INTRODUCTION XIII
besoin de direction, le besoin d'être aimé semblent difficiles à distinoner des obsessions amoureuses. En pratique, cela est très vrai et il est souvent fort difficile de dire si telle malade, que l'on ne connaît pas encore très bien, est simplement tourmentée par des sentiments d'incomplétude en rapport avec un abaissement réel de sa tension psychologique, ou si elle est déjà parvenue à des idées délirantes, à propos de ces mêmes sentiments. Nous admettons fort bien que nous ayons pu nous tromper, à ce propos, dans tel ou tel cas déterminé'. Mais il ne nous semble pas qu'il faille aller au delà et considérer nos études sur les sentiments d'incomplétude comme identiques à la description des obsessions proprement dites. Les idées obsédantes sont des phénomènes psychologiques qui ont subi une évolution beaucoup plus avancée; ce sont des idées abstraites et générales dont la portée dépasse de beaucoup ce que le malade éprouve et constate en lui-même. Il y a, à propos de ces idées, des réflexions, des interrogations, des combinaisons imaginaires, tout un travail mental qui n'est aucunement contenu dans les simples sentiments dont nous parlons ici. Sans doute, ce sont des degrés d'un même phénomène, mais des degrés qu'il est très important de distinguer pour établir les groupes cliniques et pour comprendre la genèse des obsessions. Il est d'ailleurs facile de faire cette distinction chez beaucoup de malades et de reconnaître que celui-ci n'a qu'un sentiment vague, non obsédant et, en somme, assez juste des modifications de sa personnalité, tandis que cet autre est tourmenté, à ce propos, par des idées générales de suppression de la personne, d'inversion sexuelle, de mort, de tombeau noir, etc., que celui-là sent qu'il a besoin d'être aimé, d'être dirigé, « qu'il a toute sa vie cherché sans le trouver le véritable ami », tandis que cet autre a une obsession déterminée par rapport à telle ou telle personne dont il réclame l'amour comme le seul soulagement de ses maux et à propos de laquelle il invente toute une construction imaginaire. Ces remarques nous ont conduits à maintenir un second groupe composé des malades qui ajoutent les sentiments d'incomplétude aux troubles précédents. Nous avons rapproché de ce groupe quelques observations de malades épileptiques qui présentent des sentiments analogues, sans prétendre pénétrer ici aucunement dans l'étude de l'épilepsie et sans penser que cette analogie dépasse