‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 79 sur 288 · Les algies · texte numérisé non relu

Les algies

Beaucoup de psychasthéniques présentent, en apparence comme les hystériques, sur certains points du corps, des régions douloureuses où ils ne peuvent supporter aucun contact, ni aucun mouvement. Quand on effleure ces parties, ou quand ils doivent faire fonctionner ces organes, les malades semblent éprouver des douleurs et des troubles tout à fait énormes et, bien entendu, tout h fait disproportionnés avec la modification opérée; ils ont des troubles de la circulation et de la respiration, ils sont couverts de sueur, ils se contorsionnent, reculent avec des gestes d'épouvante et poussent des cris de souffrance. Ces douleurs disproportionnées, ces émotions inopportunes se produisent dans deux circonstances légèrement différentes. Tantôt elles sont à peu près continuelles, a propos d'une partie déterminée du corps, même quand cette partie reste immobile: cie sont les algies proprement dites. Tantôt elles ne se développent qu'au moment où l'organe doit entrer naturellement en fonction, ce sont les phobies des fonctions. Il est évident d'ailleurs que dans bien des cas ces deux troubles se rapprochent et se confondent.

Nous considérons d'abord le phénomène des algies, Leuret* signalait déjà une jeune fille « qui se croit frappée gravement et qui pousse de hauts cris quand on la touche seulement du bout du doigt ». Legrand du Saulle rapportait l'observation d'une femme qui avait l'obsession d'un cancer au sein et qui y souffrait constamment*. Les observations de ce g^ffresde vinrent bientôt très nombreuses dans les ouvrages de Beard, ae Charcot, de liuchard, de ^A Bouveret, deVerneuil. Je rappfeUeraû^ulement l'article intéressant de M. Galippe sur les obsessions dentaires^. Cet auteur décrit toutes les souffrances terribles qui se développent chez certaines personnes à propos de dents absolument saines, les angoisses d'une malade « qui sent un amoindrissement de sa personnalité » parce que l'on veut lui faire porter de fausses dents; il insiste sur les cas de cancer imaginaires de la bouche et de la langue. A la même

I. Leuret, Fragments psychologiques sur la folie, i84o p. 86.

a. Legrand du SauUc, Folie du douter p. 28.

3. Galippe, Les obsessions dentaires. Archives de neurologie, 1891, I, p. i.

Paul Blocq réunit justement tous les phénomènes de js le nom de topoalgies. « Je propose, dit-il *, de déle nom de topoalgie une variété importante de neulonosymptomatique dans laquelle on constate seudouleur fixe, localisée dans une région variable, mais )ort avec un district anatomiquemcnt ou physiologilimité... C'est la manifestation clinique de la perle image sensitive fixe, analogue dans le domaine delà ce qu'est l'idée fixe dans le domaine de rintelligence. »

; de telles algies sur tous les points du corps. I/ob- 1er... (6i), semblable à celle recueillie par Legrand ous montre une telle douleur siégeant en sein. Cette 5 ans, toujours très impressionnable, s'effraye h propos îsse ; elle éprouve au cours de celle-ci une petite g(^ne inquiète, le regarde et le tàte constamment. Elle conent des livres de médecine et finit par ressentir des douîniblcs et angoissantes au moindre contact de ce sein, a l'obsession de la phtisie présente deux régions de l'une en avant sous la clavicule, l'autre en arrière sous I droite où elle soudre un mal bizarre, « si quelque e ces régions, même légèrement, je me sens prête à I étoufier w. Fik... (i58) femme de 57 ans, épouvantée lostic absurde d'angine de poitrine conserve une terle la poitrine au niveau du cœur, qui a eu de telles souffrances pendant longtemps à a maintenant « sous la peau du visage où doit circuler rompu qui procure des raideurs et des tiraillements . Diverses sensations cutanées peuvent, en efTet, dent de départ de ces algies: M. Brocq signalait, sous jcarophobie, une dysesthésie cutanée avec prurit [| rattachait à une vésanie par idée fixe* et M. Thiissait sous le nom de dermatophobie des symptômes que la peladophobie, les phobies engendrées par lital, la syphiliphobie, l'acarophobie de Brocq*, etc.

x|, Sur un syndrome caractérise par de la lopoalgie, neurasthénie moue à forme douloureuse. Gazelle hcbd. de mèd. el de chir., mai 1891. el idées fixes, II, p. a84.

mrnal de médecine el de chirurgie pratiques, 1890, p. 90. !, Dermalophobies. Ivresse médicale, 9 juillet 1898.

Quelquefois ces douleurs sont Interprétées par les malades qui disent éprouver toutes sortes de sensations bizarres. Une malade de M. Ilirschberg, tout en se rendant compte de son état et en trouvant « ses sensations ineptes » ne peut s'empêcher de sentir des « grenouilles qui se promènent dans son dos, des langues d'animaux dégoûtants qui la lèchent, des vers, des intestins pourris qui glissent le long de son dos *. »

Les algies de la tête forment un groupe intéressant, elles se rattachent naturellement aux céphalées qui existent si fréquemment chez tous ces malades. Mais elles ajoutent à ces céphalées ordinaires une énorme exagération de la douleur et des troubles émotionnels répartis dans tout l'organisme. Cl... (67), femme de 28 ans, se frotte constamment le vertex au point qu'elle a usé les cheveux à cet endroit et que le sommet de la tête est dénudé : son algie de la tête est presque constante. Au contraire l'algie de la tête chez Box... (58), femme de 5o ans, se présente par crises qui ne durent que quelques heures ou quelques jours. Elle porte alors attaché sur la tête un énorme paquet d'ouate, destiné à calmer la douleur et a éviter les plus légers attouchements. En outre elle se tient constamment debout la tête appuyée en arrière contre un mur destiné à la soutenir « sans quoi elle tomberait avec une énorme douleur » il y a tic et torticolis mental en même temps que algie.

J'ai déjà décrit dans le second volume des névroses* le cas de Bi..., femme de 35 ans, qui s'est cogné le coude et qui a ressenti brusquement la douleur classique au petit doigt par l'irritation, du cubital, cette douleur l'a impressionnée vivement et dorénavant pendant des années elle ne peut ressentir un contact au petit doigt sans éprouver une angoisse. Le cas de Van..., femme de 72 ans, est analogue : elle s'est fait il y a 18 mois une coupure au petit doigt, et depuis ce moment elle se plaint perpétuellement de ce doigt qui ne présente aucune lésion. « S'il fait chaud ce doigt a une température insupportable, s'il fait froid il refroidit tout son corps. )) Elle crie toute la nuit comme si ce petit doigt la torturait, pendant la journée elle se cache dans un coin pour pleurer sur

I. R. Hirschberg, Névrose parcslhcsique chez une dégénérée. Revue neurologique, 3. Névroses et I fiée» fixes. II, p. 3o5.

gi. A table elle prend un couteau et fait semblant de uper ce petit doigt; puis elle va au travers de Tapparle une folle et menace de se jeter par la fenêtre pour :ir son petit doigt. Une autre femme de 34 ans, *e parce qu'elle a appris qu'une cousine avait de Tenmbes, conserve une douleur angoissante à la jambe s veut plus marcher sans envelopper cette jambe >uches de coton.

; que les organes génitaux vont devenir le siège ion de pareilles douleurs angoissantes. J'ai publié ^'mond une observation remarquable à ce sujet', il irètre qui après avoir entendu parler d'un adultère este obsédé par la pensée des rapports génitaux. Il nment dans l'esprit la pensée et même l'image de ces } dans les bras Tun de l'autre. Au bout d'une année, nplifia, mais pour devenir plus bizarre et plus gênante pensait et ne voyait plus que les organes génitaux fémiouvait voir une femme, parler à une femme, n'importe s qu'il fut convaincu de voir ses organes génitaux sous ts. Au bout de bien des années, il constata un nouiment dans la forme de la maladie, a A force de raiose, j'ai commencé à penser à mes propres organes m plus à ceux de la femme. Mais cette préoccupation itre désagrément, elle produisit bientôt une irritation développa une hypersensibilité du pénis et du scrosagréable. » Le même malade en arriva quinze ans ut à une dernière forme. Il pense constamment que génitaux sont appendus à son corps comme un corps ne lui appartiennent pas ; il ne sait plus si c'est lui ence des impressions faites sur eux. Mais il n'en resins une angoisse horrible au moindre contact. 5 jouent un rôle important dans l'histoire de Jean : les qui lui courent dans le dos quand il tourne le dos se trouve Charlotte. II a des « plaques d'hypesur les régions des jambes qui dans le tramway ont >ar la robe d'une dame. Mais surtout, il a abominaifTert pendant six ans d'une maladie invraisemblable

et Idées Jixes, II, obs. ^8, p. i6a.

du gland It des testicules. A la suite des masturbât terreurs qu'elles engendrèrent il se mit à souffrir du j tout quand celui-ci étant à découvert pouvait frottei vêlements ou avait simplement « un frottement j contre le robe d'une dame. Cet organe servait de poir à des angoisses épouvantables : pour le guérir il usa < onguents, puis il voulut le maintenir constamment c le prépuce qui malheureusement reculait ; pour faire le prépuce sans y toucher, ce qui eût été dangereux, de le faire descendre par une secousse du ventre. Cet perpétuellement répétée irrita les testicules qui devin tour le point de départ d'angoisses et le pauvre garçc blement malheureux.

Chez les femmes, ces algies des organes génitaux s plus dangereuses que chez les hommes, car elles do bien trop souvent encore aujourd'hui, à de dangerei tions chirurgicales. Vr... (55), après avoir trompé a de grands remords et de grandes craintes ; son mMée a l'idée d'une maladie qu'elle a d'abord prêt refuser de s'enfuir avec son amant, détermine cette ( parties génitales et aux ovaires : elle reste huit m* lit sans consentira faire le moindre mouvement des ja tronc, n faut la chloroformer pour pouvoir palper so on se décide a une opération chirurgicale qui peri ment de constater des organes parfaitement sains.

Il faut placer à côté de ces algies génitales les algies et de l'urètre si fréquentes surtout chez l'homme et eau souvent par les craintes des maladies vénériennes. Cpl exemple, un homme de 48 ans, souffre depuis vingt urètre, quoique d'innombrables examens qui ont été jamais pu découvrir aucune lésion : il croit avoir des p nales que l'on n'a jamais pu constater. « Il y a là u laquelle toute mon énergie s'en va. )> Beaucoup d'autn brûlures et des épuisements dans le canal. » J'ai ol souvent, surtout chez des hommes, de terribles algies ( presque toujours accompagnées du tic de la pollal souffrent constamment comme des damnés » et ne so un instant qu'en urinant ou en essayant d'uriner toutes nules. Us vont se faire sonder par tous les spécialis

AXIONS FORCÉES

n heureux quand ils n'aiDuteni pas i leur algie.

^prendre que les algies de Vanus ns esprits. Lf... (92), une femme de uis bien des années son anus a joué tence. » De petites hémorroïdes sont rt de ces préoccupations et de ces inpagnent de tics comme chez Bhu . . .

spuis des années « ne consentait k 3sc » et qui depuis six mois ne veut

\ de le démontrer, par l'étude des corps humain se divise en régions sn régions anatomiques, ce sont des :)nscience par l'association fonction- :jui proviennent de ce point du corps : certaine unité anatomique dans un 3onde ou non à cette unité psycho- :hologique; chacune de ces régions, îs génitales, etc. est susceptible de une de ces algies.

des fondions corporelles,

)nt des phénomènes très voisins. Le ^gern de Mœbrus dont Zr... (60), emple des plus nets. Son bras et cts et ne présentent ni paralysie, ni reur des mouvements de Tépaule et cause des angoisses qu'elle ressent ement. J'ai déjà décrit un fait ana-

de la jambe et de la cuisse*.

phobies du mouvement des membres ;rivains dans lesquels on note moins

au bras qu'un état émotif général, ent, suffocation et palpitations carut essayer d'écrire, es diverses basophobies décrites par

Sëglas et Biswanger*. Quelquefois elles se développent a la suite de paralysies plus ou moins réelles, comme dans une observation de M. Grasset'; le plus souvent elles ne s'accompagnent d'aucun trouble réel du mouvement. Fou (72), homme de 58 ans, s'est effrayé de la marche parce que, pour se rendre à Tatelier, il doit longer un fossé. Il n'a pas simplement la peur du fossé ou la peur des grands espaces h traverser: non, il a peur de marcher n'importe où, il avance à tout petits pas, en trépidant, il recule d'un pas de temps en temps, puis il tombe ou plutôt il s'asseoit par terre, « car la marche lui donne des sueurs froides et il faut qu'il se repose ».

Enfin il me semble que Ton peut ranger dans le même groupe de phobies des fonctions des membres, la singulière affection qui a été récemment décrite par M. Haskovec de Prague sous le nom de akathisie (a, xaOtÇd), s'asseoir)'. J'en décrirai longuement dans le second volume de cet ouvrage un cas remarquable, celui de RuI (39) homme de t\0 ans qui depuis une dizaine d'années ne peut plus rester assis. Quand il est assis depuis quelques minutes, il faut qu'il se cramponne à la chaise parce qu'il se sent soulevé en l'air, il a des palpitations, des étouffcments, des sueurs surprenantes : son visage exprime l'angoisse d'une manière remarquable. A mon avis, il ne s'agit pas d'un phénomène hystérique analogue à l'astasie-abasie, comme le pense M. Haskovec, mais d'une agitation à la fois motrice et émotionnelle qui survient à propos de l'acte de rester assis, parce que cette position, au moins dans ce cas, est associée avec l'idée du travail dont ce pauvre homme est devenu incapable. C'est un phénomène de phobie et d'agitation qui peut se ranger dans les phobies des fonctions.

Les fonctions de nutrition donnent lieu à d'innombrables phobies très importantes à cause de leurs conséquences. J'ai déjà signalé à propos de la honte du corps ces malades qui refusent de manger parce que cette action leur parait honteuse. D'autres re-

1. Séglas, Deliove et Boulloche, Soc. mèd. des hôpitaux, 17 novembre iSgS. L. Hallion cl J.-B. Charcol, Dysbasies d'origine nerveuse. Archives de neurol., 1895, I, (I. 81. G. LVallet, Les aslasies-abasies, abasics amnésiques, abasies par obsession cl par idées Oies. Semaine médicale, 12 janvier 1898.

2. J. Grasset, Basopbobie ou abasie phobique cliez un hémiplégique. Semaine médicale, i5 août 1894, p. 366.

3. L. Haskovec (Prague). L'akalbisie, Revue neurologique, 3o novembre 1901, p. 1107.

langer et se condamnent presque à Tinanition parce îtion leur est douloureuse et leur fait peur. Té... (66), le 18 ans, sans phénomènes d'anorexie hystérique, ne ir à manger quoiqu'elle le désire. « Quand je vois les uand j'essaye de les porter ù ma bouche, cela se serre ûtrine, cela me fait étouffer, cela me brûle dans le le semble que je meurs et surtout que je perds la

groupe, l'observation de Gel... (67), femme de /|8 ans, ingulière. Ordinairement, les malades ont peur de repoussent plus ou moins les aliments. Celle-ci a peur langer assez, elle a peur de refuser de manger. Vers ans, elle a eu un premier accès sous la forme comfus d'aliments: après avoir sevré un enfant, elle avait niétudes, des remords, des troubles de la digestion, ce qu'elle avait des remords, moitié parce qu'elle 1 l'estomac, elle commença h refuser l'alimentation et 'horreur et de l'angoisse en essayant de manger. Cette guérit, puis recommença et disparut encore. Le troi- ► qui est survenu au moment de la ménopause est tout rse des précédents. Le malade mange parfaitement, mais que sa maladie ne la reprenne, qu'elle soit empêchée de ' une peur et qu'ainsi elle n'arrive h mourir de faim ; 3 qu'elle mange avec angoisse par la peur d'avoir peur

phobies des plus curieuses et semblet-il pratiquement iportantes qui se rattache aux fonctions de nutrition, ie de la déglutition. On en trouvera plusieurs observalées dans le second volume de cet ouvrage, je signale ier l'observation de Fok... (69), femme de 4o ans; de femme de 29 ans, de Les... (70), homme de 4o ans, chez lénomènes sont exactement les mêmes. Ces malades qui jui digèrent bien et qui veulent se nourrir ne peuvent parce qu'ils ont la terreur d'avaler la nourriture. Ils Is vont avaler de travers, qu'ils vont s'étouffer et mourir , ils imaginent des procédés pour avaler dans la perans danger. Pour cela il est nécessaire de continuer à avalant, de respirer juste au moment où l'on avale, etc. ;onditions, il n'est pas surprenant qu'ils n'arrivent à loindre gorgée de liquide dans la bouche leur cause

d*intoIérabIes angoisses et leur amène des sueurs froides sur tout le corps. Ils ne peuvent se nourrir qu'en absorbant un liquide goutte à goutte et Fok... met une journée entière pour absorber deux jaunes d'œuf délayés dans une cuillerée de jus de viande.

Ensuite on observe les phobies de la digestion. Le moindre trouble de la digestion, la moindre pesanteur d'estomac cause des angoisses et ces malades ont (c la mort devant les yeux » quand il leur arrive d'avoir un peu de pyrosis. Une forme curieuse de ce trouble détermine des douleurs à la fin de la digestion, surtout la nuit et réveille les malades par une crise de terreur qui survient en général vers une heure du matin. Lyx..., femme de 28 ans, se réveille à cette heure toutes les nuits : pâle, les yeux hagards, elle se contorsionne, prétend avoir d'horribles douleurs qui partent de l'estomac et attend sa mort prochaine. Dans d'autres cas plus communs, l'angoisse se développe même dans la journée à propos de toutes les digestions. Qsa... (108) homme de 55 ans, scrupuleux typique depuis son enfance, qui a traversé à peu près toutes les phases de la maladie, est surtout tourmenté depuis une dizaine d'années par la phobie de la digestion. A l'inverse des malades précédents qui ont la phobie de l'alimentation ou la phobie de la déglutition, il a le désir de manger et « mange tout ce que l'on veut lui donner » ; il voudrait même continuer à manger, car ses tourments ne vont commencer qu'au moment où il cesse de manger. A ce moment, l'estomac s'agite, se gonfle, se tortille « la masse alimentaire remue comme dans un sac, tous les membres sont brisés et remplis d'inquiétudes, le moindre mouvement tire sur l'estomac comme si tous les muscles y avaient leur point d'attache, les yeux sont retirés à l'intérieur du cerveau, toutes les pensées sont teintées de souffrances, etc. » Ces troubles s'accompagnent chez ce malade de tics, il a le tic de sucer quelque chose pendant qu'il digère, et fait une consommation invraisemblable des boules de gomme, enfin il présente le tic des vomissements qui a déjà été décrit. Si on le force à retarder le vomissement, l'angoisse augmente avec agitation motrice et agitation viscérale et peut amener dans les cas grave une crise que j'ai décrite sous le nom de la crise des efforts de vomissement. Les mêmes phénomènes s'observent chez beaucoup d'autres malades, car ces phobies de la digestion sont parmi les plus fréquentes.

La digestion intestinale cause les phobies du centre^ les sensa-

LKS OBSESSIONS. I. — l3

d'un ver quî a des pattes d'araîgnée qui se pelotonne

glissements froids ».

Ilil..., femme de 4o ans, nous montre la phobie de la m, « Elle va s'en aller en diarrhée, elle va perdre ses , elle souffre tant a cette pensée qu'elle aime mieux out de suite que d'aller a la selle. » Et il faut les supis de toute la famille pour la décider à ce sacrifice. Les driaques urinaires et génitaux sont innombrables et toujours leurs obsessions s'accompagnent de phobie de on, il est inutile d'y insister.

ut observer des phobies plus curieuses portant sur les j de relation. On connaît /^s phobies du langage^ Bq... nme de 38 ans, est soigné depuis cinq ans pour de prétenons du larynx': il a été dans plusieurs villes d'eau, il a subi rtes de traitements. C'est que depuis des années la parole ; plus en plus difficile ; quand il essaye de parler, il ressent esse générale, ses jambes flageolent, sa respiration s'arrête rps se couvre de sueur. Aussi n'assaye-t-il jamais de parler est debout, car il tomberait. 11 rattache tous ces troubles lions tuberculeuses qu'il doit avoir dans la gorge. L'exailus attentif que M. Cartaz a bien voulu répéter démontre irynx est absolument sain. Un peu de pharyngite survea des années et l'inquiétude causée par son métier de îen « qui l'expose aux poussières du charbon » ont déterforme de cette phobie.

;ns spéciaux sont susceptibles de présenter les mêmes s et les mêmes dysesthésies. L'odorat devient pénible odeur s'associe avec une des manies des scrupuleux. ), femme de ^9 ans, a peur de sentir une odeur surtout rine gauche, carrela lui donnerait des angoisses. Wy... lint les odeurs qui toutes rappellent l'odeur des parties i, et Ds... (i54), femme de 21 ans. aurait des angoisses si tait une odeur « car pour sentir il faut aspirer par cela fait monter dans le nez des petites bêtes, des , des punaises qui iraient jusqu'au cerveau ». Elle est )our compenser une odeur de se moucher indéfiniment.

Iiervin, Des phobies verbales. Paris, 1895.

L'ouïe est intéressée bien souvent dans toutes les phobies des bruits. Ot... (75), homme de 53 ans, retiré des afTaires, prend en dégoût son appartement, son quartier, se sent émotionné par le bruit qu^on y entend et en arrive à une terrible dysesthésie de l'ouïe. Il lui faut vivre dans une chambre matelassée pour qu'aucun bruit ne parvienne jusqu'à lui. Chez Bow... (76) s'ajoute un détail particulier : tous les bruits n'affectent pas douloureusement Toreille, mais seulement les petits bruits : bruit d'un fouet dans la rue, bruit d'une porte qui se ferme, c'est la microphonophobie. On retrouve ici l'attention des scrupuleux pour les petites choses que nous avons notée dans leurs manies de la précision.

L'œil donne naissance à un trouble remarquable qui semble une maladie spéciale, c'est la photophobie ou au moins une des variétés de la photophobie. Mv..., (loi) femme de t\i ans a assisté un soir a un concert où jouait devant elle un musicien aveugle, elle n'a pu s'empêcher de l'observer toute la soirée. Le lendemain, elle prie son mari de la mener consulter un oculiste, celui-ci examine les yeux qui ne présentaient à ce moment encore aucune douleur et ne constate aucune altération. Cependant Mv... n'est pas rassurée, elle déclare cet oculiste incompétent, et va en voir un autre, puis un troisième. Son agitation croissant, on la force à s'expliquer et elle finit par avouer qu'elle est poursuivie par la pensée d'être aveugle, qu'elle examine sa vue continuellement, que la nuit elle s'éveille en sursaut pour allumer une lumière et vérifier si elle voit clair. Chez cette malade s'est développée peu à peu une horrible algie de la paupière et des yeux; il suffit d'approcher le doigt des paupières pour provoquer des hurlements et de terribles angoisses. Même phénomène à peu près identique chez Mb... (i56) et chez Ria... (62) qui ont aussi peur d'être aveugles.

Ces dysesthésies des yeux peuvent amener les malades à redouter la lumière et à vivre dans l'obscurité. C'est ce qui arrive dans l'observation remarquable de Rs... (63). Cette femme, âgée de 59 ans, a toujours eu des troubles de la volonté, elle était inquiète, hypocondriaque, très exigeante et très autoritaire, ce qui arrive souvent chez les abouliques, comme on le verra dans le chapitre suivant. A l'âge de 56 ans, peu après la ménopause, elle eut à subir une épouvantable secousse : on amena chez elle sa fille, jeune femme mariée depuis peu, qui venait d'être horriblement brûlée dans un incendie. Rs... soigna sa fille avec cou-

trois jours sans pouvoir la sauver. La mort de cette ne sembla pas déterminer chez elle une violente .. s'étonnait de n'avoir pas assez de chagrin, de ►ir pleurer. Quelque temps après elle commença de ses yeux, parlant de cataracte, de paralysie, etc. uvait se servir de ses yeux h volonté, elle ne pouvait and elle fixait un objet, surtout un objet éclairé, elle s gêne, une émotion pénible qui la suffoquait. » )rit l'habitude de tenir les yeux mi-clos puis fermés porter comme une aveugle.

jeune femme de 26 ans, couvre constamment ses yeux indcau et refuse de voir la lumière « car les objets ? manière odieuse et effrayante ». Cela lui donne ngoisses à la pensée qu'elle va perdre la vue. Le irt est plus curieux, après une opération abdomiée d'ailleurs par une algie utérine, elle eut ce senzarrerie, d'étrangeté dans la perception des objets Ole si considérable chez les psychasthéniques. Elle ue sa vue était en jeu, qu'elle voyait mal, qu'elle la vue et présenta peu a peu les symptômes de cette

>n de Bry... 64), jeune homme de 16 ans, nous présente

photophobie un peu différentes : les phénomènes

réduits et les phénomènes organiques très aug-

feme des paupières, la congestion de la conjonctive,

it, l'hydrorrhée nasale qui lui fait mouiller cinquante

vingt-quatre heures sont des plus remarquables.

t courtes et se répètent tous les quinze ou vingts

'enfance. C'est là une forme différente de la mala-

emble se rapprocher des phénomènes épileptiques

urons h discuter au point de vue clinique dans le

3 de cet ouvrage.

algies et toutes ces phobies des fonctions présentères communs, elles se développent h propos d'une îrminée par l'excitation d'une partie du corps : la scies, le pharynx, l'oreille, les yeux. On pourrait e région est hyperesthésiée et qu'une maladie locale i sensations douloureuses. C'est ce qui amène si opérations chirurgicales en particulier sur les

ovaires. Cependant un examen attentif permet de constater que l'organe est parfaitement sain. Bien mieux les sensations déterminées par cet organe ne sont aucunement troublées, il n'y a pas d'anesthésie, ni même d'hyperesthésie véritable. Rs... dont la photophobie est si remarquable qui reste depuis trois ans saos ouvrir les yeux, qui se conduit tout à fail comme une aveugle a été l'objet de bien des examens par plusieurs oculistes : non seulement l'œil est absolument sain, mais la vision est complètement conservée, ni l'acuité visuelle, ni le sens des couleurs, ni le champ visuel n'ont subi la plus légère altération, elle voit mieux que la plupart des personnes de son âge. Chose curieuse, quand elle est ainsi l'objet d'un examen médical, elle ne bouge pas, tient les yeux ouverts sans se plaindre de rien, elle accepte qu'on dirige un rayon lumineux dans l'œil pour voir les réflexes, tandis qu'elle aurait des angoisses horribles pour regarder un objet.

On pourrait dire que la sensation intelligente est conservée mais qu'il y a un sens spécial de la douleur qui est seul hyperesthésié dans ces régions. J'ai souvent essayé de mesurer la sensibilité à la douleur avec une aiguille dont la pression variable peut être exactement déterminée, j'ai fait modifier dans ce sens Tappareil de Chéron pour mesurer la tension sanguine. J'ai d'abord déterminé la sensibilité à la douleur de la même région chez un individu normal, puis j'ai voulu mesurer cette même sensibilité chez les malades qui prétendaient ne pas pouvoir être touchés à cette région sans souffrir énormément. Il faut pour cela commencer par les rassurer, leur faire croire que l'examen médical est utile, arrêter un peu leurs ruminations et leurs obsessions, les intéresser à ce petit problème, leur apprendre à répondre exactement à quel moment le contact de l'aiguille devient pour eux une piqiWe douloureuse. Beaucoup ne laissent pas faire l'expérience : Mv... poussait des cris quand que je voulais approcher l'instrument de ses tempes ou de ses paupières et je n'ai pu obtenir sur elle aucun chiffre précis. Mais d'autres se décident à permettre cet examen : on est tout surpris de constater qu'ils arrêtent l'instrument au même degré que l'homme normal et que par conséquent ils ont conservé la même sensibilité douloureuse, ni moindre, ni plus grande. Dans quelques cas, il y a plutôt une certaine diminution de la sensibilité. Ces dysesthésies ne sont donc pas des troubles de la sensation de la région, ce sont des troubles géné-

LES AGITATIONS FORCÉI

étions envahissant tout l'organ I sensation de la région. Nouî des autres phobies, c'est ce c ces angoisses pour en cherch

- Les phobies des objets (Délit

;tat qui ressemble à une émo ûen plus souvent à la suite ne cette émotion est très red< e crainte, une peur de Tobjet îaractérise les phobies des obj

se développe quelquefois dès r quel sens même quand il es i-je folle ou ne le suis-je pas,

SauUe, faudra-t-il donc me nés, parce que je tremble à la

toucher chez moi ? Mais à

en est de même pour ceux straphobie) ou qui ont peur d s avoir pris beaucoup de plaiî pule de ce plaisir et depuis resi >yant ou en entendant les cloc malades, Xa..., qui a Tobse j, la phobie des couteaux, d a pointus ; mais en outre elle ranche d'arbre coupée, une fl( . Elle a des crises de phobie, e bois de Boulogne, parce q B allée un morceau de papier e fasse une allusion à Tun de obies à propos de tel ou tel m )ropos d'une personne qui a e ne peut plus revoir. Myl...

on rouge ou en voyant la lune, în voyant certaines rues de Pa

I Saullc, Folie du doulCy p. a6.

o/fV héréditaire, p. 63.

ce, Psycholotjical licview, i8()4, p. i34

la vîlle de Lyon où a été commis un crime et Gisèle en voyant sa petite fille qui lui rappelle le mariage et sa vocation religieuse manquée. Fi... (83), comme beaucoup d'autres malades, a ces terreur en voyant un chien, ou même en voyant sa femme parce qu'elle porte une robe qui a traîné place de la Concorde, rendezvous habituel, paraît-il, des chiens enragés, c'est la lyssophobie, Thydrophobie morale de Trousseau. Jean s'effraye en voyant des femmes dans les tramways ou en mangeant un repas servi par une femme. Il est donc évident que la vision ou l'audition peut être le point de départ de ces phobies.

Cependant c'est le contact qui détermine le plus souvent ces crises de peur angoissante ; l'observation a déjà été faite par Esquirol*. 11 décrit une femme de 34 ans qui se frotte constamment les, mains « elle a peur que quelque chose de valeur ne reste attaché à ses doigts. » Legrand du Saulle insiste surtout sur ce rôle du toucher puisqu'il veut, bien à tort à mon avis, faire de cette crainte une maladie spéciale ou du moins une phase spéciale de la maladie sous le nom de « folie du contact » : a une dame, dit-il, a d'abord peur des fautes d'orthographe, puis elle a la crainte de toucher tout ce qui sert à écrire » *. Trélat accepte la même idée, il décrit une personne qui se figure que tout son linge est empoisonné et que le contact en serait mortel "*. M. J. Falret explique des phobies semblables par la crainte que les objets ne soient de valeur ou ne soient sales*. « Une malade décrite par M. Tamburini ne peut plus toucher aucun objet de son appartement parce qu'elle les croit a souillés par l'urine des rats^ ». Une femme, raconte Féré", a fini par ne plus pouvoir marcher sans avoir constamment les orifices des narines et de la bouche obturés par une bande de tissu destinée à empêcher les parcelles d'hostie qui pouvaient être contenues dans l'atmosphère de pénétrer dans son corps pendant qu'elle n'était pas en état de grâce. » Bien des auteurs

Page 1