Sentiment d'automatisme
Dans la décision il y a, comme nous l'avons remarqué, un sentiment de possession, de personnalité, puisque l'action nous semble adoptée par nous-mêmes ; on ne sera pas surpris de voir ce sentiment manquer totalement chez les scupuleux, c'est ce qui produit le sentiment d'automatisme dont l'importance dans les maladies mentales, est, à mon avis, tout à fait considérable. Le malade de Bail décrit très bien cette impression « dans cet état atroce il faut cependant que j'agisse comme avant sans savoir pourquoi. Quelque chose qui ne me paraît pas résider en moi me pousse à continuer comme avant et je ne puis pas me rondie compte
SENTIMFNTS D'INGOMl'LETUDE DANS L'ACTION 279
que j'agis réellement, tout est mécanique en moi et se fait liiconsciemincnt ' ».
Tous nos malades tiennent le même langage, les mots « machines, automates, mécaniques » reviennent constamment clans leur langage : « je ne suis qu'une machine, dit Lise, et je dois faire des efforts bien pénibles pour rester quelqu'un. » « J'agis toujours en rêve, dit Nadia, comme une somnambule. » « Je suis dans mes accès un automate, dit Dob..., je vois mes mains et mes pieds, je les' sens faire des actions sans que je les veuille. Pourquoi ne feraient-ils pas des sottises puisqu'ils agissent sans moi? Quand je suis dans un chemin de fer en marche, je sens mes mains qui veulent ouvrir la portière, de la même façon que je les sens dessiner quand je travaille. » Même pensée chez Dav..., « ce n'est pas znoi qui agis, alors pourquoi mes mains ne pourraient-elles pas me faire mal, me blesser, puisque je sens depuis longtemps qu'elles agissent seules"^? Pourquoi en présence d'étrangers ne me laisserais-je pas aller à des actes de grossièreté puisque je ne me gouverne pas. » Ce sentiment joue un rôle dans toute la maladie de Claire, « elle s'exaspère de faire les choses comme une machine, elle ne peut pas s'y résigner » et elle fait des efforts comiques pour essayer d'échapper à ce. sentiment. Quand on la pousse trop à accomplir une action, que l'on bouscule son hésitation, elle a une façon d'agir assez curieuse, elle cesse brusquement d'hésiter et fait l'action tout de suite à la condition qu'elle soit simple. Par exemple elle se roule sur son fauteuil depuis une demi-heure sans parvenir à me remettre une lettre qu'elle a à la main, je finis par me fâcher ; alors elle se lève et me donne la lettre tout de suite. Mais elle reste désolée : « ce n'est pas moi qui ai fait l'action, ma main a marché toute seule... c'est mon corps, ce n'est pas ma volonté... je vous l'ai dit de bouche et non pas de cœur... c'est ma machine qui a fait cela, c'est une de mes autres personnes ». On voit combien le sentiment d'automatisme se mêle chez ces malades à toutes les manies précédemment décrites.