CARACTÈRES COMMUNS DE CES OBSESSIONS
piuait un caractère essentiel qu'il faut constater avant de chercher
à l'ialeipréter.
4." A ces caractères s'en ajoute un autre qui me parait découler des précédents, mais comme il porte sur l'origine des idées et que tout ce travail est destiné à mettre cette origine en évidence, il faut se borner à l'énoncer maintenant d'une manière hypothétique. Lesidi't's fixes que nous avons étudiées autrefois chez des hystériques avaient un contenu déterminé par les circonstances extérieures. Sans doute la condition essentielle de l'idée fixe était un certain état d'esprit du sujet qui le rendait éminemment suggeslible ; cet engourdissement, cette diminution des fonctions cérébrales qui déterminait le rétrécissement de l'esprit et la suggeslibilité était le caractère essentiel de l'état mental hystérique. Mais la nature particulière de l'idée fixe, la pensée d'un incendie ou l'image d'un mort était la conséquence des circonstances extérieures qui avaient déterminé une émotion et une suggestion à propos d'un incendie ou à propos d'un mort'. De telles idées déterminées par le mécanisme de la suggestion pouvaient êt>"e appelées des idées fixes exogènes.
Eh bien, une pareille origine peut-elle être attribuée au contenu des obsessions chez les scrupuleux? C'est ce que les malades ou leurs parents supposent bien souvent : Ls... pense que ses idées sacrilèges sont nées à propos des conversations philosophiques qu'aimait à faire son père. Les parents de We... restent convaincus, malgré ses allirmations, que la maladie de leur fille a été produite au couvent par l'enseignement des religieuses. J'hésite beaucoup à accepter cette interprétation. Sans doute les circonstances extérieures jouent un rôle: les femmes qui n'ont pas d'enfants ne songent pas à les vouer au diable. Mais ces circonstances banales qui consistent à avoir des enfants, à entendre de temps en temps une conversation philosophique, a être élevé par des religieuses sulfisent-elles pour faire naitre un délire pareil? D'autre part, si le délire venait surtout de l'extérieur, comment aurait-il des caractères communs si remarquables chez tous les malades, pourquoi' poiterait-il toujours sur des actes, des actes mauvais, des actes extrêmes, et comment serait-il étroitement en
I. Voir à ce propos de nombreux exemples de ces iiiéos fixes accirlontelles par siiggeslibilité : Névrosca cl [tlccs Jixcs. it'yb, I, i'}^
70 LES IDÉES UiiSÉDAiMES ET IMI'ULSIVES
rapport avoc \e caractère individuel du sujet? Le contenu des obsessions, tout en gardant ses caiaivlères comimins, n'est pas le même chez la mère de famille, chez rhoinme adulte, ou chez la jeune fille. Si je puis enrployer une expression vulgaire, il semble que ces malades jouent au jeu des combles et à la même question répondent tous difl'éremment, suivant leur sexe, leur âge, leurs conditions sociales. « Quel est pour vous le comble du crime? — Jeter sur ma petite fille l'eau bouillante qui est sur le feu, répond la mère de famille habituée aux travaux du ménage ; vouer mes enfants au diable, répond la mère d'un milieu sociale plus élevé. — Et pour vous quel est le comble du crime? — Mettre l'âme de mon oncle dans les cabinets, répond Ihomme reconnaissant; souiller les hosties par l'acte sexuel », répond la jeune fille. Cette modification de la réponse qui garde les mêmes caractères communs, tout en s'adaptant si bien au caractère individuel, peut-elle s'expliquer par l'action des circonstances extérieures sur un esprit suggestible ? '
On peut donc se demander si les idées fixes sont toujours exogènes et si certaines catégories d'idées fixes ne mériteraient pas le nom d'e/td(><^ènes. Leur contenu ne pourrait-il pas être inventé par le sujet lui-même, en vertu de certaines lois dilT'érentes de celles de la suggestibilité ? Ces idées ne seraient-elles pas Ye.v/j/'cssion d'un trouble profond dans le fonctionnement cérébral que le malade ressent et qu'il traduit d'abord par des sentiments particuliers et ensuite par des idées obsédantes qui résument et expriment ce sentiment? Dans le cas du délire du scrupule en particulier, le malade n'est-il pas obsédé par des pensées particulières relatives à ses actes, paice qu'il a réellement des troubles de la volonté et parce qu'il a une certaine conscience de ces altérations de la volonté ?
L'étude du contenu des obsessions chez les scrupuleux nous amènent simplement à poser ces problèmes ; il laut continuer l'étude de la forme que présentent ces obsessions et de l'état psychologique sur lequel elles se développent, pour pj-éparer un peu sa solution.