‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 151 sur 380 · I. Névroses el Idées fixes, II, p. Gi et sq · texte numérisé non relu

I. Névroses el Idées fixes, II, p. Gi et sq

32i LES STIGMATES l^SVCilASTliÉNIOUES

loujoui's occupée à ine demauder si j'existe encore. » To... (folie du doute typique avec riianie de la recherche) se demande avec

anooisse si elle est encore elle-même » ou si elle est un meuble, un

animal, un porc que l'on saigne ». Dob..., pendant la crise d'agoraphobie, est elFrayée par sa propre voix « ma voix a une sonorité étrange, qui me fait mal, je suis convaincue que ce n'est pas moi qui parle, je ne reconnais plus mes membres, j'ai besoin de réfléchir et de me retenir pour ne pas aller me 'chercher moi-même, car il me semble que je suis restée en arrière, » on voit que celle-ci parle tout à fait comme la malade de M. Séglas. Gisèle, dont j'ai bien souvent cité déjà les obsessions de vocation et toutes 'les manies mentales, a par moment des peurs terribles « parce que tout d'un coup, dit-elle, il me semble que je ne suis plus moi, que je çiens de mourir, et cela me donne le sentiment de la folie ».

Enfin je rappellerai l'observation de Pot... qui est très complète, cette femme de 32 ans, toujours scrupuleuse, tombe malade après une troisième grossesse, voici ce qu'elle m'écrit : « je ne comprends plus la vie, ni le monde, ni moi-même, j'ai perdu toute conscience de mon être. 11 me semble que je ne vis plus que matériellement, que mon âme est séparée de mon cor]js... J'en arrive-à me demander si j'existe d'aucune manière... Je me figure ne plus être sur terre..., si j'ai une vie quelconque c'est dans un autre monde..'. Je ne puis plus me mettre dans la tête que moi et les miens nous sommes vivants... Je suis lasse d'une vie pareille qui dilre indéfiniment sans que je puisse me rendre compte depuis combien de temps, je ne la comprends plus. Quand ces sentiments me prennent j'éprouve le besoin que les miens me caressent afin de me persuader que je suis bien auprès d'eux et je leur reproche de ne pas me faire sentir que je ne suis pas morte. » Tous les troubles de la perception des choses, de la perception du moi, de la notion du temps, du besoin d'être aimé se retrouvent dans cette observation.

Sans chercher ici k interpréter ces sentiments de dépersonnalisation, je voudrais seulement relever leurs relations avec les phénomènes précédents. M, Dugas montrait déjà que ce sentiment de dépersonnalisation se rapprochait du sentiment de fausse reconnaissance du « déjà-vu », il parlait aussi très justement à ce propos du sentiment d'apathie, d'atonie morale. Un malade de Krishaber

SENTIMENTS DINGOMPLÉTUDE DANS LA PERCEPTION PERSONNELLE 32o

qu'il cite disait qu'il agit par une impulsion étrangère à lui-même, automatiquement'. « J'agis comme un mécanisme qui fonctionne après qu'on a retiré la clef, qui sert à le remonter. » En un mot M. Dugas se montrait disposé à réunir en un groupe les sentiments de dépersonnalisation, de déjà-vu, d'apathie, de domination. M. Bernard-Leroy veut également faire rentrer le sentiment de dépersonnalisation. dans un groupe plus vaste, celui des sentiments d'étrangeté. Ces sentiments d'étrangeté peuvent, dit-il, se présenter sous quatre formes : i° le sujet a sentiment inana- Ivsable que la réalité est un rêve ; 5° il a l'impression d'éloignement, de fuite du monde extérieur ; 3^ ce sont les propres actes du sujet qui lui apparaissent avec cette couleur d'étrangeté, d'inattendu : il traduit alors son impression en disant qu'il lui semble que ce soient les actes d'un autre ; A" enfin survient ce que l'on peut appeler la forme complète de l'impression de dépersonnalisalion lorsque le sujet se sent étranger à toutes ses perceptions, actions, souvenirs, pris en bloc ^.

Ces rapprochements sont très intéressa^its et à mon avis indispensables, depuis longtemps je soutiens qu'il est juste de les faire plus étendus encore, ainsi que je viens de le dire à propos des sentiments d'étrangeté de la perception et de déjà-vu. Dans mes cours de 1S97 et 1898 sur les sentirnenls intellectuels qui accompagnent le fonctionnement de la volonté et de la mémoire j'avais essavé de montrer que le sentiment de déjà-vu, les sentiments d'étrange, les sentiments de dépersonnalisation se rapprochaient des sentiments de perte de la liberté, d'action mécanique, de domination et rentraient dans le groupe des sentiments d'automatisme. Je continue à concevoir ce groupe de la même manière, mais quand il s'agit des scrupuleux il me "semble plus juste de faire rentrer tout ce gi^oupe de phénomènes dans les sentiments d incomplétude dont on a déjà vu bien des formes.

Ce qui caractérise le sentiment de la dépersonnalisation comme les sentiments précédents, c'est que le sujet sent la perception de sa personne incomplète, inachevée. «Je ne puis pas arriver jusqu'à l'unité de ma personne, répètent-ils tous, je ne puis pas m'atteindre moi-même... » Au fond, ils savent bien tous qu'ils

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