‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 123 sur 380 · Sentiment de mécontentement · texte numérisé non relu

Sentiment de mécontentement

Plusieurs auteurs ont insisté sur le sentiment de satisfaction qui accompa<Tne toute action, toute création, c'est la joie de la puissance, la joie d'être cause'. Ce sentiment de satisfaction, remarque M. Lapie ^, existe dans la création de quoi que ce soit, même de la laideur, de l'erreur, de la souffrance. Gela est peutêtre juste pour l'homme normal, mais cela est absolument faux pour les individus dont la volonté est malade. Les scrupuleux restent mécontents de leur action et d'eux-mêmes « puisque je ne puis arriver à faire les choses bien du premier coup, dit Cph... (116), il faut me laisser recommencer, je souffre trop de cette action insuffisante ».

« Si vous m'aviez laissée faire des efforts, j'aurais fait l'acte moi-même, et maintenant je suis désolée d'avoir agi comme une machine » (Claire). « Il est horrible de voir que mon action est encore inachevée, me dit Simone, je n'ai pas l'énergie qu'il faut pour achever... je suis un être inachevé. Donnez-moi donc le coup de pouce, le feu sacré, donnez-moi quelque chose pour me continuer ». Ce sentiment de mécontentement est en général mal exprimé, il semble s'appliquer à la perfection objective du résultat de l'action et comme ce résultat nous paraît suffisant, nous trouvons que ce sentiment est délirant. Nadia n'est jamais satisfaite d'une broderie qu'elle fait, elle veut toujours la défaire, la recommencer ; ceux qui examinent sa broderie et qui la trouvent parfaite ne comprennent rien à ce besoin. C'est que la malade se place à un tout autre point de vue : elle se plaint de n'avoir pas éprouvé pendant son travail les sentiments d'unité, de personnalité, de liberté qui accompagnent les résolutions et les volitions ordinaires et c'est pour cela qu'elle trouve que sa broderie est mal faite. C'est pour la même raison que Lise est mécontente de la musique qu'elle fait, de ses lectures, de tout son travail.

I. K. Groos. Les jpiiT dex nnimmix. Trad., franc. (Paris, F. AlcanV if)'^''. p '"^'i a. P. Lapic. l.nijiqu,; de la volonté, 1902, p. 80.

Une variété intéressante de ce sentiment est l'impression de mensonge, de fausseté, de comédie que l'on retrouve si fréquemment chez les psychasthéniques. Bien des tiqueurs qui ont des torticolis psychiques ou des déviations de la taille connaissent mieux que leur médecin la nature du mal : « Mon médecin était inquiet et se demandait si je n'avais pas une coxalgie tuberculeuse ; je n'étais pas tourmentée comme lui, car je sentais bien que c'était une comédie, il me semblait que je jouais la comédie et que je ne pouvais pas faire autrement. » Cette impression se retrouve même quand les malades n'ont aucun tic et ne trompent en réalité personne. « Ne croyez pas ce que je viens de vous dire, dit Claire, je <;rois que j'ai menti, j'ai toujours l'impression que je ne dis pas la vérité. » « Ma vie est une comédie perpétuelle, dit Gisèle, il me semble toujours que je joue un rôle et que je n'agis pas sincèrement. » On verra toute l'importance de ce sentiment en le rapprochant des sentiments de rêve et d'irréel que nous allons retrouver à chaque instant.

Une autre variété va être le sentiment d'humilité^ de honte qui se trouve chez quelques malades. Toq... ne se croit bon à rien, il se croit au-dessous de tous les autres, et J^eanfinitpar se croire incapable de quoi que ce soit ; il ne veut plus rien essayer, rien tenter, convaincu de son infériorité. « C'est triste, d'être pour tout le monde un objet de risée et de passer à mon âge pour un parfait imbécile. » La moindre des choses exaspère ce sentiment d'infériorité. En entrant dans une réunion il a déposé sa canne au vestiaire et il s'aperçoit que plusieurs des assistants ont conservé la leur; de là un désespoir car il se sent moins queux et il est plus gêné que jamais.

Le sentiment de honte se retrouve chez une foule de sujets qui n'ont pas de véritables obsessions de honte, ils éprouvent ce sentiment d'une manière passagère et le trouvent eux-mêmes ridicule. A bien plus forte raison ce sentiment est-il considérable chez tous les malades chez qui nous avons décrit les obsessions de la honte du soi et les obsessions de la honte du corps. C'est un des sentiments essentiels des scrupuleux, mais j'ai insisté pour montrer qu'il se développait à la suite d'une foule de sentiments d'inachèvement et d'incomplétude de l'action.

M. Mourra, dans une étude sur l'aboulie, a montré l'impor-

284 LES STIGMATES PSYGHASTHENIQUES

tunce du sentiment É^<? l'inutilité des e/f arts \ Ces malades cessent de taire des eflbrts iniitilos, ils peident même leurs manies qui semblaient constituer l'essentiel de leur maladie, ils ne répètent plus, ils ne lont plus de grinnices, mais ils sont loin d'être guéris. Au contraire ils sont bien plus malades, ils ne veulent plus agir; ils restent absolument immobiles dans un état d'abrutissement et de désespoir. En voyant l'évolution de la maladie nous observerons de ces crises chez Lise, chez Claire, chez bien d'autres. Claire avait en réalité des scrupules religieux, elle voulait très bien faire ses prières et pendant des années elle avait des crises d'agitation et d'angoisses à propos de ces prières. On peut s'étonner de voir que maintenant elle a renoncé absolument à tout exercice religieux : a Tout est inutile, je n'arrive à rien, je suis perdue et cela m'est bien égal, je n'essaye même plus de me sauver. » Remarquons pour en tenir compte plus tard qu'à ce moment la malade n'a plus ses crises d'agitation. Toutes nos malades qui au début ont tant souffert à propos des confessions et communions finissent par y renoncer complètement et par ne plus approcher d'une église. Il faut bien connaître ce phénomène de découragement complet et de l'abandon d'un acte, de certaines catégories d'actes ou même de tous les actes pour pouvoir se rendre compte de l'état d'un de ces malades. ^

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