‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 10 sur 380 · I. Georges Rodenbach, Musée de béguines · texte numérisé non relu

I. Georges Rodenbach, Musée de béguines

iience de Sœur Marie des Anges, mais les premières périodes de la maladie sont rcmarquahlemcnl décrites, l'attitude de la sœur lu confessionnal et ses angoisses après l'absolution semblent avoir ilé copiées sur nos malades! Ce genre de pénitentes est sans cloute bien connu par les prêtres qui, si j'en juge par mes malades, doivent être assourdis par les doléances relatives aux ansiennes communions.

Nous constatons ensuite des remords pour tous les crimes qui tout à l'heure, se présentaient comme des impulsions. Il est à remarcruer, en effet, que les malades qui se disent poussés à accomplir un meurtre sont souvent les mêmes qui, quelques jours après, vont avoir des remords comme s'ils avaient réellement commis cet acte. Ainsi, du vivant de sa belle-mère, Ger... était poussée à la tuer; quand cette femme fut morte, elle s'accusa d'avoir causé sa mort. Vi... s'accuse d'avoir accompli toutes les actions auxquelles, comme nous l'avons vu, elle se sentait poussée. Elle a causé la mort des gens, elle a étranglé, elle a blessé des passants, envoyé des lettres compromettantes, versé du poison, trompé son mari, etc.

D'autres, sans avoir eu d'impulsions précises, ont perpétuellement et uniquement des remords. Rob... (119), qui tient une caisse dans une maison de commerce, est poursuivie par l'idée qu'elle a mal rendu la monnaie, qu'elle a volé. We... (170) se reproche tous les chagrins, tous les malheurs qu'elle voit arriver autour d'elle, parce qu'elle s'accuse de les avoir autrefois prévus et souhaités. New... (212), homme de 3o ans, invente tout un véritable délire rétrospectif, il se reproche sa conduite indécente à l'école et il invente que tous ses maîtres ont abusé de lui, cela devient un roman assez compliqué. Kl... est poussée à penser que son enfant n'est pas le fils de son mari, ce problème dissimule une véritable obsession de remords, c'est une manière de se demander si elle a trompé son mari. Dk... (216) a l'idée qu'il y a quinze jours, il a pu tuer quelqu'un ; il va dans la rue trôler les sergents de ville et se trouve sur le point de les prier de l'arrêter. Xya... (25) n'a pas assez bien soigné ses enfants et les a fait mourir. Lise, si on la croit, a fait tous les crimes possibles : communions sacrilèges, meurtres, infanticides innombrables (elle s'accuse d'infanticide toutes les fois qu'elle a des rapports avec son mari non suivis de conception) actes contre nature, etc. Rk... à 3o ans se souvient qu'à l'âge de 3 ans il venait le matin dans

le lit de son père avec sa petite sœur âgée de 4 ans, il croit qu'à ce moment il a abusé de sa petite sœur et il est effrayé à la pensée de cet inceste.

Za... a des remords de ce genre assez curieux parce qu'ils s'accompagnent d'images innombrables analogues à de véritables tableaux. II a la manie de s'accuser de tous les meurtres dont il entend parler. Ainsi, on lui apprend, à la campagne, qu'un vieillard de 84 ans a été trouvé mort sur une route. Immédiatement, il se dit que c'est lui qui l'a tué pour lui prendre son argent. En passant près d'une maison, il a entendu ou cru entendre le bruit d'un revolver et il apprend ensuite qu'un homme s'est tué dans cette maison. Aussitôt il en conclut qiie c'est lui qui a tiré le coup de revolver et tué cet individu. L'obsession de ce remords a duré deux ans. « J'éprouve, dit-il, en parlant de ces remords, toutes les émotions du voleur, de l'assassin, toutes les tortures du remords pour ces crimes imaginaires. Je vois les suites du crimes, je vois deux agents venir me saisir au milieu des miens, je vois la prison, le cabinet du juge d'instruction, la cour d'assises ; je me vois au banc des accusés, dévisagé jjiar mes collègues qui chuchotent entre eux : on ne s'en serait jamais douté. Je subis les angoisses de l'incertitude qui précèdent les verdicts du jury et je travaille à reproduire en moi-même les impressions du condamné à mort qu'on ligotte pour le conduire au lieu de l'exécution*. »

Une seconde forme de l'obsession du remords, plus grave qu<i la précédente et qui peut correspondre à une l'orme très avancée de la maladie, c'est ^e remords général portant sur tous les actes de la vie presque sans exception. Claire serait une malade de ce genre, elle ne peut « réfléchir à aucune de ses actions, quelle qu'elle soiî sans en être accablée de remords » . Nous étudierons ce cas à propos dés obsessions de honte.

Dans certains cas, en effet, le remords portant même sur un acte déterminé s'associe avec une honte de toutes les actions. Xvb... (209) pour une raison quelconque a renvoyé sa blanchisseuse, puis s'est décidée à la reprendre. Elle croit avoir été injuste en la renvoyant, puis avoir manqué de décision en la reprenant. Il résulte de ce remords qu'elle trouve mauvaise toute sa conduite, il ne lu

I. Une observation inicrossante que l'on peut comparor à celle-ci a été publiée par M. Bramwell dans le Brain, 1896, 344 : « H invente des histoires absurdes à propos d'un empoisonnement qu'il prépare, il se" représente la tragédie, l'enfan buvant le chocolat et mourant dans une horrible agonie, etc... »

est plus possible de rien faire correctement tant qu'elle n'a pas réparé sa conduite vis-à-vis de sa blanchisseuse. Elle prend des précautions pour être toujours liée à celle-ci, par exemple, elle veut toujours lui devoir une petite somme d'argent afin de ne plus pouvoir la quitter, mais jamais elle ne peut effacer le remords de son action irréparable.

Une obsession curieuse me paraît devoir être rattachée à ce o-roupe, ce sont les « remords de vocation », le malade se reproche d'avoir « manqué sa vocation ». J'ai déjà étudié l'observation intéressante de cette femme obsédée par le regret de « n'être pas institutrice », de « n'avoir pas au moins épousé un instituteur » \ On observe bien plus fréquemment des femmes qui se reprochent de n'être pas entrées dans un couvent, de n'être pas religieuses. C'est le cas typique de Gisèle femme de 3o ans (171), qui trouve que toute sa vie est manquée, mauvaise, que tous ses actes sont altérés parce qu'elle n'est pas religieuse. Se reprocher une faute dans le choix d'une vocation, c'est une manière de se reprocher en général toutes les actions de sa vie.

Toutes ces obsessions à propos d'idées morales, à propos d'inpulsion au crime et surtout à propos de remords ont certainement, malgré leurs différences, des traits communs. C'est ce qui m'a permis de les ranger sous ce titre commun : les obsessions criminelles.

Un autre genre d'obsession voisin des précédents, bien entendu, mais un peu plus simple peut-être se retrouve chez les scrupuleux, soit isolés dans des cas relativement bénins, soit en coexistence avec les obsessions du sacrilège et du crime dans les cas plus graves. 11 m'est difficile de résumer par un mot le caractère général qui se retrouve dans les idées de ce groupe. Il s'agit non seulement de remords proprement dits, mais de mépris, de mécontentement portant non seulement sur les actes, mais sur les facultés morales, sur la personne du sujet et plus souvent encore sur son corps. Le malade a constamment l'idée de ce qu'il fait, que ce qu'il est, que ce qui lui appartient est mauvais. Le carac-

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