‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 222 sur 380 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

Id., ibid., p

LES OBSESSIONS. I. 3o

',06 THÉORIES PATHOGÈNIQUES

du sang, du feu, de l'eau, des hauteurs, des orages, d'un animal, etc., etc.*. Dans d'autres cas, il s'agit de phobies acquises, « traumati(|nes » (Freud). Entre trente et cinquante ans ces malades qui avaient jusque-là une émotivité diffuse, après une période d'affaiblissement ou de fatigue, subissent un choc moral, « c'est très souvent la mort d'un parent ou d'un ami, un accident grave, une chute de voiture, de chemin de fer, la morsure d'un animal, le contact fortuit d'un malade atteint d'une maladie contagieuse, une fausse couche, une attaque, un syncope, un fort vertige, la vue ou le récit d'un événement émouvant, d'un sinistre, d'un assassinat, d'une épidémie, en un mot tout ce qui peut produire un ébranlement émotif considérable... » à partir de ce moment apparaît une phobie en rapport avec la cause originelle. M. Ribot a très nettement décrit cette transformation : « La crainte maladive peut être le résultat de la transformation occa^ sionnelle d'un état vague indéterminé en une forme précise. La panophobie serait un stade préparatoire, une période d'indifférenciation. Le hasard, un choc brusque lui donne une orientation et la fixe (peur d'une épidémie, des microbes, de la rage, etc.). C'est le passage de l'état affectif diffus à Tétat intellectualisé, c'est-à-dire concentré et incarné dans une idée fixe : travail analogue à celui du délire de persécution, où la suspicion, d'abord vague, s'attache à un homme et ne le lâche plus"^. »

Enfin, nous arrivons au troisième degré de la maladie, l'état obsédant devient intellectuel et il est accompagné d'une idée anxieuse. Il est monoidéique. Pour MM. Pitres et Régis, l'obsession n'est souvent que la forme aggravée ou intellectualisée de la phobie : « entre la phobie systématisée et l'obsession, il n'y a pas, à notre avis, si loin qu'on le croit généralement... que faut-il, en effet, pour que la phobie systématisée tourne à l'obsession ? Il faut simplement que cette phobie, au lieu de se manifester par des crises d'angoisses intermittentes, avec calme complet dans l'intervalle, préoccupe plus ou moins, dans l'interparoxysme, l'esprit du sujet, ce qui arrive dans la majorité des cas. Et c'est ainsi, que par une pente toute naturelle, la monophobie tend peu à peu vers le monoidéisme et qu'on a si souvent affaire dans la pratique non à des phobies systématisées pures, mais à des cas

1. Cf. Gélincau, Les psriido-pliobies. Revue de l'hypnotisme, 189^, p. 353.

2. Th. Ribot, La [jsycliuhujic des sentiments, i8yG, p. 2 14 (Paris, F. (Vlcaii).

intermédiaires ou de transition entre la phobie ou l'obsession... L'obsession n'est donc souvent qu'une phobie ayant perdu son caractère de simple trouble émotif pour prendre par le Fait même de son évolution, celui de trouble à la fois émotif et intellectuel... On retrouve toujours à un degré quelconque les symptômes caractéristiques de l'angoisse. Ce qu'on peut seulement remarquer, au moins en thèse générale, c'est que plus l'obsession tend à s'intellectualiser, plus son substratum émotif s'atténue ^ »

Ce qui prouve bien la priorité et la prépondérance de l'émotion c'est quelle reste l'élément constant et indispensable. « Prenez une obsession quelconque, doute ou homicide, supprimez par la pensée l'angoisse, l'anxiété qui s'y trouve et vous n'aurez plus d'obsession, enlevez l'idée fixe, vous avez encore l'obsession dans son essence, il n'y a pas d'obsession sans émotion, sans phénomènes vaso-moteurs ^. » Quand les malades traversent plusieurs obsessions successives, celle de la rage, de la malpropreté, des pièces de monnaie, ce qui varie, c'est le phénomène intellectuel, ce qui reste immuable et constant, c'est le phénomène émotif : l'anxiété. On voit souvent les obsessions finir comme elles ont commencé par une phase d'angoisse indéterminée après ladisp:rition de toute idée fixe. Enfin, on ne peut pas dire que "cetie émotion n'est qu'une réaction de l'idée car elle devrait alors être en raison directe de l'intensité de cette dernière, c'est le contraire qui a lieu, car on voit l'émotion s'atténuer quand le côté intellectuel de l'obsession grandit'.

Depuis la publication de ce rapport, la plupart des auteurs qui ont parlé des obsessions se rattachent visiblement à cette théorie émotionnelle. Je rappellerai seulement la communication présentée par M. José de Magalhaes au dernier Congrès de psychologie *^ et les travaux de M. Hartenberg sur la timidité et sur la névrose d'angoisse^.

Telle est la dernière forme qu'a prise la vieille théorie deMorel

Page 1