LA FORME DES OBSESSIONS
pour décrire cette maladie de deux termes associés, c'est, ditou, une folie lucide, un délire avec conscience, une obsession conscie/iie.
Cette association des termes « folie » et « lucidité « provoquait autrefois l'indignation du D' Thulié ' quand il critiquait la « manie raisonnante » du D"^ Campagne ; elle est pourtant légitime et exacte. Le premier de ces termes se comprend Facilement, il désigne une idée qui s'impose au malade et se développe dans son esprit d'une manière automatique sans rapport ni avec les circonstances extérieures ni avec la volonté du sujet. Le second, le mot « conscient )) est, comme je l'ai déjà souvent remarqué, assez malheureux à cause de l'anbiguité du mot conscience : ce mot dans le langage psychologique signifie que le sujet connaît son idée, qu'il la constate, qu'il en a la perception personnelle, il s'oppose aux termes « inconscient, subconscient » (jui s'appliquent à des phénomènes ignorés du malade. Or, dans le cas présent, on veut dire que le malade juge son idée, l'apprécie au point de vue de sa réalité, de son rapport avec ses autres croyances. On veut donc désigner une opération intellectuelle beaucoup plus élevée que la simple conscience psychologique : si Ton pouvait changer l'usage il vaudrait mieux dire qu'il s'agit d'obsession avec jugement, d obsession contrôlée ou critiquée par le malade.
Quoi qu'il en soit, ces deux mots appliqués aux scrupuleux sont extrêmement justes. Le malade est ODsédé, tourmenté par une idée qui s'impose à lui sans qu'elle soit justifiée par les circonstances sans que le sujet la recherche lui-même. C'est une idée envahissante comme un délire ou une suggestion et cependant le malade n'accepte pas cette idée avec la conviction d'un persécuté ou d'un individu suggestionné. Au moins jusqu'à un certain point il sent comme nous que son idée est absurde, il la juge et la repousse, c'est une obsession avec critique.
11 résulte de cette remarque générale que ces idées peuvent être examinées à deux points de vue: i" le point de vue positif, qui présente leur caractère obsédant et maladif, leur puissance pour tourmenter le malade ; 2° le point de vue négatif nous montre l'arrêt de ces idées, le point auquel termine cette puissance. Nous retrouverons ces deux points de vue dans tous les caractères des obsessions, à-^xxsXcwv permanence, àanslawr puissance impulsive,