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La rêverie forcée

Dans les ruminations précédentes on peut encore retrouver la trace de diverses manies mentales, la systématisation maladive est incomplète mais elle existe encore en partie. Je crois qu'il faut rapprocher de ces malades un groupe très intéressant de sujets dont le caractère maladif n'est pas toujours bien compris.

Voici un exemple qui précisera le phénomène que je considère. Une femme de l\[\ ans, Lib... (117), très intelligente, très raisonnable, se plaint d'un trouble de la tête qui depuis 20 ans dérange toute son existence, Tempèche de jouir de la vie, de travailler et même de dormir. Ce trouble, c'est la réi^erie qui s'impose d'une manière irrésistible « il me semble, dit-elle, que je suis forcée de penser trop, que je suis obligé de me raconter des histoires, de discuter avec moi-même, de me souvenir, de raisonner d'une manière tout à fait exagérée et inutile ». Cette femme reste toujours très calme, très tranquille, elle n'a point de tics, encore moins d'émotions ou d'angoisses, mais a propos de tout événement ou de toute action elle a l'esprit assailli par d'interminables rêveries. Le plus souvent elle peut dissimuler sa rêverie et elle semble agir, causer avec les personnes présentes ou lire un livre; mais elle ne se donne que très peu à ces occupations, la plus grande partie de son esprit est occupée ailleurs par la rêverie continuelle. Dans bien des cas, dès que l'action devient difficile ou demande plus d'attention, Lib... devient incapable de la faire. Elle ne peut plus suivre une conversation au milieu de plusieurs personnes, elle ne peut plus comprendre une lecture difficile. Le sommeil surtout est presque complètement supprimé et est remplacé par cette rêverie perpétuelle.

Je n'étudierai pas maintenant les troubles de la volonté et de l'attention qui jouent un grand rùle dans cette observation, je ne

: que la rêverie elle-même. Le caractère le 5 rêverie c'est qu'elle ne contient en appampt6mes pathologiques que nous venons certainement aucune obsession, bien mieux jnement ce que nous venons d'appeler une ne idée obsédante ne revient régulièrement, rocessus mental, interrogation, recherche, le un rôle réellement prédominant. Cette î, le plus souvent elle n'est pas désagréable out elle n'est pas déraisonnable. Ce sont des ;morations, du passé, des imaginations de ons, des méditations qui n'ont de patholorération et leur irré^istibilité. « Ce que je st d'être obligée de penser ainsi un million it inutiles, quand je ferais bien mieux de ravail ou de dormir. Ce sont des tableaux bavardages sans fin que je ne puis arrêter it et avec une peine extrême. »

I r^(^e/7^ /brc'ée me paraît très important, il ucoup de nos malades. « Ce n'est pas ma ne fais rien, il me vient des idées en suraubmergée. » a II me semble, dit ligh..., qu'il des (lots d'idées qui se succèdent avec une e sont pas touj(»urs des idées folles, je vous jgations absurdes. Toutes ces idées me semy aurait de bons motifs pour m 'arrêter sur is choisir, je suis obligé de passer de l'une ma tête un remue-ménage d'idées invraint bien qu'à de certains moments <( toute sa IS sa tête, que le reste du corps est comme t forcée de penser énormément sans pouvoir ire devient extraordinaire et se développe qu'elle puisse la diriger par l'attention ». ant des manies mentales bien nettes (manie nanie des pactes), reconnaît très bien qu'il été ainsi. « Pendant bien des années mes s comme aujourd'hui toujours dans le même que je pensais trop, que mon esprit s'emà coté, que je n'en finissais pas de penser l'une seule. Depuis longtemps mes pensées

tournaient dans le vide sans pouvoir s'accrocher à rien de précis... » Il serait très facile de retrouver cet état mental de la rêverie forcée au début de bien des cas de maladie des obsessions. Même chez les individus à peu près normaux, ces histoires interminables que Ton se raconte, ces méditations faciles qui se substituent au travail et à Tattention sont des plus fréquentes.

Ces rêveries forcées ont été, comme la rumination précédente, décrites sous le nom de fuite des idées, de volée des idées car ce sont des phénomènes trëtf voisins. Elles correspondent aussi, si je ne me trompe, a ce qui h été décrit sous le nom de mentisme a sorte d'effervescence intellectuelle particulière, dans laquelle, pour me servir de la déGnition d'un auteur qui en était atteint lui-même, Dumont de Monteux, nous voyons, avec un sentiment très net, des pensées qui nous sont étrangères, que nous ne connaissons pas comme nôtres^ et qui s'étant introduites du dehors, pullulent, se meuvent avec la plus grande rapidité * ».

Dans l'étude des obsessions on s'est beaucoup occupé et avec raison des angoisses diffuses, c'est-à-dire des agitations émotionnelles diffuses. Il me paraît nécessaire d'attirer aussi l'attention sur ces rêveries forcées qui sont des agitations mentales diffuses. Si nous rapprochons les rêveries forcées, et les ruminations mentales de toutes les manies mentales qui ont été décrites précédemment, nous voyons qu'il existe chez ces malades un grand travail mental qui se développe d'une manière anormale. Ce travail est en apparence assez considérable : il comprend la plupart des opérations intellectuelles, associations des idées, mémoire, imagination, jugement, raisonnement, toutes sortes d'opérations qui s'effectuent surtout sur des images et des idées abstraites. Ce travail n'est pas sans difficulté ni sans efforts, il est souvent fatigant et pénible. Malheureusement il présente un caractère évident au premier abord, il est parfaitement inutile et stérile: qu'il soit systématique ou diffus, il n'aboutit jamais à rien de réel ni d'utile; c'est pourquoi il justifie le nom que nous lui avons donné d'agitation mentale. Cette agitation est forcée, elle s'impose au sujet d'une manière particulière ; mais ce caractère très important se retrouve exactement le même dans les mouvements forcés et dans les émotions forcées, il sera étudié plus utilement à la fin de ce chapitre.

I. Dumont de Monteux. d'après Séglas, Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveuses, 1895, p. 69.

LES AGITATIONS FORGÉES

DEUXIÈME SECTION

LBS AGITATIONS MOTRICES

roubles mentaux précédents s'accompagnaient 3ments, ne fût-ce que de paroles ou d'écriture, jnts étaient en réalité peu de chose et la prinforce se faisait dans les phénomènes de pensée. z les mêmes malades, on observe des troubles il une sorte d'excitation semble se dépenser en npagnée d'une somme de pensées conscientes

5 présentent au premier abord les mêmes caraclés dans tous ces phénomènes forcés. Ils seproen rapport ni avec les circonstances extérieures du sujet; cependant ils ne sont pas absolument le s'exécutent pas tout à fait sans la participance ni même de la volonté du sujet. Le malade partie qu'ils s'accomplissent et qu'ils s'accoml'il veut bien les accomplir, mais il se sent jette volonté inutile et absurde : ce sont tout a ression d'un malade « des travaux forcés ». >ur les pensées, ces mouvements forcés peuvent s ou diffus; quand ils sont systématiques ils es, et quand ils sont diffus les crises d'agi-

ions motrices systématisées. — Les tics.

phénomène est relativement récente, il était Li vaguement avec les convulsions et les spasson de l'intérêt qui s'attache aujourd'hui aux )logie pathologique, le tic a été l'objet de

beaucoup de travaux récents qui ont au moins précisé le problème. J'emprunterai d'abord à ces études intéressantes les éléments d'une détermination du tic, c'est-à-dire les caractères essentiels qui constituent le tic. Puis je résumerai brièvement la description de quelques tics importants présentés par mes malades en insistant surtout sur les caractères psychologiques de ces phénomènes.

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