujet honteux et immoral, il s'agit surtout des malades honteux d'euxmêmes ou de leur corps. La deuxième action qui doit compenser la première a un caractère désagréable, pénible, elle prend l'apparence d'une punition.

« Il faut toujours, dit Pn..., que je fasse quelque chose pour soulager ma conscience et il cherche à répéter avec perfection sa formule : «Allons dîner, il ne faut plus penser à cela. » Hil... (71), qui a honte d'aller à la selle, n'y va qu'en faisant des révérences a pour s'excuser ». Claire qui croit avoir une hostie collée à l'anus, et qui, par conséquent, redoute également d'aller à la selle, ne consent à y aller qu'en s'ngenouillant dans les cabinets quelquefois des heures entières avant et après. Zei... (i42), qui a a envie de dire des gros mots au bon Dieu » veut faire des prières pour expier et elle s'agenouille à chaque instant. Comme la prière ne lui paraît pas bien dite, elle se condamne à ne pas manger et c'est là une cause de refus d'aliments. Rn... (i46) se condamne, pour expier ses mauvaises idées, à donner un coup

de coude dans les meubles auprès desquels il passe. Ou prévoit que ce phénomène va jouer un rôle dans les tics.

Au lieu d'expier par une action réellement exécutée au moment même, ils veulent expier en promettant de faire une action désagréable plus tard ou en promettant de sacrifier un plaisir qu'ils se promettaient. L... se promet à lui-même de se mettre en prison cinq minutes pour expier ses actions indélicates et Mw... (i45) se figure qu'un voyage agréable à bicyclette qu'elle espérait ne se fera pas parce qu'elle ne s'habille pas assez vite. Cette promesse d'expiation finit par se répéter pour tous les autres actes même insignifiants. « Si je marche, si je touche ce fauteuil, si je bois ce verre, le voyage h bicyclette ne se fera pas. »

Ce sont des faits du même genre avec un plus haut degré de complication qui jouent le rùle principal dans la maladie de Lise. (( Pour me punir d'avoir maudit Dieu, répète tout le temps Lise, il faut que je me fixe une chose désagréable à faire, donner mon âme au démon, par exemple. » Et ainsi pour tout ce qu'elle peut se reprocher : a propos de tous les actes qui la préoccupent et ils sont nombreux, il faut qu'elle fasse une expiation pour se rassurer. Si elle s'accuse de mensonge, d'impudicité, il faut expier et par conséquent accepter un changement de séjour désagréable, ou accepter qu'un de ses enfants meure, ou vouer son âme et celle de ses enfants au démon, etc. Au début, il ne s'agissait que d'expiations personnelles, elle ne voulait réparer que ses propres fautes, mais bientôt l'idée d'expiation s'est généralisée. 11 faut expier pour son oncle, pour un frère qui n'est pas religieux; il faut expier pour un homme politique qui vient de mourir d'une façon peu édifiante, il faut expier pour l'explosion d'une poudrière, etc. (( En un mot, dit-elle, j'ai des rages d'expier pour tout le monde. » Le mot même « expier » finit par la fasciner, elle le cherche dans tous les dictionnaires et apprend l'article par cœur.

Ce qui est bien étrange, c'est que je retrouve exactement la même maladie chez la sœur de cette malade. Elle a une foule de scrupules, s'accuse d'aimer une amie plus que sa famille, d'aimer à jouer du piano, d'avoir pensé h l'Eucharistie devant une boulangerie, etc., et pour toutes ces mauvaises actions imaginaires (( le regret ne suffit pas il faut une compensation. Il faut toujours une petite chose pour satisfaire Dieu. » Ce sont chez elle des tics, des simagrées, beaucoup plus simples que chez Lise. Elle doit manger quelque temps dans une assiette vide, se déshabiller

et se rhabiller, ouvrir une armoire, prendre un air triste toute la matinée avec ses parents pour compenser Taprès-midi où elle s'amusera avec une amie. C'est plus puéril, mais c'est le même trouble psy<;hologique. Je ne crois pas que dans ce cas il s'agisse de suggestion ou de maladie communiquée par contagion; il s'agit d'un même trouble psychologique, profond, héréditaire qui, en évoluant chez les deux sœurs, amène chez toutes deux les mêmes manifestations.

Chez ces deux dernières malades, on trouve une variante de l'expiation et delà promesse. Elles acceptent la peine sans se reprocher rien, uniquement comme payement d'une grâce qu'elles demandent. Dès qu'elles souhaitent quelque chose, elles pensent qu'elles doivent expier pour voir ce souhait s'accomplir. « Je n'aurai telle chose que je désire que si je fais un présent au démon ou à Dieu... Si mon petit neveu malade guérit, je donnerai au démon Tame de mes enfants, si je retrouve ce bijou perdu, je donnerai aussi Tame de mon oncle. »

Ces malades qui ont la manie de l'expiation en arrivent h un petit commerce avec le ciel et l'enfer qui est tout h fait curieux. Elles sont en retard ou en avance dans le paiement de leurs dettes, elles s'effrayent et elles se hâtent d'expier bien vite quand elles croient avoir trop d'arriéré.

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