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I. Névroses et Idées fixes, H

■2-18 LKS AC.ITATIUNS FORCEES

Autre expérience également à l'état normal !

Main droite : 26, 2/i, a3, 23, 2/i, ^4, 23, 2/i, 22, 26, moyenne 23,7;

Main gauche : 25, 2G, 23, 2/i, 23, 25, 25, 25, 25, 25, moyenne 24,6.

Voici maintenant l'expérience qui a pu être faite une fois pendant l'état pathologique :

Main droite : 22, 25^ 2/i, 22, 22, 23, 25, 23, 23, 25, moyenne

Main gauche : 21, 21, 21, 20, 21, 19,20, 21, 19, 21, moyenne

L'expérience n'est malheureusement pas assez répétée pour donner des conclusions bien nettes, on peut remarquer que niême à l'état normal la force est faible, et qu'il n'y a pas de grande» variations au cours des dix pressions consécutives, le sujet me paraît faire peu d'efforts, même au début et se fatiguer peu, cela se rattache à son aboulie générale. Mais ce qui est frappant, c'est le peu de différence entre les séries obtenues à l'état normal et celles qui sont obtenues pendant l'angoisse. La paralysie dont se plaint cette malade n'est pas bien facile à apprécier objectivement. J'arrive au môme résultat chez 3 autres malades : la différence entre les moyennes de dix pressions faites dans l'état normal et les moyennes de dix pressions pendant l'angoisse est insignifiante.

Si on constate difFicilement de laparalysie véritable, on observe souvent de l'ataxie, de l'incoordination. Les mouvements sont troublés par les secousses et les spasmes et ils manquent de précision. On constate que les actes délicats ne peuvent plus être exécutés, Nadia cesse de pouvoir jouer du piano et Jean ne peut plus écrire. Son écriture devient déplorable toutes les fois qu'il est troublé, et pendant les crises d'angoisse il est incapable de tenir une plume. En dehors des phobies de la parole qui, bien entendu, rendent le langage impossible, dans beaucoup d'angoisses la parole devient saccadée, hésitante, embrouillée. Certains malades ont pendant ces crises une parole tout à fait spéciale qui permet de reconnaître leur état.

Si nous passons aux fonctions viscérales il faut rappeler que les angoisses d'un certain nombre de malades déterminent des excitations génitales. Chez les uns comme chez Jean, ces excita-

lions et les érections sont en rapport avec des obsessions erotiques et l'on peut dire que ce sont les rêveries des sujets qui ont amené l'excitation.

Mais chez d'autres et en particulier chez Claire et chez plusieurs autres l'excitation génitale se produit la première comme une sorte de dérivation de l'angoisse ou de l'agitation motrice et les obsessions erotiques ne viennent qu'à la suite. Hb... (^']), femme de /io ans, toujours timorée et scrupuleuse, est restée toute sa vie très calme au point de vue génital. A la suite de la mort de son père, elle se sent seule et abandonnée, elle a des crises de désespoir. A ce moment elle a une excitation génitale, jusque-là inconnue et ne peut résister au besoin de se masturber. « Après l'avoir fait elle se sent mieux, moins délaissée et plus courageuse. » On peut rattacher à cette excitation des organes génitaux de curieuses exagérations de sécrétion. Ku..., dans ses angoisses « perd de l'eau par le vagin comme une femme qui accouche ». 11 ne s'agit pas d'une sécrétion purulente qui se rattache à quelque métrite, c'est une sécrétion aqueuse réellement très considérable qui n'existe qu'au moment de ces excitations et qui disparaît ensuite.

Les troubles gastro-intestinaux en rapport avec l'obsession et l'angoisse doivent être importants, mais ils sont difficiles à étudier. En effet il ne faut pas oublier que tous ces malades ont au suprême degré l'état neurasthénique dans lesquels les troubles de l'estomac et de l'intestin sont fondamentaux. Presque toujours leur alimentation, leur digestion gastrique, leurs fonctions intestinales sont très défectueuses et cela d'une manière constante. Nous aurons à les étudier on examinant l'état général de leur santé physique. Mais il est bien difficile de constater si quelquesuns de ces troubles digestifs concordent exactement avec la crise d'angoisse. Chez beaucoup de malades il n'en est pas ainsi, nous aurons même à signaler chez Lise, par exemple, et chez Gisèle une sorte d'alternance entre les troubles psychiques et les troubles gastriques. Il faudrait maintenant constater des troubles digestifs ai.'us au moment de l'angoisse. l,egrand du Saule remarquait ^éjà qu'ils sont rares et il fait observer que les agoraphobes ;e vomissent pas, ce qui les distingue des autres vertigineux.

Cependant or. constate quelquefois des troubles de l'alimenta-

ïJW LES AGITATIONS FORGÉES

lion et de la digestion qui coïncident avec l'angoisse. La plupart' des malades refusent de manger pendant leurs angoisses. Ku... est restée six semaines presque sans alimentation, et il ne s'agissait pas ici d'un relus d'aliments dépendant d'une obsession, mais d'un dégoût en rapport avec l'angoisse. D'autres ont des crises de boulimie comme Lkb... (loo) qui à ce moment voudrait dévorer, mais je ne suis pas sûr que cette boulimie dépende uniquement de l'état de l'estomac et ne soit pas en rapport avec un sentiment général de faiblesse que nous retrouverons parmi lès troubles moraux.

Parmi ceux qui continuent à manger, un grand nombre comme Gr..., Bu..., Bx...(20o) se plaignent de nausées pénibles, une seule malade Claire a rendu deux ou trois fois son repas au milieu de ses contorsions. Bien entendu nous mettons à part ceux qui ont des tics de vomissements, des crises d'efforts de vomissements, des phobies de la digestion, il faudrait tous les rappeler ici. Ce qui est plus fréquent c'est que les malades sans tics et sans phobies particulières se rapportant à la digestion souffrent cependant de la digestion, sentent l'estomac gonflé, le ventre serré, qu'ils ont des spasmes de l'œsophage, qu'ils sentent la boule qui monte à la gorge, qu'ils se plaignent d'avoir la bouche sèche, pâteuse et amère. Bx... a constamment ce mauvais goût dans la bouche tout le temps que dure la période de phobie. Chez quelques-uns ces troubles vont jusqu'à l'indigestion, quand la crise survient peu de temps après un repas.

Il faut noter aussi les crises singulières de diarrhée que l'on observe de temps en temps. ChezXo... c'est un véritable flux intestinal répété et extrêmement pénible. Chez Gisèle, chez Lise c'est un état lientérique qui s'établit quand elles sont angoissées et les aliments sont rendus sans aucune digestion. Chez plusieurs, chezGs... en particulier une sécrétion aqueuse continue à flots même quand les matières sont rendues par excitation des glandes de l'intestin. Il y a une hydrorrhée intestinale comme une hydrorrhée utérine et nasale et ces phénomènes de sécrétion exagérée jouent certainement un rôle dans la colite muco-membraneuse si fréquente chez les psychasthéniques.

Enfin il faut noter chez plusieurs de la pollakiurie et plus rarement de la polyurie vraie ; dans une demi-journée d'angoisse Claire rend trois litres d'urine. Plusieurs autres m'ont indiqué le même fait sans l'avoir mesuré.

Avec les fonctions de la circulation nous arrivons à des troubles qui sont plus nettement en rapport avec l'angoisso. Beaucoup de malades se plaignent de souffrir au cœur à ce moment et ils ont à ce propos comme toujours des descriptions imagées et symboliques. « Je ressens, dit Al... (i5), quelque chose qui me resserre et me gêne à gauche et qui monte jusqu'à la gorge, c'est comme un caillot qui serait dans le cœur et qui arrêterait le sang », « je souffre horriblement, dit iNIm... (5), femme de '62 ans, parce que le cœur déborde et que ce trop-plein du cœur se répand tout autour..., le cœur baigne dans l'ennui comme s'il avait été plongé dans un vase rempli d'ennui. » On ne connaît guère le phénomène physiologique qui se cache sous ces métaphores.

Plusieurs malades comme Claire prétendent sentir qu'elles arrêtent leur cœur. Ce serait un phénomène plus facile à vérifier mais je n'ai jamais pu constater ces arrêts, du cœur ni même de véritables ralentissements du pouls, les malades disent toujours qu'ils vont tomber en syncope, qu'ils se sentent près de s'évanouir, mais je n'ai jamais observé au cours de l'angoisse de véritables syncopes cardiaques. Les pertes de conscience sur lesquelles nous aurons à revenir sont de tout autre nature.

Ce que l'on constate véritablement, et cela d'accord avec le dire des malades, ce sont des palpitations cardiaques « mon cœur est déclanché, dit Fy..., il bat comme si l'on retirait le balancier d'une pendule. » Brk... parle des chocs violents de son cœur et Jean ne tarit pas sur ce sujet. D'après lui son cœur a non seulement des battements précipités, mais des battements énormes qui provoquent des chocs douloureux sur la poitrine et que l'on doit entendre au loin : ce déclanchementducœur, comme il l'appelle lui aussi, est ce qu'il redoute le plus au maximum de l'angoisse, c'est pour l'éviter qu'il fait toutes ces opérations de rumination mentale. Il arrête ses battements en les comptant suivant sa manie çuatre par quatre. J'ai déjà fait remarquera ce propos que ce compte fst purement imaginaire. Malgré les exagérations relatives à ces chocs cardiaques, il est certain à l'auscultation que leur cœur bat souvent très fort et très vite. Il n'est pas rare de constater 100, iio pulsations par minute et plus, surtout chez ceux qui s'agitent beaucoup ; quelquefois comme chez Claire ces palpitations se prolongent toute une journée, même après la fin de la crise d'angoisse.

La pression du sanjr dans les artères est beaucoup étudiée aujourd'hui dans les états névropathiques : M. de Fleury croit que dos modifications de la tension au-dessus ou au-dessous de la iu)rniale jouent un jri^and rùle dans, la neurasthénie '. Je trouve pour ma part ces mesures de tension du sang assez difficiles à prendre chez l'homme. Je me servais au début de l'appareil de Chéron et j'ai remarqué que, si je faisais prendre par plusieurs personnes, puis par moi-même, la tension d'un sujet au môme moment, nous anivions à des résultats absolument discordants et cette contradiction m'a découragé. Depuis, je me suis servi de l'appareil de Potain et les résultats me semblent un peu plus précis, je ne crois cependant pas pouvoir attribuer à ces chifiVes une extrême précision.

Beaucoup de sujets me semblent conserver une tension à peu près normale, Jean qui est si angoissé m'a présenté le plus souvent i/i, i5 ou i6; sur trois sujets j'ai observé des chifi'res de ig et de 20, c'est-;t-dire supérieurs à la normale, ce sont des sujets qui s'agitent; chez deux autres : Lise et Gisèle les chillVes de g et de 11, ce sont des sujets qui semblent plutôt immobiles dans leur angoisse. Une seule observation m'a laissé une impression assez nette : Rk... est venu me trouver un matin parce qu'il avait été pris dans la nuit, à trois heures du matin, d'une de ses obsessions avec manie mentale d'interrogation qui avait peu à peu amené une angoisse. La figure était tout à fait décomposée, cet homme de [xo ans ordinairement sanguin était blême, il avait la peau froide, le cœur battait 60 pulsations seulement et la pression mesurée avec le sphigmomanomètre de Potain me paraissait nettement très basse, 9 ou 10 au plus. J'ai pu le remonter par une série de procédés, que j'indiquer.ai plus loin, le forcer au travail et à l'efiort et je vis peu à peu sont teint changer, la figure se colorerT La pression que j'ai reprise était au moins de 16. Dans ce cas l'angoisse a manifestement coïncidé avec tes svmptômes d'affaiblissement cardiaque.

Mais j'hésiterais beaucoup à généraliser cette observation. D'autres auteurs, en particulier ]MM. Vaschide et Marchand- ont

1. De Flcnry, Les grands symptômes neurasthéniques, 1901, p. Sg (Paris, F. Alcan).

2. Vaschide et .Marchand, Clontrihiilion à l'étude de la psvoho-plijsiologie des émotions à propos d'nn cas d'énîulopliohic. Revue de Psychiatrie, juillet if)oo. L'tTicio che le condizioni mciilali hanno salle rnoirficazioni délia respirazione et dcUa circulazione periferica. Riuista spcrimenlale di frcniatra, 1900.

constaté une augmentation de la pression artérielle de 2 centimèlre et demi en moyenne. La pression normale de leur sujet était de i8,5 et sous l'influence de l'angoisse (il s'agissait d'un éreutophobe) elle s'élevait à 21 centimètres. J'ai observé moimême cette élévation dans certains cas, sans compter les cas plus nombreux encore où la pression a été trouvée normale.

Les troubles des vaso-moteurs ont été également présentés comme essentiels. ^I. Ribot, avec Wundt et Mosso, croit que le relâchement momentané de l'innervation vaso-motrice cause la rougeur du visage et se présente comme une compensation de l'accélération des battements du canir'. MM. Pitres etRégis font jouer un rôle considérable à cette dilatation des vaisseaux cutanés qui accompagne l'éreutophobie. Je fais simplement remarquer ici que ces phénomènes vaso-moteurs sont très variables dans l'angoisse : si on constate la rougeur chez quelques-uns, on ol)serve chez d'autres une pâleur livide qui même me semble plus fréquente. Il y a quelquefois des alternatives assez rapides de rougeur et de pâleur; enfin chez beaucoup la coloration des téguments reste tout à fait normale.

Les expériences que l'on peut faire sur l'état des vaso-moteurs de la main ne doivent pas être généralisées trop vite,: il n'est pas certain que la circulation du reste du corps et surtout du cer- , veau présente les mêmes modifications. J'ai pu appliquer dans deux cas le plétismographe de MM. Hallion et Comte pendant des angoisses rendues évidemment plus modérées'par l'expérience. Dans un cas lé tracé de la circulation capillaire était identique à celui que j'avais pris pendant l'état normal. Dans l'autre le tiacé des pulsations était fort réduit tandis qu'il était assez fort a l'état normal : cela indiquerait un certain degré de conslriction vasculaire. MM. Vaschide et Marchand dans leur études sur un éreutophobe" constatent deux formes du pouls radial et du pouls capillaire suivant que l'émotion et l'angoisse sont faibles ou-devienneiit plus intenses, « à la première correspond un pouls rapide, avec un dicrotisme accentué et un sommet pointu et à la seconde un pouls lent, avec une pulsation rapetissante et un dicrotisme légèrement atténué. Le pouls capillaire ne présente aucun dicrotisme net ; sous l'influence d'une émotion de la première catégo

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