‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 113 sur 178 · ÉTAT EXTATIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT EXTATIQUE

Il n'est pas surprenant qu'il ait fini par verser clans un état plus grave : une crise de mélancolie dépressive a remplacé les crises d'obsession habituelles.

Il en est tout à fait de même chez cet autre malade, un homme de 5o ans, Dde..., avec cette différence que sa mélancolie mériterait plutôt le nom de mélancolie anxieuse. Il ne reste pas assis comme le précédent, il va, il vient, il s'agite incessamment, il bavarde tout le temps sans que l'on puisse toujours comprendre ce qu'il dit. Il est inconsolable, parce qu'il va difficilement à la selle, parce qu'il ne dort pas. « Il ne retrouvera plus jamais le sommeil, il est ruiné, etc. » Autrefois, c'était le type de ces individus craintifs, timides, qui n'ont jamais pu aller au lycée, qui n'ont jamais pu se marier. Il vivait avec sa mère qui le guidait encore comme un petit enfant, qui le rassurait quand il était pris de ses phobies surtout hypocondriaques. Il y a trois mois, sa mère très âgée a été malade, il a eu peur de la perdre comme un scrupuleux qui éprouve le besoin de direction ; mais au lieu de commencer la crise ordinaire d'obsession, il est entré dans cet état de mélancolie anxieuse qui semble avoir une plus grande gravité.

Ces deux malades ont guéri de cette crise de mélancolie surajoutée à leur maladie ordinaire ; ils n'ont conservé que l'aboulie, le doute et la disposition aux obsessions, en un mot ils sont revenus à l'état qu'ils présentaient antérieurement peut-être avec une certaine aggravation.

Observation 228. — État extatique. — Inertie et béatitude, scrupules religieux antérieurs, manie de la répétition.

Tja maladie du scrupule ou les états psychasthéniques ont déjà pris sous vos yeux des formes bien différentes, depuis les simples troubles neurasthéniques jusqu'aux tics, aux phobies, aux manies mentales, aux obsessions de toute espèce. Comme il n'y a pas de limite infranchissable entre les diverses maladies de l'esprit et que nos divisions ont toujours quelque chose d'arbitraire, il est évident que la maladie du scrupule peut se compliquer encore, et peut conduire les sujets à des troubles plus complexes et plus

graves se rapprochant de telle ou telle forme des maladies mentales. Nous ne pouvons entrer sérieusement dans cette étude qui nous obligerait à examiner toute l'aliénation. D'ailleurs il n'est pas impossible qu'un jour nous n'abordions l'étude de quelques-unes de ces maladies voisines du scrupule, les délires systématisés par exemple, et il est inutile d'effleurer maintenant ce sujet. Cependant nos leçons de cette année ne nous sembleraient pas complètes si nous ne vous présentions quelques exemples de ces folies vésaniques auxquelles la maladie du scrupule semble préparer.

Cette jeune fille de aS ans, Chv..., a eu jusqu'à l'année dernière une évolution tout à fait identique à celles des malades que vous avez vus cent fois. Fille d'un père aboulique, inquiet, qui est mort tuberculeux, elle a commencé la maladie du scrupule à la première communion comme toutes les autres. Aboulie, tristesse, ruminations mentales, interrogations indéfinies sur les confessions, manie de répéter les prières, manie de la perfection dans l'honnêteté, etc. Elle passait la nuit à genoux pour essayer de bien dire une petite prière cjui lui paraissait tout à fait insuffisante, elle faisait des querelles à sa mère qui tient un petit restaurant parce qu'elle faisait payer soixante-quinze centimes un bifteak de cinquante. Jusque-là, c'était tout à fait la forme connue de la maladie.

Depuis un an, il semble que ces agitations aient disparu, Chv... reste calme avec un sourire béat, elle ne veut plus rien faire, répond à peine, et se déclare parfaitement heureuse. Nous avons obtenu d'elle quelques explications : « elle n'est plus troublée, dit-elle, elle a trouvé le calme, la béatitude ;... elle sent que Dieu lui a tout pardonné, et qu'elle vit comme auprès de lui. Elle voulait entrer au couvent des carmélites; ce n'est plus nécessaire, car elle a trouvé le ciel en restant immobile dans le monde. ))

Qu'est-ce qu'un pareil état ? Nous avouons notre embarras, on ne peut pas appeler mélancolie un état ou domine le sentiment de bonheur. Ce n'est pas de la stupeur, elle comprend tout et répond bien si elle le veut; c'est plutôt un délire mystique se rapprochant des délires systématisés. Mais nous devons reconnaître que la systématisation n'est pas très nette. Elle sait très bien qu'elle est toujours sur terre, et quand on insiste elle ne délire réellement pas. Est-ce délirer que se déclarer parfaitement calme et contente ? Les seules choses à lui reprocher c'est son inertie absolue depuis un an, son mutisme et son insomnie. Les symp-

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