I. Amiel, Journal intiinc. II
a. Hartenberg, Les timides et la timidité, p, 106.
cette tiinirlité. T.a timidité t'ait le grand malheur de ces personnes, elles ont un sentiment qui les pousse à désirer l'affection, *à se faire diriooi' à confier leurs tourments et elles n'arrivent pas à pouvoir se montrer aimables, à pouvoir même parler. Nadia répète sans cesse : « je crois que je ne serais pas devenue si détraquée, si j'avais eu le courage de confier mes tourments à quelqu'un, mais malgré moi j'ai toujours été très rentermée. » Ce sont tous des « renfermés » qui sentent beaucoup, mais qui n'arrivent pas à expiimer et .surtout qui n'arriv^^nt pas à exprimer devant leurs seiublables, parce que l'expression est un acte et l'expression sociale un acte complexe et que les actes complexes leur deviennent impossibles.
Il en résulte encore une contradiction, ces personnes sont poursuivies par le besoin d'aimer et d'être «.mées, ils ne songent qu'à se faire des amis, d'autre paît ils méritent l'affection ; extrêmement honnêtes, ayant une peur terrible de froisser quelqu'un, n'ayant aucune résistance et disposés à céder sur tous les points, ne devraient-ils pas obtenir très facilement les amitiés qu ils recherchent? Eh bien en réalité ils sont sans amis : ce sont des isolés qui ne rencontrent de sympathie nulle part et qui souffrent cruellement de leur isolement. Comment comprendre cette contradiction ? C'est que pour se faire des amis il faut agir, parler, et le faire à propos. Pour attirer l'attention des gens et se faire comprendre d'eux, il faut saisir le moment où ils doivent vous écouter, dire et faire à ce moment ce qui peut le mieux nous faire valoir. Or nos scrupuleux sont incapables de saisir une occasion ; comme J.-J. Rousseau, ils trouvent dans ^escalie^ le mot qu'il faudrait dire au salon. Ont-ils l'idée, ils ne se décident pas à l'exprimer et s'ils s'y décident comme ce pauvre Jean, ils veulent bien parler tous seuls quand il n'y a personne, mais ne peuvent plus parler dès qu'il y a quelqu'un. Pour que quelqu'un s'intéresse à eux il faut qu'il les devine, qu'il fasse tous les efforts pour les mettre à l'aise, pour leur faciliter l'expression. Alors ils s'accrocheront à lui avec passion et preriTlront des affections falles dont nous aurons à parler. Un tel bonheur leur arrive rarement et presque toujours ils le paient très cher. Tous ces caractères de leur timidité et de leurs relations sociales dépendent au fond de leur aboulie fondamentale ; la diminution ou la disparition des actes sociaux qui se manifestent dans la timidité est un des phénomènes essentiels de l'aboulife du psychasthénique.
3ï8 LES STIGMATES PSYCHASTHEMQUES