INTRODUCTION XIX
qui détermine les pins grands troubles de la conscience. Le fait est en général assez juste, mais nous l'interprétons autrement. Ce n'est pas par hasard que le sujet a des idées en contradiction avec ses tendances naturelles et des idées d'actes, inexécutables pour lui. De telles idées, avec de tels caractères, sont le résultat de son état d'esprit antérieur. Le sujet, incapable d'agir, mécontent de lui-même, conçoit nécessairement des idées de honte, de dépréciation personnelle et de crime. Il a la manie de pousser toutes ses conceptions à l'extrême, précisément parce qu'il n'arrive jamais au terme, dans la réalité, et qu'il souffre de cette incomplétude. La conception extrême de la honte et du crime est nécessairement, pour chaque sujet, la pensée de l'action la plus opposée à ses propres tendances. C'est pourquoi on remarque que les obsessions sont variables suivant les sujets : le crime inventé par l'homme adulte n'est pas le même que celui de la mère de famille qui pense à tuer ses enfants ou de la jeune fille qui pense aux crimes génitaux \ Ajoutez que les malades, incapables de rien exécuter, ne cherchent pas à se représenter des choses qu'ils puissent faire réellement : ce n'est pas parce que l'obsession est contraire h leur tendance qu'ils ne l'exécutent pas, c'est parce qu'ils sont incapables de rien exécuter, qu'ils aiment à se représenter ces choses tout à fait exagérées et contraires à toutes leurs tendances.
Ce n'est pas non plus parce que l'obsession est en opposition avec leur caractère qu'ils en sont très tourmentés, c'est au contraire parce qu'ils sont déjà, depuis longtemps, très tourmentés et très inquiets, qu'ils conçoivent cette idée extravagante pour résumer leur trouble. En un mot, il ne faut pas renverser les termes et dire que c'est l'obsession qui explique l'état mental du sujet, tandis que c'est au contraire l'état mental du sujet qui détermine l'obsession.
Les autres phénomènes, qui caractérisent l'état de la conscience du sujet pendant la crise d'obsession et dans l'intervalle des crises, ont été déjà longuement étudiés. On a vu que, malgré la permanence et l'évocation de l'obsession, il y avait simplement tendance à l'action sans exécution complète, tendance à l'hallucination sans hallucination complète, tendance à la croyance, mais toujours avec doute et critique de l'obsession". Cette étude se