LES OBSESSIONS SACRILÈGES ET EROTIQUES
c'est la période des phénomènes secondaires, des tics et des manies mentales auxquelles elle ne peut plus résister. Elle a toutes sortes de tics; mais les plus curieux, ce sont les tics d'efforts que nous n'avons jamais vus aussi remarquables. Le sentiment d'insuffisance est si pénible qu'elle invente toutes sortes de grimaces, de contorsions, d'efforts physiques pour y échapper. Elle sent qu'il y a là une faiblesse mentale, qu'il faut faire un effort pour en sortir; mais ses efforts sont uniquement symboliques et physiques. Ce sont des secousses des bras, des jambes, de la gorge, des morsures à ses mains, des changements du rythme respiratoire, et surtout d'énormes contorsions du corps. Elle en arrive à se rouler par terre, à secouer son ventre et son thorax de la manière la plus extraordinaire : il lui semble qu'il faut faire un effort ou du ventre ou du cœur, et elle se roule ainsi pendant des heures. On comprend comment des observateurs non prévenus pourraient se tromper sur le diagnostic et comment ils prendraient facilement ces contorsions pour des crises d'hystérie. A notre avis, les caractères sont tout différents ; la conservation de la conscience, et, après la crise, la conservation de la mémoire, la possession que le sujet garde de lui-même et qui lui permet de s'arrêter brusquement dès que quelqu'un entre, le caractère volontaire de ces contorsions en font un tout autre phénomène.
Ces crises d'efforts, qui en réalité se rapprochent des agitations motrices et des tics, sont très fréquentes chez les psychasthéniques et se présentent sous divers aspects. Les malades prétendent faire des efforts, ou des expiations, ou des mortifications. Une autre malade que nous étudions en ce moment, Ne..., jeune fille de 20 ans, se raidit continuellement au point de simuler des contractures, elle prend dans son lit des positions fausses, fatigantes, elle se prive de boire en mangeant, elle mange très lentement, elle grince des dents, etc., tout cela « pour faire des efforts qui sont nécessaires, pour se transformer par des mortifications «. Celle-ci a été plus loin, puisqu'elle a pris la singulière manie de se brûler la peau des bras en y versant des gouttes d'eau bouillante et de se lier les cuisses avec une ficelle très serrée. Comme les psychasthéniques, elle n'a pas l'intention de se blesser gravement, c'est accidentellement qu'elle s'est fait une brûlure trop forte. Mais elle cherche dans la douleur et dans l'effort une excitation qui la sorte de ses pénibles sentiments d'incomplétude. Ces
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crises d'eiTorts doivent être bien connues, elles sont tout à fait caractéristiques de ces scrupuleux.
A côté de ces agitations piiysiques, se développent chez Claire les manies mentales : manie de la recherche, manie de retrouver exactement la même pensée à la même heure et au même endroit, manie de faire tout par ordre, et de repasser toujours par les mêmes phases avant d'arriver à un mot ou à une action nouvelle, manie de la répétition, manie du retour en arrière, qui lui fait prendre le chemin de fer en horreur et qui lui fait exiger le retour à la station précédente, manie des serments, etc., etc., il n'est pas une de ces manies à laquelle elle échappe. Les phobies sont moins développées, car en sa qualité de malade avec rumination mentale, elle a peu d'angoisse, mais il y a encore une foule d'objet, de mots, de lieux qu'elle redoute et qui provoquent particulièrement des crises d'efforts : citons simplement entre autres les cabinets d'aisance. Voilà les agitations physiques et mentales qui remplissent cette seconde période.
La malade dit très bien que peu de temps après est survenue une troisième période quand elle a eu malgré elle des idées horribles, capables de lui montrer plus clairement encore la chute profonde qu'elle avait faite. Ce sont évidemment les obsessions précises qui se sont développées à ce moment, d'abord l'obsession de la honte de soi à un degré invraisemblable, puis l'obsession sacrilège. D'après ses dires, il n'y a plus rien en elle qui soit resté à peu près présentable, elle se méprise en tout, et elle déclame contre ses sens, contre sa mémoire aussi bien que contre sa volonté et contre ses sentiments. Elle n'est plus bonne qu'à regarder et à accomplir des sacrilèges « à regarder les parties de Dieu sous le voile qui cache le Christ », puis à se repaître du spectacle du membre viril souillant une hostie. Ces obsessions qu'elle déclare elle-même plus ridicules que les précédentes manies des efforts lui paraissent indiquer une période plus grave dans sa maladie, parce que avec sa manie de précision elle les a rendues symboliques. Son abaissement est représenté par un précipice dans lequel elle est descendue, dans lequel il lui semble qu'elle continue toujours à descendre plus ou moins vite et son irréligion s'est symbolisée dans l'hallucination sacrilège que nous connaissons. Aussi, cette dernière période est-elle remplie par les obsessions hallucinatoires.
C'est à Ce moment que Claire, âgée de 20 ans, fut conduite à