I. Névroses et idées fixes, II, p. a
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le sujet présente dans son état actuel des signes d'un état maladif: modification de température, langue saburrale, mauvais aspect du visage. La stupeur, on a beaucoup insisté sur ce point, avant d'être une maladie mentale est une maladie physique. Or, ici, ces deux caractères nous manquent à peu près : il n'y a pas eu de maladie antérieure et ensuite l'aspect physique n'est pas très mauvais. La malade est amaigrie, parce qu'elle refuse de manger depuis quelque temps, mais il n'y a jamais de fièvre ; la langue est assez nette et le teint assez bon.
Nous savons, d'autre part, qu'il existe des confusions mentales secondaires qui viennent principalement à la suite des idées fixes ou à la suite de l'hvstérie, mais c'est ici que notre observation estincomplète, car il faudrait pouvoir examiner l'état mental de la malade pour savoir de quelle névrose il s'agit. Or, on ne peut rien en tirer et les renseignements fournis parles parents sont bien insuffisants.
Il ne semble pas y avoir d'antécédents héréditaires bien nets. Cette jeune fille aurait été, jusqu'au mois d'octobre dernier, raisonnable, quoique d'une santé un peu délicate. Tout aurait commencé, il y a six mois, à l'occasion de la mort de sa mère. A ce moment, elle semble avoir eu une crise de délire de scrupule. Elle se reprochait la mort de sa mère, s'accusait de toutes sortes d'indélicatesse, de crimes même, plus ou moins imaginaires. Elle prétendait avoir à recommencer sa vie et ne pas savoir comment s'y prendre. Elle parlait de suicide et essaya même de s'empoisonner. Diminution du délire en décembre, rechute en janvier; elle se montrait alors très exaltée, de nouveau amélioration en février. On remarque que les règles n'ont pas réapparu depuis le mois d'octobre. Depuis une quinzaine de jours, en avril, tout s'est aggravé, elle a recommencé ses reproches contre ellemême et s'est mise à refuser de manger. Peu à peu, elle a refusé de bouger, de répondre et voici une dizaine de jours qu'elle est en stupeur. Amenée dans le service, elle n'a présenté aucune résistance, elle se laisse nourrir à la condition que les aliments soient liquides et qu'on lui mette la cuiller dans la bouche. Elle serre les dents s'il y a quelque chose de solide.
De temps en temps, la nuit surtout, elle fait quelques mouvements sans signification, elle reste assise sur son lit ou bien elle rapproche sa tête de ses pieds ; enfin il faut noter qu'elle gâte dans son lit. C'est donc tout à fait une confusion mentale stupide qui a succédé a une agitation délirante durant depuis cinq mois
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et dont le principal caractère était Tauto-accusation à propos de la mort de sa mère.
Faut-il considérer cette stupeur comme un épisode du délire du scrupule. A-t-elle eu antérieurement un véritable état psychasthénique ? Ce serait très intéressant, car si nous avons vu dans le délire du scrupule l'agitation délirante, le délire démoniaque, nous n'avons pas encore rencontré cette l'orme de stupeur.
Au contraire, nous avons vu très souvent la stupeur chez les hystériques : cette jeune fille a-t-elle présenté antérieurement des phénomènes caractérisant l'hystérie ? Une observation plus complète, quand la malade se décidera à parler, nous permettra de décider entre l'une et l'autre origine.
En ce moment l'état s'aggrave plutôt, la malade refuse de manger d'une façon complète et nous allons être obligés de la nourrir à la sonde. Les purgatifs, les désinfections gastro-intestinales, le régime lacté sont pour le moment plus indispensables qu'un traitement moral.
Nous sommes heureux de vous présenter après trois mois cette intéressante malade complètementtransformée. Elle est restée un mois à peu près dans l'état de stupeur où vous l'avez vue, ce qui fait deux mois et demi en tout. Puis elle s'est réveillée graduellement, elle a commencé à manger seule, puis à parler. La convalescence a été assez rapide et Eu... s'est métamorphosée.
Cette jeune fille nous a mieux raconté sa maladie : elle était tourmentée par des scrupules (sentiment d'étrangeté, défaut de perception, le voile sur les choses, puis par des manies mentales d'interrogation) depuis bien des années. La mort de sa mère, avec qui elle n'était pas en très bons termes, l'a bouleversée. L'obsession de remords s'est développée h ce propos comme dans beaucoup de nos observations précédentes. Elle se demandait si elle avait tué sa mère et elle se rappelle très bien qu'elle souffrait beaucoup de ces interrogations tout en les jugeant absurdes. Puis les souvenirs deviennent vagues. Elle sait qu'elle était triste, qu'elle avait un grand regret d'être au monde, elle sent vaguement qu'elle a rêvé, mais elle ne sait pas bien ce qui s'est passé pendant les deux mois de la confusion mentale. Nous espérons que quelques précautions permettront d'éviter une rechute. Il était intéressant de vous montrer ce remarquable cas de stupeur survenant au milieu du délire du scrupule.
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Observation 224 his. — État de stupeur progressive. — Aboulie, agilation mentale^ héhéphrénie.
Nous avons tous, quand nous examinons certains malades, une fâcheuse habitude, c'est de les ranger rapidement dans certains cadres tout faits et très vastes, ce qui nous dispense de préciser le diagnostic. Il est en particulier un terme bien dangereux à ce propos, c'est le terme de « neurasthénique ». On l'emploie à tout propos et pour toutes sorte de gens. Il serait bien désirable et c'est malheureusement un désir difficile à réaliser que l'on puisse un peu subdiviser le groupe des malades que l'on met sous cette étiquette et préciser leur diagnostic.
Voici une malade, Vr.. ., âgée de 26 ans, que depuis dix ou douze ans on appelle une neurasthénique. 11 est possible que nous ne puissions pas faire beaucoup mieux car les symptômes qu'elle présente sont au premier abord assez vagues : fatigue, tristesse, immobilité, de temps en temps des céphalalgies, etc., mais nous croyons au moins possible de vous montrer que, si neurasthénie il y a, c'est une neurasthénie bien particulière, bien spéciale et bien grave.
Les antécédents héréditaires sont déjà instructifs, le père et la mère se portent bien et semblent n'avoir été ni alcooliques, ni nerveux. Mais une tante paternelle a présenté en 1870, au moment de la guerre, un violent délire et est morte dans un asile.
La malade, elle-même, a toujours été chétive, mais se portait assez bien dans son enfance ; elle fut réglée tard à seize ans sans accidents, on la trouvait seulement un peu triste, sombre et peu courageuse ; elle avait peur de voir des visages nouveaux, de commencer un nouveau travail, etc.
A dix-huit ans sans que nous puissions en connaître les détails, elle eut une sorte de délire aigu avec petites convulsions. Elle criait qu'elle avait peur, voyait des bêtes qui voulaient la manger, des gens qui la menaçaient ; le délire ne dura que deux jours et cessa subitement ; elle en conserva un certain souvenir quoique assez vague, disant qu'elle avait été sotte de croire à ces choses. Elle resta cependant sombre et effrayée, travaillant beaucoup mais