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Troubles du sommeil

"L'importance du sommeil est si grande dans les névroses, son rapport avec la volonté et l'attention est si probable qu'il faut placer ici une note rapide sur les modifications du sommeil chez nos malades.

Dans un premier groupe, le sommeil semble peu troublé, au contiaiie les sujets sont plutôt de grands dormeurs. Lo... (2i3)depuis son enfance dort plutôt trop. A 20 ans il lui faut encore 12 heures de sommeil par jour et encore il lui airive de se rendormir

I. IIarlciil)or;r, f.a lu'crosc d'angoisse, 1902 (Paris, V. Alcan).

dans la journée. Ce cas est assez fréquent et un bon nombre de ces malades ont un sommeil lourd et prolongé. Dans ces cas il faut noter que le sommeil n'est pas troublé par les idées qui tourmentent la veille. Comme on l'a remarqué souvent, les rêves du sommeil prulond ne reproduisent pas les émotions de la journée.

Chez quelques sujets ce sommeil lourd devient par moments tout à fait excessif et pathologique : il arrive assez souvent que Bu... (85) dorme 24 heures de suite ; une fois il est resté endormi deux jours et une nuit. Lo... a des sommeils malgré elle au milieu de la journée, il en est de même chez Vod... Chez Je... ces sommeils exagérés surviennent par périodes : pendant une quinzaine de jours elle va être engourdie, elle va être prise très fréquemment par des sommeils qui se prolongent plusieurs heures. Pendant cette période elle n'a plus d'obsessions et n'est plus tourmentée par ses interrogations et ses recherches continuelles. Je crois que ces sommeils exagérés doivent être rapprochés de ces périodes de fatigues énormes que nous avons étudiées à propos des troubles de l'activité, ce sont des phénomènes du même genre.

Dans un autre groupe de malades peut-être plus nombreux que le premier, le sommeil est troublé : il est devenu plus léger, il reste incomplet et il est traversé par des rêves pénibles. Claire est tourmentée la nuit comme le jour quoique à un degré un peu moins fort. Il lui semble qu'elle ne dort pas tout entière « il yatoujours deux ou trois de mes personnes qui ne dorment pas, cependant j'ai moins de personnes pendant le sommeil, il y en a quelquesunes qui dorment un peu. Ces personnes ont des rêves et des rêves qui ne sont pasles mêmes*: je sens qu'il yen aplusieurs qui rêvent à d'autres choses ». Ces rêves de Claire sont presque tous d'un genre bien connu, elle poursuit quelque chose qu'elle ne parvient jamais à atteindre, elle se perd dans d'interminables couloirs, elle ouvre des milliers de portes et elle a le sentiment qu'elle n'arrivera jamais au bout. Ce rêve « du labyrinthe » me paraît la continuation sous une forme plus imagée des recherches, des efforts interminables et inIVucteux que cette personne fait continuellement pendant la veille, c'est le même état d'esprit qui continue dans les deux états à l'inverse de ce qui se passait dans les sommeils profonds.

Beaucoup d'autres malades Bei..., Tr..., etc., se plaignent de

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ne pouvoir pas dormir complètement. Lise se réveille au moindre bruit et le matin elle a le sentiment qu'elle n'a pas dormi, qu'elle est restée au début du sommeil « qu'elle ne peut pas plus achever le sommeil qu'elle ne peut terminer un acte ou un sentiment quelconque ». Elle dort plutôt mieux quand elle est très malade et qu'elle s'est épuisée toute la journée dans ses ruminations. Quand elle est en voie d'amélioration, elle est étonnée du chanofement de son sommeil: « J'étais habituée à dormir d'une manière bizarre en continuant mes discussions, maintenant il m'arrive de me réveiller en sursaut, étonnée de cette façon nouvelle de dormir tranquille; cela me fatigue de dormir de cette façon. » En un mot il y a un changement du sommeil quand elle va mieux, et ce changement la trouble au début.

Il est souvent juste de faire intervenir dans ces troubles du sommeil des phénomènes physiologiques analogues à ceux qui nous ont paru jouer un rôle dans les céphalalgies. Des troubles vaso-moteurs, des phénomènes de congestion sont invoqués pour les expliquer par Angel, par Lubetzki et par plusieurs auteurs. M. de Fleury rattache l'insomnie à des modifications de la' tension sanguine : le sommeil normal exigeraitune tension moyenne de 9 à 12 centimètres de mercure mesurée à la radiale; au-dessus de ce chiffre on observerait des insomnies par hypertension, au-dessous des itisomnies par hypotension '.

Il y a quelque vérité dans ces remarques, mais je crois devoir observer, comme je l'ai montré autrefois-, que le sommeil est un phénomène mixte, il ne dépend pas seulement des phénomènes physiologiques extracérébraux pour ainsi dire, circulation, tension céphalo-rachidienne, mais encore de faits psycho-physiologiques qui ont lieu dans l'intimité du cerveau. Par un côté le sommeil est un acte, il demande une certaine énergie pour être décidé au moment opportun et pour être accompli correctement. Les mauvaises habitudes, les tics, les manies mentales interviennent dans le sommeil: on a déjà vu l'observation de Dn... (49) dans laquelle des agitations et des angoisses apparaissent à l'occasion du début du sommeil comme à propos du début des actes. Par bien des. points l'insomnie des psychasthéniques se rapproche de leur aboulie.

1 . De Floury, Les grands symplômfis ncnraslhénii^ucs, 1901 , p. i3o (Pari?, F. Alcn:i).

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