‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 95 sur 288 · SUBSTITUTION DES PHÉNOMÈNES SECONDAIRES AUX PRIMAIRES · texte numérisé non relu

SUBSTITUTION DES PHÉNOMÈNES SECONDAIRES AUX PRIMAIRES

personne. Quand ils s'en prennent aux objets et menacent de tout briser il y a énormément d'exagération dans leur attitude. Ils ne cassent que des objets in signi (liants auxquels ils ne tiennent pas. Si un jour Nadia a renversé un encrier, je crois que c'est tout à fait par hasard et qu'elle a été la première très dupe de ce résultat de ses agitations ; le plus souvent ces actes absurdes disparaissent dès qu'ils pourraient prendre quelque importance. I^es malades s'y laissent aller, par exemple quand ils sont seuls ou devant des personnes qui les connaissent assez pour n'avoir plus rien à apprendre en les voyant, mais dès qu'entrent des étrangers pour lesquels ces grimaces pourraient être révélatrices, ils se reprennent et tout s'arrête au moins momentanément. Claire est remarquable à ce point de vue et ne consent « à faire la folle » que devant sa mère, sa domestique ou son médecin. Enfin, on a déjà vu, en étudiant les tics, que ce sont des mouvements simples, maladroits, souvent symétriques, comme dans l'enfance, en un mot des mouvements d'ordre très inférieur.

Dans d'autres cas ces phénomènes semblent plus complexes puisqu'il y a de nombreuses pensées. Ce que vaut cette pensée est bien précisé par ce mot de rumination mentale, c'est une opération qui reste simplement mentale, intellectuelle et qui n'arrive pas à devenir réelle sous forme de croyance ou d'action. Ce sont des images légères, incomplètes, des mots surtout exprimant des idées vagues qui surgissent à la place de l'action concrète que le sujet n'exécute pas. Le sujet s'embrouille au milieu d'innombrables idées abstraites qui peuvent être rattachées d'une manière quelconque à la pensée primitive. « Il me semble, dit Gisèle, que j'approfondis l'idée d'une action très simple que je ne fais pas; j'en vois tous les détails même des détails très lointains qui s'y rattachent à peine ; je me fais l'effet d'être entrée dans l'idée, elle me tient, m'enserre de tous côtés et je ne puis plus en sortir. C'est comme si j'avais en moi-même un second moi détraqué qui voit tout ce que l'on peut penser à propos de la moindre action. »

Il est trop évident qu'ils n'inventent rien dans leurs ruminations : de ces heures de méditation si profonde il ne sort jamais un fragment d'idée à peu près intéressante ; il n'en sort pas non plus une seule croyance. Il est facile de voir que le malade ne prend pas au sérieux toutes les sottises qu'il radote; ses menaces, ses idées de culpabilité ou de danger restent pour lui tout à fait

CITATIONS FORCÉES

met jamais ses actions en rapport avec

manifestent en réalité peu d*intellistte rumination est enfantine et qu'elle aucoup, au début de ces études, de la ntre les ruminations d'une personne et Àse est une femme instruite, qui a lu /rages philosophiques, les comprend ^ersations montre un esprit assez large, snt aux questions obstinées des petits

du « comment » et du « pourquoi ».

^es sont remplis par les plus basses * raisonnements sur le diable et le bon âges avec le ciel et avec l'enfer dignes 3 nègre. La malade sait fort bien que I compte que c'est de beaucoup auntal habituel, il en est ainsi chez tous pensées semblent manifester un retour la barbarie.

)che aussi du rêve dont elle a le vague, l'incohérence. Un autre caractère du ces ruminations c'est la déclamation.

fc déclamateur « une puce me pique, dit )up d'épée.» De même dans ces rumiragique ; il ne s'agit que de mort, de fanticide, de pacte avec les démons. 11 entre le fait et l'expression quand on si je fais une seule fausse note dans l'âme de ma mère que j'irai en enfer . » La déclamation qui est un grand ntales domine dans le délire de persése prend l'aspect d'une cruauté inouïe,

ces ruminations oii tout est grandi ip plus que le sujet ne le pense en

t l'esprit pendant la rumination reprén autre «ige, des idées d'enfance, des ancienne et inférieure ou d'un milieu dées analogues au rêve. Ne puis-je pas sont des idées inférieures à celles que

le sujet devrait normalement avoir dans les circonstances où il se trouve placé.

Les angoisses paraissent des phénomènes plus importants puisqu'elles donnent lieu a de grandes souffrances. Mais on peut remarquer que leur importance est plus apparente que réelle : ces grands mouvements viscéraux, ces palpitations du cœur, ces respirations rapides sont le plus souvent sans aucun danger et amènent moins de syncopes, moins d'évanouissements, moins de maladies sérieuses que les émotions réelles et moins bruyantes. On connaît beaucoup de maladies produites par des émotions, mais il est bien rare qu'on les observe après des agoraphobies ou des éreutophobies.

Ces émotions pathologiques^ en effet, ne sont pas des émotions précises en rapport avec une situation réelle, ce sont les émotions les plus simples, les plus élémentaires et les plus abstraites en quelque sorte. Les angoisses se rapprochent de la peur qui est la plus élémentaire des émotions, qui existe tout à fait au début de l'évolution des sentiments. Et même, comme on Ta vu, l'angoisse n'est pas précisément de la peur, c'est une émotion encore plus élémentaire que celle de la peur. En réalité ce sont des convulsions viscérales très désordonnées, comme les mouvements eux-mêmes dans les agitations motrices. On peut donc les considérer comme des phénomènes inférieurs au-dessous des émotions qui devraient réellement se développer à ce moment.

En un mot, aux phénomènes primaires qui ne sont pas exécutés ou qui sont exécutés avec un certain trouble se substituent des phénomènes secondaires qui ont comme caractère essentiel d'être des phénomènes psychologiques exagérés sans doute, mais élémentaires, inférieurs, sans rapport avec la réalité extérieure et par conséquent tout à fait inutiles.

A côté de ces caractères essentiels de la crise se placent certains caractères apparents qui jouent un grand rôle dans les descriptions classiques des obsessions, la conservation de la conscience pendant la crise^ Uirrésistibilité de ces agitations et la satisfaction

nsécuti^e à la fin de la crise. Ces caractères qui sont compris I général d'une façon très vague nous semblent beaucoup moins iportnnts que ceux qui viennent d'être étudiés. Il suffit de les ^naler rapidement ici pour montrer qu'ils rentrent en réalité ns un groupe de faits beaucoup plus vaste, celui des sentiments rouvés par le sujet pendant les crises et qu'ils nous amènent une nouvelle étude.

En premier lieu, le caractère insignifiant des opérations seconires est jusqu'à un certain point apprécié par le sujet lui-même li semble se rendre assez bien compte de l'inutilité et de bsurdité de telles opérations. C'est là ce qu'on appelle la nservalion de la conscience pendant la crise. Faut-il entendre par là que le sujet sait comme nous que ces [)uvements, ces efforts, ces procédés de perfectionnement, ces cherches mentales n'ont aucun sens et que ce sont des rêves lérils ? Evidemment non, car alors il n'aurait aucune maladie; 1 arrivait à la négation nette et définitive sur un point, il aurait rminé ce premier acte qui est le point de départ de tout le ste et il n'aurait pas de rumination. En réalité il n'arrive mais à cette négation, car il nous demande toujours, comme se le demande à lui-même : Est-ce que je suis maudit à cause

mes serments ? Est-ce que je ne dois pas chercher à faire [eux ? Est-ce qu'il n'y a pas de danger? Ce qu'on appelle nscience de la rumination ne doit pas être pris dans le sens

négation de la rumination.

Faut-il entendre par cette conscience de l'obsession que les actions psychologiques restent intactes pendant celte période? )us aurons à étudier ce problème en détail dans le chapitre ivant, mais dès maintenant la réponse est probable. Peut-on nsidérer comme intact l'état mental d'un sujet qui ne peut rvenir au terme des actes volontaires, des croyances, des lotions qu'il commence et qui remplace ces actes par des opétions inutiles et absurdes? Il est bien probable que la conience dans ce sens n'est pas conservée.

La conscience que le malade a de la valeur de ses phénomènes condaires me semble consister simplement en ce fait, qu'il ne livre pas complètement à ces opérations, qu'il n'est pas coraètement envahi par l'agitation, par l'interrogation, par l'apr âsse. L'opération lui semble incomplète et il ne se laisse pas 1er à un véritable délire. Il critique ces opérations, il en est

mécontent comme il était mécontent des opérations primaires : il applique ses manies du doute à ses ruminations elles-mêmes. Nous retrouvons ici les mêmes sentiments d'insuffisance qui existent partout mais qui ici rendent service au malade en Tempéchant de délirer complètement.

Un autre caractère présenté presque toujours en second lieu semble avoir plus d'importance, c'est Yinésistibilité du processus mental pathologique. Ces trois opérations secondaires : les mouvements, les ruminations, les angoisses sont toujours représentées comme s'imposant au sujet d'une manière irrésistible. Zwangsvorstellungen disait Westphal, Zwangsprocessus disait M. Meschede, diathèse d'incoercibilité psychique, disait M. Tanzi \ M. J. Donath de Buda-Pest * avait même proposé pour réunir tous ces faits le nom bizarre d'anancasmes (ovoy^^^).

Ce caractère est pourtant moins clair qu'on ne se l'imagine. Veut-on dire par là que ces phénomènes sont déterminés, qu'étant données certaines circonstances physiologiques et psychologiques qui en sont les conditions, ils ne peuvent pas ne pas se produire ? Mais c'est là simplement l'expression de la loi générale du déterminisnae à laquelle sont soumis tous les phénomènes sans exception qu'ils soient pathologiques ou non. Pourquoi ne pas dire aussi que le syllogisme, la colère, la mélancolie ou la démence sont des zwangsprocessus ?

Veut-on dire par là que ce sont des opérations qui amènent toujours régulièrement à leur suite l'exécution d'un acte auquel pense le sujet ? Si l'on parle d'homicides, de suicides, de vols, d'actes véritables, c'est-à-dire d'actions qui modifient la réalité donnée peut-on dire que les obsédés présentent des impulsions irrésistibles ? En aucune façon : ces malades, qui n'arrivent pas à exécuter les choses les plus simples, exécutent encore bien moins les actions complexes et invraisemblables dont ils ont l'idée. Nous avons vu que les obsessions des scrupuleux n'aboutissent jamais ni à l'exécution matérielle, ni à la croyance, ni à l'hallucination ; en ce sens elles ne sont donc aucunement irrésistibles.

Veut-on dire que les opérations dont l'exécution est régulière

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