‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 12 sur 380 · I. Névroses et Idées fixes, II · texte numérisé non relu

I. Névroses et Idées fixes, II

LES OliSLSSIOJiS. 1. 4

«0 LES ii)1^:ks obsédantes et impulsives

jeunesse honteuse de son sexe, elle regrette d'être une femme et se figure qu'elle sèniit heureuse d'être un homme. En rapport avec cette idée, elle remarque qu'elle n'a jamais eu de plaisir complet avec son mari et qu'elle serait disposée à aimer des femmes. Nous avons déjà vu le même fait chez un homme à propos des obsessions impulsives au crime génital. Ici aussi on serait trop facilement porté à parler d'inversion sexuelle, je répète que je ne crois dans ces cas à rien de semblable. Le plaisir incomplet de Deb... est, comme on le verra, un caractère général des scrupuleux : elle serait tout aussi incapable d'aller jusqu'au bout si elle avait des rapports avecune femme. Sa prétendue inversion sexuelle n'est qu'un des aspects divers que peut prendre la honte du sexe.

On remarquera que cette forme du scrupule, les obsessions de honte relativement au corps, est l'une des plus intéressantes au point de vue clinique. Elle donne lieu à toutes sortes d'accidents : des anorexies, des chorées, des crampes des écrivains, des astasies-abasies, des incontinences d'urine, des impuissances, etc. Ces symptômes, comme nous le verrons, sont loin d'être complets et ne peuvent pas tromper un observateur prévenu, mais il est essentiel d'être averti. A ce point de vue la maladie du scrupule peut s'étendre à tous les organes et à toutes les fonctions, déterminer des troubles variés qu'il est important de diagnostiquer. Elle devient une grande névrose analogue par bien des côtés à l'hystérie, mais qui ne doit pas cependant jamais être confondue avec elle, La distinction est aussi importante pour le pronostic que pour le traitement.

Il faut signaler un troisième groupe d'obsessions qui se rencontrent aussi fréquemment que les piécédentes chez les mêmes sujets. Ce sont des préoccupations qui ont rapport à leur propre santé ou à leur propre vie, en un mot, ce sont des préoccupations hypocondriaques. On a remarqué bien souvent que les scrupuleux sont en même temps hypocondriaques ; je crois que d'ordinaire il faut accompagner cette remarque de quelques restrictions. Quand il s'agit de malades jeunes, au début de leur afrection, on trouve chez eux pêle-mêle des idées scrupuleuses et des préoccupations hypocondriaques; mais quand la maladie

s'est confirmée, quand ils sont entièrement absorbés par quelque grande obsession criminelle ou sacrilège, ils oublient de se préoccuper de leur santé. Lise pense tout le temps au diable, à ses enfants voués à l'enfer et songe à peine aux troubles de son existence : il faut que le délire diminue pour qu'elle s'aperçoive de ses souffrances physiques. 11 en est de même pour Claire, qui ne peut arriver à se préoccuper de sa santé. J'ai plus d'inquiétudes sur l'état de sa poitrine (tuberculose au début) qu'elle n'en a ellemême. En général le grand délire du scrupule exclut le délire hypocondriaque.

Il faut faire une exception pour Jean, qui est aussi extravagant comme hypocondriaque que comme scrupuleux. Ce jeune homme, 3o ans, fort bien portant au demeurant, est sans cesse préoccupé par la pensée de la mort. Il ne peut assister à des cérémonies funèbres sans devenir malade de terreur ; il ne peut voir les employés des pompes funèbres sans frémir ; il ne peut passer devant la mairie de sa petite ville entre neuf heures du matin et cinq heures du soir parce qu'à ce moment le bureau de déclaration des décès est ouvert et qu'il le croirait ouvert pour l'enregistrement de son propre décès. En outre, il a des préoccupations particulières pour tel ou tel de ses organes. Par exeirfple, il est très préoccupé de son cœur, il en compte les battements pendant des heures entières et il est bouleversé quand il se figure que-ce battement est irrégulier : « Mon cœur fait cloc... cloc... poum, cloc... cloc... poum, ce n'est pas naturel, il est bistourné. » Et alors il fait des efforts qui ont, dit-il, pour résultat de replacer le cœur. A d'autres moments, il pousse des cris d'angoisse, appelle au secours, dit qu'il va mourir, parce que soncœurn'a plus « que des battements internes ». Ce même malade se figure toujours, que son cerveau va être détruit par sa maladie, il s'attend à une hémorragie cérébrale et me décrit sans cesse « un petit point dans le cerveau, vous savez, la fin du nerf qui remonte, c'est là qu'est le mal, il y a un cercle enflammé tout autour où certainement quelque chose peut éclater». Il montre à ce moment le point de la fontanelle postérieure oîi les obsédés localisent souvent leurs maux de tête. Jean a encore peur d'avoir une hernie et on lui fait grand plaisir en l'examinant de temps en temps ; il surveille son alimentation et ne boit que du lait coupé deau de goudron, etc.

Mais ce qu'il présente au plus haut degré, c'est une terrible

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hypocondrie génitale. Pendant plus de six ans, il a souffert d'une prétendue maladie du gland qu'il a soignée de toutes manières. Il avait été affolé en constatant que le prépuce ne recouvrait plus le gland et il éprouvait des douleurs intolérables par le frottement des vêtements. Il passait toute sa journée à recouvrir le gland avec le prépuce, aie badigeonner d'onguents, à prendre des précautions pour éviter les contacts, et il n'arrivait pas à atténuer les souffrances. Il résume lui-même assez bien son état mental en disant : « mon corps me gêne et m'obsède continuellement. »

Les mêmes caractères se retrouvent à un degré moins grave chez Za... (216), que la moindre indisposition met hors de lui, tellement il est obsédé par la pensée de la mort. Bal... (i55), femme de 32 ans, semble obsédée par une pensée singulière, celle de son âge, celle de l'âge de son mari et en général par la pensée de l'âge des personnes qui l'intéressent, c'est parce qu'elle compte les années qui les séparent encore de la mort, la pensée de la mort est en réalité au fond de l'obsession.

A côté de la pensée de la mort, la pensée de toutes les maladies possibles peut devenir une idée obsédante. On peut citer à ce propos une jeune fille, Qei..., qui surveille ses aliments de peur d'avaler des fragments d'aiguille, qui lave ses mains continuellement de peur de s'infecter par des contacts malpropres, qui se mouche sans cesse sans parvenir à se délivrer « des moucherons qui montent par le nez jusqu'à son cerveau ».

Nous retrouvons ici, bien entendu, les obsessions relatives aux organes génitaux, il ne s'agit plus des mauvaises actions qu'ils font exécuter, ni de la honte qu'ils inspirent, mais de leurs maladies. On ne peut énumérer les malades qui ont « des sensations de brûlure, d'épuisement dans le canal... des sensations de fatigue comme si on leur avait enfoncé un gros objet dans le rectum... la pensée constante qu'il y a dans ces parties une lésion irrémédiable, une syphilis incurable » (Dea..., etc.).

Il suffit de rappeler les obsessions de la phtisie (Dua..., liiy), les obsessions de la cécité (Mv..., i5i) Wye... (160) a des inquiétudes pour sa langue dont le bout frotte ses dents. Gye... a une épingle arrêtée derrière le sternum, Lobd... (Obs. 22) a « quelque chose dans le nez qui cherche à sortir, elle a le besoin d'une grande hémorragie nasale ». Il ne faut pas croire qu'il s'agit ici d'un trouble de la sensibilité du nez, c'est bien plutôt une idée consécutive à un singulier souvenir de famille, la malade

est convaincue que sa tante atteinte d'un délire mélancolique grave a été guérie à la suite d'un saignement de nez, d'où le désir obsédant d'un accident semblable. Kl... (211) ressent une brûlure dans la cuisse « qui est due probablement au passage d'une épingle que la malade aurait avalée ». Des observations de ce genre sont d'une grande banalité et pourraient être facilement multipliées.

Au premier abord, ces obsessions sont bien distinctes des précédentes et semblent former un groupe à part, celui des obsessions hypocondriaques. Je crois cependant que cette hypocondrie n'est pas banale et qu'elle revêt chez les scrupuleux des caractères intéressants qui rapprochent ces idées nouvelles des précédentes. Ces malades ne redoutent pas tous les accidents possibles, mais seulement certains accidents déterminés. Ils ne redoutent pas les accidents qui peuvent arriver subitement, qui dépendent du monde extérieur et qui ne dépendent pas d'euxmêmes. Jean, qui parle sans cesse de mort subite, ne redoute pas la mort causée par un accident impossible à prévoir ou à éviter : il n'a pas peur d'un déraillement de chemin de fer ou de la chute d'une maison sur sa tête. Quand je lui parle de ces dangers possibles, il dit qu'il faut se résigner à ce qui est inévitable, qu'il ne peut rien faire pour se garantir contre la chute d'une cheminée et que par conséquent il ne s'en préoccupe pas. Que redoute-t-il donc? Uniquement les accidents qui seraient causés par sa propre imprudence ou par sa propre faute. Ces congestions cérébrales, ces faux pas du cœur, ces douleurs du gland sont toujours causés dans son imagination par les excitations génitales auxquelles il s'est abandonné. Ce qui se dissimule au-dessous de ces idées hypocondriaques, c'est une sorte de crainte du suicide.

Il en est de même dhez Qei... dont la première idée a été la crainte de jeter elle-même des aiguilles cassées dans lesaliments pour tuer ses parents et qui a maintenant la crainte de manger des aliments où elle aurait mis des aiguilles cassées. Si elle craint de s'infecter, c'est qu'elle a peur de ne pas avoir surveillé ses mains qui auraient touché des objets sales. En un mot, dans quelques-uns de ces cas, je n'ose dire dans tous, l'hypocondrif n'est pas purement la crainte de la maladie en elle-même, c'est la crainte de causer la maladie par une faute ou une imprudence.

A ce groupe d'obsessions se rattachent un grand nombre des

impulsions les plus remarquables. Il est facile de voir dans tous les laits précédents que ces préoccupations hypocondriaques inspirent au sujet le désir d'une foule d'actions bizarres. L'instinct vital, la crainte de la mort, de la maladie et de la souffrance donnent à ces désirs un caractère particulièrement irrésistible; les précautions que prennent ces malades, les thérapeutiques bizarres auxquelles ils se soumettent sans cesse deviennent manifestement l'objet de véritables impulsions.

Certaines de ces impulsions sont si remarquables qu'on les a considérées uniquement au point de vue de l'action qu'elles inspirent sans remarquer suffisamment qu'elles sont toujours associées à des obsessions hypocondriaques. La dipsomanie est le type de ces impulsions, l'esprit des malades est envahi à certains moments par une idée dont nous aurons à chercher l'origine, c'est qu'ils sont malheureux, désespérés, épuisés par une faiblesse incompréhensible et que l'alcool est le seul remède à leur maux. Ils ne recherchent pas le plaisir de l'ivresse, ils ne boivent pas en société pour se divertir; ils boivent seuls, tristement, comme s'ils avalaient un remède et dans leur esprit, l'alcool est bien un remède dont ils ont un pressant besoin. C'est bien ainsi que se présentent les accès de dipsomanie, de Dr..., une femme de 3o ans, de la meilleure société et de la meilleure éducation, dont je discutais l'observation dans un autre travail'. De temps en temps à des intervalles irréguliers, de plus en plus rapprochés dans ces dernières années, elle sent grandir en elle un désir intense de boire du whisky. En cachette, elle en prend d'abord quelques gouttes car elle sait bien que cela est dangereux pour elle : elle ne veut pas céder sérieusement à son envie, mais elle veut simplement la tromper en sentant le goût de la liqueur. C'est à peine si elle se rend compte que l'instant suivant elle en prend davantage et elle continue ainsi seule, sans gaieté, avec honte, en se dissimulant à boire de plus en plus. Elle absorbe plus d'une demibouteille par jour et tombe rapidement dans la plus complète ivresse, dans l'abrutissement le plus honteux dont elle ne se relève qu'après quelques jours de véritable maladie. Elle reprend conscience avec un profond désespoir, elle parle de se tuer, ne se console que diflEicilement en faisant les plus solennelles pro-

I. On thc palhogencsis of sortie Impulsions. The Journal of Abnormal psycholorjY de Morton Prince, avril 1901, p. i.

messes. Elle reste en efTet parfaitement raisonnable, ne buvant absolument que de l'eau jusqu'à ce que dans quelques semaines ou dans quelques mois tout recommence. C'est la forme classique de la dipsomanie : il est inutile d'insister, car on pourrait trop facilement ajouter ici vingt cas semblables.

Les morphinomanes, héroïnomanes, cocaïnomanes, chloralomanes, etc., sont exactement identiques : ils sont poursuivis par la pensée qu'ils éprouvent un malaise infini, qu'ils sont perdus pour toujours s'ils ne cèdent pas à leur passion, que leur poison préféré est le seul remède à une situation désespérée. Bien d'autres impulsions ont une origine semblable : certains érotomaneSy certains fétichistes ou certains invertis sexuels se rattachent, comme nous l'avons vu, au groupe des obsédés criminels. Ils sont entraînés à une action par l'idée que cet acte est défendu, criminel. Mais beaucoup ne voient pas les choses au même point de vue : l'excitation génitale, qu'elle soit déterminée d'une façon normale ou anormale, leur apparaît comme indispensable pour leur donner des forces, pour les calmer et les guérir.

On peut observer d'autres impulsions singulières : notons par exemple l'impulsion à manger, la boulimie, qui est plus rare que l'impulsion à boire. Voici une jeune femme de 26 ans Qe... qui en venant nous voir porte avec elle un gros sac et qui a ses poches toutes gonflées. Qu'est-ce qu'elle emporte donc ainsi en venant à une consultation ? Ce sont tout simplement des provisions de voyage : elle a dans son sac et dans ses poches plusieurs morceaux de pain, quelques tranches de jambon, des tablettes de chocolat et du sucre. On dirait qu'elle va traverser un désert et il s'agit simplement de traverser quelques rues. Ses provisions lui sont indispensables, car, surtout au grand air et dans les places il faut absolument qu'elle prenne des forces. Au bout de quelques pas, elle se sent étourdie, prise de vertiges, elle étouffe, elle est couverte de sueurs froides. Le danger serait grand si elle ne savait le remède : il lui suffit de se réconforter. Elle mange un morceau de jambon, met un morceau de sucre dans sa bouche et peut ainsi faire quelques pas de plus. Mais bientôt tout recommence et ce n'est qu'à force de petits pains et de chocolat qu'elle peut traverser une place. Aussi quand les provisions lui font défaut elle se trouve dans une bien misérable situation; il lui faut à tout prix, avec des efforts inouïs, traverser le désert pour arriver jusqu'à l'oasis qui est une boulangerie. Dans cette traversée ter-

riblc on se soutient comme on peut : que ne mangent pas de malheureux voyageurs? il lui est arrivé de ramasser une pomme de terre crue, d'attraper un oignon ou quelques feuillesvertes : cela ne soutient guère, mais cela donne la force d'atteindre la boulangerie. En général, elle préfère rester chez elle, cela est moins dangereux : aussi ne fait-elle plus rien que de préparer et de manger de la nourriture toute la journée. Triste et malheureuse, elle ne trouve de soulagement que dans cette absorption continuelle d'aliments. Cela dure ainsi pendant dix ou quinze jours, rarement plus. A ce moment elle se calme, n'éprouve plus autant le besoin de manger et elle est obligée de soigner la gastrite (lu'olle a acquise par ce surmenage de l'estomac. Elle reste raisonnable, mangeant modérément et même peu pendant quelques semaines ou quelques mois, puis toutàcoupou graduellementsuivant les cas, la même comédie recommence. La boulimie est rare sous cette forme typique qui est comme on le voit tout à fait analogue aux accès de dipsomanie; mais elle existe souvent sous une forme atténuée chez bien des névropathes. Le médecin doit en être averti et se défier de ces prétendus neurasthéniques qui veulent toujours rester étendus et qui réclament sur leur table de nuit des bouteilles de vin et des morceaux de viande froide pour lutter contre leur épuisement. On a fait bien du mal à l'esprit et au corps des névropathes avec les belles théories sur la suralimentation. Plus souvent qu'on ne le croit, leurs mauvaises digestions, leur haleine fétide, leur troubles cutanés et même leurs troubles mentaux sont entretenus par une vraie intoxication alimentaire déterminée par des conseils mal compris. Quand on voit la boulimie sous sa forme grossière comme dans le cas de Qe... on reconnaît mieux le rôle que jouent les troubles mentaux dans tous ces besoins pathologiques dé suralimentation.

Nous arrivons à une impulsion plus singulière encore. Cette jeune femme Ms... ne peut être soignée dans aucune maison de santé: à peine y est-elle entrée qu'elle est forcée d'en sortir, puisque aucune de ces maisons ne peut mettre à sa disposition un terrain assez vaste. Que voulez-vous, elle a besoin de prendre de l'exercice et il faut absolument qu'elle fasse à pied 45 à 5o kilomètres sur une grande route tous les jours sans exception. Le petit jardin d'une maison de santé ne peut suffire et la grande route avec ses bornes kilomètres que l'on peut compter est indispensable. Ce n'est qu'après avoir compté environ 46 kilomètres

qu'elle commence à se sentir à son aise. Quelquefois elle se fait accompagner par la voiture, mais elle ne monte jamais dedans, elle court à côté pendant que le cheval trotte. C'est à peine si elle consent à s'arrêter un moment pour manger un morceau : elle sent la faim, mais elle ne s'en occupe guère. Elle se préoccupe plus de la soif, car elle boit énormément, 5 à 6 litres d'eau par jour et elle urine en conséquence. Elle repart tout de suite avec un besoin invincible « d'épuiser les forces qui sont en surabondance dans son système nerveux. »

Cette manie de la marche à laquelle M. Régis donnait le nom de dromomanie, semble bien étrange : elle est cependant plus commune qu'on ne le croit. Il y a à Paris de pauvres malades qui se font construire dans la cour de leur maison une piste cimentée sur laquelle ils marchent à pied pendant des heures, quand ils ne peuvent pas faire des kilomètres sur la grande route. Sous une forme plus dissimulée la même impulsion se retrouve très souvent aujourd'hui dans cette manie des sports qui abrutit tant de névropathes. Il y a là comme dans la suralimentation un danger dont le médecin neurologiste doit être averti et c'est pourquoi il est bon qu'ils méditent des cas où la folie est aussi visible que dans celui de notre malade.

En dernier lieu je voudrais rapprocher des cas précédents les malades qui éprouvent le besoin de se faire souffrir et cela pour se faire du bien, pour se remonter eux-mêmes. Dans plusieurs de ces cas il ne s'agit que de petites souffrances, des pincements, des tiraillements de la peau, des écorchures qui semblent leur procurer un soulagement. Cha... (io5), jeune femme de lU ans,, présente un singulier aspect quand elle enlève devant nous sa belle perruque blonde. Sur son crâne dénudé ne se trouvent que quelques rares mèches de cheveux courts, séparés par de larges plaques absolument nues, surtout en avant et à l'occiput. On est convaincu au premier abord qu'il s'agit d'un cas remarquable de pelade : on est étonné d'apprendre que les médecins des maladies de peau refusent de la soigner et la renvoient aux neurologistes. C'est qu'en effet les cheveux ne sont pas tombés tout seuls : depuis i8 mois cette pauvre fille les arrache un à un et les mange. En ce court espace de temps elle a dévoré toute une forte chevelure. Ce besoin singulier ne survient que par périodes chez une fille assez raisonnable du reste et qui semble bien équilibrée mais par moments elle n'est plus capable de résister à ce désir

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de s'arracher les cheveux et de sonlii' la petite douleur qui en résulte. Ce cas nouveau pourrait être rapproché de tout ces malades que j'ai déjà décrits, qui s'arrachent les cheveux, les cils, les ongles, qui se déchirent des petits morceaux de la peau etc., etc. \

Quelquefois l'impulsion à se faire souffrir devient bien plu! intéressante quand il s'agit de grandes douleurs, que d'ordinaire on ne voudrait pas affronter. Cette jeune fille de 20 ans. Ne.., a les mains et les pieds enveloppés de bandages et ressemble plus à une grande blessée qu'à une névropathe. Sous les pansements on trouve une quantité de graves brûlures, les unes récentes, avec des cloques, d'autres en suppuration, d'autres presque cicatrisées. Les parents de cette jeune fille désespèrent de guérir ces plaies, à peine l'une est-elle en voie de guérison qu'une autre plus grave réapparaît à côté, car la jeune fille ne peut pas s'empêcher de se brûler les mains et les pieds. Son bonheur consiste lorsqu'elle est seule à prendre une bouillotte d'eau bouillante et à faire tomber des gouttes une à une sur la peau de ses membres. Si elle ne peut trouver d'eau bouillante elle se borne à mettre ses doigts sur le poêle jusqu'à ce que la peau soit largement brûlée. Bien mieux, si on la déshabille, on constate sur ses cuisses de longues cicatrices circulaires d'aspect chéloïdien. Elle avait serré des ficelles autour de ses cuisses et les avait gardées pendant plusieurs semaines jusqu'à ce que la peau fût sectionnée. Avant d'en arriver à de pareils supplices, elle avait cherché simplement à se supprimer le boire et le manger. Elle s'interdisait d'aller à la selle ou d'uriner pendant un très longtemps, elle maintenait pendant des heures ses bras et ses jambes repliés dans des positions fatigantes et douloureuses, etc. : peu à peu elle a perfectionné ses procédés. C'est là direz-vous, une aliénée qui présente un délire mystique et qui est anesthésique. En aucune façon, c'est une jeune fille intelligente et instruite, qui ne présente aucune confusion mentale et qui a conservé toutes ses. sensibilités. Elle se cache la figure et pleure quand on découvre ses plaies, ell^. dit qu'elle est honteuse de laisser voir les absurdités qu'elle a commises : « mais que voulez-vous, je ne croyais pas que ce serait si grave, ni que les traces s'en verraient si longtemps. J'espérais que tout se bornerait à la douleur ; quand je

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