LA FORME DES OBSESSIO^VS
Pour établir le diagnostic cl une afFection mentale il ne sufïît pas de savoir le sujet ordinaire des préoccupations des malades, c'est-à-dire le contenu des obsessions, il faut encore étudier de quelle manière se présentent ces préoccupations, à quelles lois elles obéissent dans leur apparition et leur évolution, en un mot il faut examiner la forme psychologique que revêtent ces pensées obsédantes. Pour bien comprendre ce problème, considérons certaines idées fixes des hystériques qui déterminent de grandes fugues de plusieurs mois complètement oubliées par les malades après leur exécution. Ces idées ne se manifestent que pendant des somnambulismes ou dans des écritures subconscientes, elles semblent tout à fait absentes de la conscience normale du sujet qui les ignore. Ces idées fixes ne sont-elles pas totalement difïerentes dans leur forme psychologique de celles du persécuté qui connaît parfaitement son délire, qui est convaincu de sa réalité et qui a systématisé toutes ses pensées et toutes ses actions autour de la croyance à telle ou telle persécution, (^ette opposition entre des idées dissociées qui se développent isolément en dehors de la vie consciente du sujet et ces idées complètement systématisées qui sont au contraire devenues le centre de toutes les pensées est dune importante capitale pour interpréter toute la maladie. Aussi doit-on appliquer cette recherche aux obsessions des scrupuleux et voir quelle place elles occupent dans la pensée, le degré et la forme de leur développement.
Pour étudier les caractères psychologiques qui revêtent ces obsessions, les lois de leur apparition et de leur développement, il est nécessaire de faire quelques distinctions. Les malades ne restent pas toujours à la même période de leur m;dadie ; ils peulent traverser des états de trouble très grand ou se rapprocher 'le l'état normal. Dans ces diverses jiériodes leurs obsessions ne tonservenl pas toujours les mêmes caractères et une description
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ne pourrait pas im[)unément être appliquée à tous les accidents des scrupuleux. Je mettrai donc de côté, pour les examiner plus roniplètement quand j'étudierai l'évolution et les complications de la maladie, des états aigus, des périodes de délire grave qui peuvent malheureueement survenir aji cours de la maladie. Le grand caractère de tels états, c'est que le malade a perdu à peu près complètement le pouvoir de critiquer ses obsessions, de leur résister, qu'il s'abandonne à son délire. Ces états se rapprochent de la mélancolie anxieuse ou des diverses formes de la confusion mentale : ils nous font entrer dans le domaine d'autres maladies mentales. Ces états peuvent aussiresulterdudcveloppementtr.es exagéré de la maladie des obsessions chez certains sujets particuliers qui sont malades depuis longtemps ; car il existe chez quelques malades un véritable délire psychasthénique. Je crois qu'il faut considérer ces états délirants comme des accidents survenant au cours d'une maladie du scrupule, accidents dont il faut discuter lu possibilité et la fréquence, mais qui ne constituent pas l'état normal de ces malades.
D'autre part, tantôt par l'évolution naturelle de la maladie, tantôt sous l'influence de certains traitements, ces idées fixes peuvent se réduire, diminuer d'importance ou perdre leur précision. Le malade sent encore qu'il est tourmenté par quelque chose, qu'il est obsédé. Il pourrait par un léger effort retrouver l'idée qui le tourmente, mais il sait qu'il faut éviter cette recherche et il n'a qu'une notion vague de cette idée qui l'obsède, c'est Véiat ifague àe Lise, c'est Vétat implicite de Jean. Cet état fait encore partie de la maladie, mais c'est un degré effacé, estompé que l'on ne peut prendre comme objet principal de l'étude.
Dans cette description des caractères psychologiques de l'obsession du scrupuleux, je considérai donc en premier lieu le degré moyen du développement de ces idées qui est d'ailleurs de beaucoup le plus fréquent et le plus important. On le reconnaîtra aux caractèx^es suivants. L'idée est assez nette et assez précise pour que le sujet sache très bien ce qui l'obsède, et cependant l'intelligence du malade reste assez entière pour que celui-ci juiisse critiquer l'obsession et en reconnaître au moins en partie labsurdité.
En effet, Ib caractère essentiel de ces idées maladives est si frajipant qu'il a presque toujours été bien mis en évidence dans les lerjncs mêmes qui servent à les désigner. On se sert souvent