‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 221 sur 380 · Séglas, Lerons cliniques, 1895, p. bi · texte numérisé non relu

Séglas, Lerons cliniques, 1895, p. bi

464 THÉORIES PATHOGÉNlQUES

M. Ballet ajoute un mot de plus qui nie paraît avoir une certaine importance : il place les obsessions parmi les anomalies de l'éinotivité et de la volonté chez les déoénércs '. Je ne parle pas pour le moment du mot « dégénérés » dont à mou avis ou a singulièrement abusé dans cette question; je remarque seulement que M. Ballet ne se borne pas comme les auteurs précédents à parler de l'émotion mais qu'il indique au moins comme problème les troubles de la volonté.

M. Freud, de Vienne, précise d'abord la notion de l'angoisse, il en décrit avec précision une dizaine de formes caractérisées par certains phénomènes physiologiques prédominants, il nous sulîlt de rappeler les titres de ces variétés, car il est facile de voir que plusieurs d'entre elles ont été décrites quand nous avons examiné les phénomènes physiologiques de l'attaque d'angoisse : i" Attaque cardiaque (pseudo-angine de poitrine). 2" Attaque respiratoire (dyspnée nerveuse, faux asthme). 3° Attaque de sueurs profuses, souvent nocturnes. 4" Attaque de secousses et de tremblements (non hystériques). 5" Attaque de boulimie (ce dernier phénomène a été décrit par nous à propos des troubles psychologiques : chez les malades qui ont présenté de la boulimie, celleci était en rapport avec des sentiments de faiblesse, de fatigue, d'aboulie tout à fait caractéristiques). 6" Attaque de diarrhée ou de polyurie. 7° Attaques vaso-motrices. 8" Attaques de paresthésies. 9" Attaques de frayeurs nocturnes avec réveils angoissants. 10" Attaques de vertige ^ Par cette description précise, Freud et Hacker ont mis au premier rang les phénomènes de l'angoisse, ils en ont fait une maladie distincte sous le nom de névrose d'angoisse (Angstneurose). Mais M. Freud a été plus loin et a voulu donner une explication à mon avis très hypothétique de ces angoisses en les rattachant toujours à des troubles de la sensibilité et des fonctions sexuelles ; nous aurons à revenir sur ce point en étudiant l'évolution de la maladie.

Ces divers travaux sur le rôle de l'émotivité morbide dans le mécanisme des obsessions sont résumés, coordonnés etcomplétés dans le travail de MM. Pitres et Régis, qui a été présenté au Congrès de médecine de Moscou en 1897 comme rapport sur

1. Ballet, Dégénérescence mentale, in Traité de inéilecinr de (]harcot, Bouchard,

2. Freud, .\eiirulij(jisch. Crntralbl., janvier i8y5. Ilecker, Allij. Zeilschr.f. Psych., 1,11, IVibc. 0, j). I il)7. Frcuil, Revue neurologique, 3o janvier 1890.

EXPOSÉ DES THEORIES ÉMOTIOxNNELLES 46o

l'état actuel du problème intéressant de ^obsession^ Ce rapport constitue aujourd'hui la meilleure expression de l'ancienne thèse de Morel sur l'origine émotionnelle des obsessions.

Voyons donc comment ces auteurs interprètent ce problème. Après quelques réflexions générales sur la priorité de la vie alïective par rapport à la vie intellectuelle empruntées à Schopenhauer et à M. Ribot, les auteurs admettent comme un l'ait démontré, la théorie de l'émotion de Lantre et de James. « L'émotion, disent-ils, n'est que la conscience des variations neuro-vasculaires ». Ainsi entendue, l'émotivité, c'est-à-dire l'aptitude à produire et à ressentir les variations physiologiques diverses et surtout les variations neuro-vasculaires est variable suivant les individus, « il y en a qui sont doués à cet égard d'une susceptibilité particulière, ce sont les émotifs », cette émotivité devient excessive, suivant les remarques de M. Féré quand ces phénomènes physiologiques dépassent l'intensité normale, se prolongent outre mesure, se produisent sans cause déterminante sullisante. Dans un premier groupe de cas cette émotivité est diffuse et produit une sorte de panophobie, « les sujets sont dans un état permanent de tension émotive qui éclate brusquement par paroxysmes comme une décharge de fluide émotionnel. Une idée, une émotion, une sensation quelconque su (lisent, le moment venu, pour provoquer la décharge qui peut même se produire dans le sommeil sous la forme de chocs anxieux (émotional discliarges de Weir Mitchell) de réveils brusques avec angoisses respiratoires (réveils angoissants de Mac Farlane)'». Ces malades vivent dans un état d'appréhension continuelle, ils ont peur d avoir peur, c'est l'attente anxieuse de Freud; « il semble qu'il y ait toujours de l'angoisse à l'état libre toujours prête à se manifester, la forine pouvant varier suivant les circonstances^ ».

Dans un second groupe de cas, cette émotivité vague et difiuse se précise, se systématise : l'attaque d'angoisse se produit dans des circonstances déterminées. Tantôt il s'agit de phobies constitutionnelles en quelque sorte héréditaires: certaines personnes ont des peurs anxieuses à propos du velours, de certains fruits,

t. Pitres et Régis, Sêméiologie des obsessions, XII" Congrès de médecine. Moscou,

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