‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 167 sur 380 · I. Aévrones cl Idùfn Jixex, jl, ji. Gj · texte numérisé non relu

I. Aévrones cl Idùfn Jixex, jl, ji. Gj

Les îholblks de la volonté , â.w

lo. — Le minonéishie,

Les caraclèrcs précédents étaient en scimme assez légers, nous arrivons à des caractères de plus en plus graves qui se pi'ésentent quand la maladie avance et qui d ordinaire accompagnent alors des manies et des obsessions, quoique à mon avis ils n'en dépendent pas.

Jusqu'à présent les actes étaient mal laits, avec hésitation, lenteur, faiblesse, mais ils finissaient par être faits tout de même. \ oici maintenant certains actes qui se sunprîment, c'est-à-dire certaines actions que le sujet ne parvient pas à l'aire et cela au début, sans savoir pourquoi. Nous vovons d'abord disparaître des actions nouvelles, toutes celles (jui demandent une adaptation à des circonstances nouvelles. J'ai tant insisté autrefois sur ce fait caractéristique de l'alioulie qu'il sulîit de le rappeler. « Tout ce qui est nouveau me fait peur », dit Nadia en ne se rendant pas compte qu'elle donne la définition du misonéisme. Tous ces scrupuleux sont des individus routiniers qui recommenceront indéfiniment avec ennui et tristesse la même existence monotone et qui sont incapables d'aucun elTort pour la changer.

Au caractère précédent il faut naturellement rattacher l'impossibilité d'interrompre les habitude.s une fqis acquises ; ces personnes ont une peine énorme à s'accoutumer à une situation nouvelle, c est parmi eux que 1 on observe ces individus curieux qui « ne peuvent pas s'habituer à leur femme » quand ils se marient (Ka...) et qui une fois habitués après un grand nombre d'années ne peuvent plus s'en passer. C'est parmi eux. que l'on trouve toutes les « manies » dans le sens vulgaire du mot avant qu'il n'y eût de véritables manies mentales : se coucher de la même manière, avoir la même placr à table, la même plume et le même papier buvard, etc. « Ce qui change mes habitudes, me bouleverse toujours, dit Lise. » Nous verrons, en étudiant l'évolution de la maladie, roniment les orands chanoements, chanoement d apiiartement comme changeuient de situation et surtout le grand changement du mariage provoquent les graves'rechutes.

II. — Les aboulies sociales, la timidité. Après les actes nouveaux il y a une catégorie d'actes qui sont

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très fréquemment supprimés, ce sont les actes sociaux, ceux qui doivent être accomplis devant quelques personnes ou qui dans leur conception impliquent la leprésentation de quelques-uns de nos semblables.

Cette impuissance à agir devant les hommes, cette aboulie sociale me paraît constituer l'essentiel de la timidité. Bien des auteurs ont déjà insisté sur ces troubles de la volonté et de l'action dans la timidité ; « La timidité, dit M. Dugas, trouble les "mouvements volontaires, paralyse la volonté. Elle atteint plus souvent les mouvements ordonnés en respectant les mouvements instinctifs et ressemble à l'aboulie...' » « Cette aboulie atténuée qu'on nomme la timidité, disait aussi M. Lapie^)).M. Hartenberg, dans son étude intéressante sur les timides, insiste surtout sur l'aspect émotif que prend le phénomène de la timidité, mais il note bien cependant cette suppression des actes qu'il appelle une abstention. « Eviter les occasions de se montrer, voilà le soin du timide ; comme ces occasions consistent en contacts sociaux il en résulte une tendance à rechercher l'isolement... il y a chez lui une inhibition qui paralyse momentanément la volonté, qui retient le mot sur les lèvres, qui empêche aussi bien le timide de refuser que d'accepter, qui l'empêche même d'exprimer les sentiments de reconnaissance ou de tendresse ^. »

Cette inhibition ou mieux cette disparition de l'acte volontaire en présence des hommes, car nous aurons à voir si c'est bien une inhibition, joue un rôle énorme chez presque tous les malades psychasthéniques. 11 en est bien peu qui à un moment de leur existence et quelquefois pendant toute leur vie n'aient été rendus impuissants par Ja timidité.

Voici un bel exemple de cette timidité : « indépendamment des membres de ma famille, dit une malade, il a été très restreint le nombre des personnes avec qui je n'ai pas été gênée. Devant la |)lupart j'étais absolument paralysée, une simple addition je ne pouvais pas la faire devant quelqu'un. J'étais obligée d'être fausse pour masquer cette impuissance, de chercher des prétextes, de casser mon crayon, d'aller chercher un canif, je faisais mon addi-

1. Dugas, La Timidité, Revue philosophique, 1896, II, p. 502.

3. P. Lapie, Logique de la volonté, 1902, p. 29^ (Paris, F. Alcan).

3. Ilarlcnberg, Les timides et la timidité, p. 89 (Paris, F. .\lcan).

tion au dehors, à la dérobée. J'avais le sentiment que si j'avouais cette impuissance ce serait fini, que je serais perdue, que je n'arriverais plus à rien ».

Ne pas pouvoir jouer du piano devant des témoins, ne plus pouvoir travailler si on vous regarde, ne plus pouvoir même marcher dans un salon et surtout ne plus pouvoir parler devant quelqu'un, avoir la voix rauque, aiguë ou rester aphone, ne plus trouver une seule pensée à exprimer quand on savait si bien auparavant ce qu'il fallait dire, c'est le sort commun de toutes ces personnes, c'est l'histoire banale qu'ils racontent tous. « Quand je veux jouer un morceau de piano devant quelqu'un, dit Nadia, et même devant vous que je connais beaucoup, il me semble que l'action est difficile, qu'il y a des gênes à l'action et, si je veux surmonter, c'est un effort extraordinaire, j'ai chaud à la tête, je me sens perdue et je voudrais que la terre s'ouvre pour m'engloutir. » Cat..., un homme de 3o ans, se sauve dès qu'il entend quelqu'un entrer, il a de la peine à faire sa classe devant ses élèves « je ne ferais réellement bien ma classe que si je la faisais tout seul sans élèves et surtout sans directeur ». « Je voudrais vous parler, disent Dob... ou Claire, et je ne peux pas, cela s'arrête dans ma gorge, je suis une heure pour demander quelque chose d'insignifiant. Je ne vous parle réellement bien que si je suis seule, si vous n'êtes pas là. » Lev... fait bien ses comptes dans le sous-sol du magasin, mais ne peut plus écrire un chiffre, car il est pris par la crampe des écrivains, quand il est mis au premier devant le public. Tous répètent comme Simone : « Je serais parfaite, je ferais tout, si je pouvais être tout à fait seule, comme une sauvage dans une île déserte ; la société est faite pour empêcher les gens d'agir, j'ai de la volonté pour tout, mais je n'ai cette volonté que si je suis seule. »

On admet d'ordinaire que ces troubles de la timidité sont des phénomènes émotionnels. Qu'il y ait des troubles émotionnels, des angoisses chez les timides, j'en suis convaincu ; il y a aussi chez eux de l'agitation motrice, des tics et même de la rumination mentale, dont on ne parle pas assez. Mais il ne faut pas ou- • blier qu'il y a chez eux de l'impuissance volontaire. M. Hartenberg, qui explique tout par l'émotion, le remarque lui-même à propos d'Amiel « le manque de foi simple, l'indécision par défiance de moi, remettent presque toujours tout en question dans ce qui ne concerne que ma vie personnelle. J'ai peur de la vie objec-

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tive et recule devant toute surprise, demande ou promesse qui me réalise ; j'ai la terreur de l'action et ne me sens à l'aise que dans la vie impei'sonnelle, désintéressée, subjective de la pensée. Pourquoi cela? Par timidité * », et M. Ilartenberg ajoute : (^veutil dire par là qu'au mohient d'accomplir un acte, il est arrêté brusquement par une émotion poignante qui le paralyse ? Non, ce qu'il désigne par timidité, c'est la peur instinctive d'agir, c'est aussi la peur de prendre une détermination avec les conséquences utiles et fâcheuses qu'elle comporte. C'est sa maladie de la volonté en somme qu'il appelle timidité^ »'.

Pourquoi hésite-t-on à appliquer cette remarque si juste aux autres cas de timidité ? On est frappé de ce fait que les timides incapables de faire une action en public, la font dans la perfection, quand ils sont seuls. Nadia joue du piano très bien et facilement quand elle se croit seule, et Cat... ferait très bien sa classe s'il n'v avait pas d'élèves, on en conclut qu'ils ne sont pas impuissants à faire l'acte et qu'il faut faire appel à un trouble extérieur à l'acte lui-môme pour expliquer sa disparition dans la société.

11 V a là un malentendu, l'acte de faire une classe imaginaire sans élèves et. l'acte de faire une classe réelle devant des élèves en chair et en os ne sont pas l« même acte. Le second est bien plus complexe que le premier, il renferme outre l'énoncé des mêmes idées, des perceptions, des attentions complexes à des objets mouvants et variables, des adaptations innombrables à des situations nouvelles et inattendues, qui transforment complètement l'action. Pourquoi un individu aboulique peut-il faire le premier acte et ne peut-iL pas faire le second ? .le réponds simplement, parce que le second est bien plus difficile que le premier. 11 en est ainsi dans tous les actes sociaux, car il n'y a rien de plus complexe pour des hommes que les relations avec les hommes. Que des émotions, des agitations motrices, des crampes des écrivains, des tics viennent s'ajouter, o« mieux se substituer à cet acte qui ne s'accomplit pas, c'est un grand phénomène secondaire dont il faudra tenir compte; mais le fait essentielc'est l'incapacité d'accomplir l'acte complexe et en particulier l'acte social.

C'est ce que l'on vérifie par l'examen des diverses formes de

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