EXPOSÉ DES THÉORIES INTELLECTUELLES
zwangsvorstellungen *. En premier lieu, 1 auteur observe bien le caractère incomplet du délire : jamais, dit-il, Tobsession ne devient une véritable idée délirante car les malades ne l'assimilent jamais complètement comme font les aliénés systématiques, l'obsession reste toujours étrangère au moi des malades. L'auteur ajoute ensuite un second caractère qu'il croit fondamental, c'est que l'obsession n'est jamais sous la dépendance d un état émotif ou passionnel, c'est qu'elle est un tiouble oiiginel de l'idée. Quand lobsession apparaît |)oiir la première fois le malade peut être dans un état de tranquillité parfaite, d'indifférence, sans trace d'émotion. T>es accès d'angoisse n'apparaissent que plus tard et sont toujours secondaires : jamais 0.1 ne trouve l'angoisse primaire comme dans d'autres psvchoses, la mélancolie ou l'hypocondrie. Si on a cru constater l'angoisse en même temps que 1 obsession c'est une simple coïncidence.
Cette opinon de Westphal qui considère les obsessions comme de simples troubles intellectuels semblent pré^•aloir dans les travaux de Meynert, 1877, deBuccola, 1880, de Tamburini, 1880, de Morselli, i885, de Hack-Tuke, 189:^*. Nous retrouvons la même affirmation dans l'ouvrage de MM. Magnan et Legrain 1896. « Les phénomènes de l'émotion ne sont que des réactions secondaires... si le sympathique intervient il le fait secondairement et non primitivement, il obéit à la situation mentale au lieu delà commander... L'onomatomanie, la folie du doute, le délire du toucher, l'écholalie sont sans aucun doute des troubles du fonctionnement de l'écorce. Enfin, rappelons que les phénomènes émotionnels ont une intensité très variable, qu'ils sont souvent réduits à peu de chose et que dans certains cas ils disparaissent \ » Même conception également dans le travail de Mickle, 1896 : ce sont les troubles de l'idée qui prévalent toujours. « L'idée impérative est le grand facteur, les troubles émotifs peuvent être considérés comme secondaires et sont dus au conflit entre l'idée et la volonté *. »
I. WestphaL Berliner klinische Wochenschrift, 1873, p. Sgo. Ueber zwangsvorstellung,- 1877.
:i. Meynert, Abortive Verruckheit. PsycU. Ceidralbl., 1877. Buccola. Rev. sper. di freniatria. 1880. Tamburini, Sulla pazzia del Dubbio. Rev. sper. di fren.~, 1880. Morselli. Manuale di Semeiotica, 1880 Hack-Tuke, Brain. iSgA.
3. Magnan et Legrain, Les dégénérés (Bibl. Charcot-Debove), 1896, p. i"/».
!i. J. Mickle, Mental Bcsetments or Obsessions. Mental Science, oct. 1896, d'après Pitres et Régis, op. cit., p. 8.
46Ô THÉORIES PATIIOGÉNIQUES
Enfin dans la dernière édition du traité de psychiatrie de Krafft-Ebino-, l'émotion de l'obsédé est considérée comme secondaire, comme la réaction de la ropiésentation obsédante sur la vie émotive du malade. Tout au plus l'auteur convient-il qu'il y a lieu de constituer une variété où l'émotion joue un assez grand )(Me', c'est d'ailleurs à cette conclusion que parvenaient égalenieut Tamburini, Luvs, J. Falret-
■ Cette opinion cependant ne semble pas en faveur aujourd'hui, elle est fortement battue en brèche dans le mémoire de MM. Pitres et Régis, qui résumait l'état actuel de la question, et je suis disposé à partager l'opinion de ces auteurs. Je remarquerai d'abord que cette théorie dite intellectuelle de l'obsession est excessivement vague et ne nous apprend absolument rien sur la nature de ce trouble intellectuel ni sur son mécanisme : elle affirme simplement que les troubles intellectuels sont les premiers de tous. 11. faudrait pourtant s'entendre sur ce que l'on désigne par ces mots {( troubles intellectuels » qui peuvent avoir ici trois significations : i" ils peuvent désigner l'obsession proprement dite, cette idée saugrenue qui s'impose au malade et lui fait penser: qu'il a violé et assassiné une vieille femme devant une église ; 2" ils peuvent désigner les manies mentales, ces mauvaises habitudes, de répéter une opération psychologique parfaitement inutile comme de se souvenir, de chercher, de compter, de juger; 3" on peut entendre par troubles intellectuels les sentiments d'étrangeté, d'inintelligence, les troubles de l'attention, de la peiception personnelle, etc. Les partisans de théories intellectuelles sont bien loin de nous dire avec précision lequel de ces trois sens ils adoptent.
Il semble certain que les auteurs ne parlent pas du troisième groupe dont ils semblent ne pas soupçonner l'importance on dont ils font une maladie à part, quand ils sont forcés de les constator ainsi qu'il arrive dans la névrose cérébro-cardiaque deKrishaber. Ils confondent les deux premiers groupes, mais ils accordent évi-
I. Krafft-Kbiiifr, Traité de psyrhiatrie. trad. I, auront, 1897, p. 545.
DISCUSSION DES TriÈORlES INTELLECTUELLES 461
demment plus d'importance au premier et en somme les théories intellectuelles semblent être des théories qui, d'une manière il est vrai fort vague, admettent la priorité de l'idée obsédante. Pouvons-nous partager cette opinion ?
Les arguments présentés par \Vestphal et par les auteurs intellectualistes se bornent à nous montrer qu'il v a des obsessions sans angoisses et sans troubles émotionnels préalables. La remarque est très juste, mais elle se borne à contredire les théories émotionnelles, elle ne donne pas de preuve directe de la priorité de l idée obsédante. D'autre part on peut objecter bien des arguments contre cette priorité.
L'observation clinique permet déjà de faire des réserves : ces idées obsédantes, nettes, déterminées, données par le malade comme une interprétation de son mal ne sont pas aussi communes qu'onle croit. Si on veut bien ne pas isoler arbitrairement les malades qui ont des véritables obsessions, si Ton réunit en un ensemble, comme j'ai essayé de le faire, tous ceux qui par la grande majorité des symptômes psychologiques et par l'évolution de leur maladie sont réellement du même genre, on verra que beaucoup de ces sujets ont simplement des tics, des agitations mentales, des angoisses, des sentiments variés d'incomplétude et n'ont pas d'idées obsédantes proprement dites. Dob... a des grandes angoisses qui se produisent dans des circonstances particulières, ce qui fait qu'on peut les nommer des agoraphobies, des peurs de l'espace ; mais c'est nous qui donnons ce nom et cette explication. La malade répète toujours qu'elle n'a aucune idée absurde à propos des grandes places ou des rues, elle se défend d'avoir des idées de honte ou de pudeur exagérée, elle dit f|u une crise la prend dans la rue sans qu elle sache pourquoi '. En somme elle a des crises d'angoisse phvsiologique et n'a pas d'idée obsédante antérieuree à ces crises. M\v... est tourmentée par la manie des sernt>ents, c'est déjà plus intellectuel, mais il n'y a pas là d'idée déterminée, elle ne faitpas ces serments par principe en vertu d'une théorie de la vie qu'elle se soit faite. Elle ne sait pas pourquoi elle les fait, elle ne les rJittache à rien, c'est une habilude, un tic de l'esprit, ce n'est pas une idée ayant un objet déterminé et représentant quelque chose.
1. Même remarque sur un agoraphobe dans un article de M. Van Ecden, d"Amblordani, Los obsessions. Revue de l'hypiiolismc, i^yj, p. 5.
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Cependant ces mêmes malades peuvent avoir des idées obsédantes, mais ils les auront plus tard, car on voit dans l'évolution de beaucoup de sujets que des obsessions viennent après cette période. Claire a eu toutes ses idées de honte, d'auto-accusation, quatre ou cinq ans après le début de la maladie et pendant toute cette première période elle avait simplement des sentiments de manque de foi, d'incomplétude, des manies, des tics, des agitalions. Gisèle a eu des angoisses longtemps avant d'avoir ses remords de vocation. Sans doute il y a des cas où tout paraît commencer à la fois, où il y a en même temps les manies de propreté, les angoisses et l'obsession du chien enragé, mais ces cas sont plutôt rares et la règle générale c'est que l'idée est un symptôme terminal.
A ces observations cliniques s'ajoutent des réflexions psychologiques. Une idée est un phénomène psychologique complexe qui demande des antécédents en rapport avec ses caractères et il ne me semble pas facile de comprendre comment de semblables idées peuvent se former dans un esprit, comment elles peuvent prendre les caractères de l'obsession s'il n'y a aucun trouble psychologique antérieur.
On pourrait penser à la formation de certaines idées fixes par vin mécanisme analogue à celui de la suggestion hypnotique*. Mais en premier lieu la suggestion hypnotique suppose des troubles préalables et, ce qui est particulièrement grave, la suggestion hypnotique n'existe pas chez les scrupuleux. C'est là un point sur lequel j'ai beaucoup insisté et que je considère comme important. Les scrupuleux ne se comportent pas du tout comme les hystériques vis-à-vis de la suggestion, ils ne la subissent que dans une mesure très, imparfaite et qui est tout à fait insuffisante pour engendrer une idée fixe. C'est donc à tort que beaucoup d'auteurs font appel à cette analogie pour expliquer la formation des obsessions. Il reste que l'obsession serait tout à fait inexplicable si on la considérait comme primitive. . Ces raisons que je viens de résumer et d'autres du même genre ont diminué la confiance dans les théories dites intellectuelles qui aujourd'hui ont certainement peu de partisans.
ï. Arie de Jong (de La Haye). Congrès de médecine de Moscou, août 1897.
LXiVoL Di.s Tllb'ÛRlKS ÉMOTIO.N.NELLES 463
Dès l'origine de ces études, une autre iiiteiprétation s'est opposée aux interprétations intellectuelles que nous venons de résumer. L'une des premières descriptions des obsessions a été donnée par Morel en 1866 sous le nom de délire émotif, ce qui indique bien le point de vue auquel cet auteur se plaçait. Quand Westphal soutint à la société médico-psvchologique de Berlin la thèse intellectuelle en iS'yy, il fut vivement combattu par Jastrowicz et par Sander\ Berger, de Breslau, fut plus afïîrmatif encore puisqu'il rangeait sans hésitation les obsessions parmi les névroses émotionnelles^.
Cette conception de la nature émotive des obsessions qui était en somme celle de Morel est reprise par Legrand du Saulle. « Le délire émotif, dit-il, n'est que la résultante de toutes les impressionnabilités anxieuses possibles, tandis que la peur des espaces se limite à une angoisse pénible, terrifiante en face du vide ou dans des conditions absolument spéciales ^ » Legrand du Saulle, comme on va le laire plus tard, distingue déjà très bien les émotions diffuses et les émotions systématisées. Cette doctrine va se retrouver sans grandes modifications chez Brosius, Wille, 1881, VVernicke, Krafït-Ebing. Les mêmes idées semblent se préciser un peu avec Friedenreich, 1S87*, Hans Kann, Schuele ; ces auteurs examinent de préférence un phénomène spécial, la crise d'angoisse, ils considèrent cette crise d'angoisse comme le symptôme principal de l'état psychasthénique et comme le point de départ de l'obsession. M. Féré, 1892 \ admet que les idées fixes ont leur origine dans l'émotivité morbide, pour M. Dallemagne* l'émotion est toujours le fait primitif, et M. Séglas dit même que l'obsession repose toujours sur un tond d'émotivité pathologique .